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Full text of "Histoire de la poste aux lettres et du timbre-poste, depuis leurs origines jusqu'à nos jours"

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GEORGt  f    TURNER 


HISTOIRE 


DE    LA 


POSTE   AUX   LETTRES 


ET     DU 


TIMBRE-POSTE 

DEPUIS    LEURS   ORIGINES   JUS^u'a   NOS   lOURS 

PAR 

ARTHUR  DE  ROTHSCHILD 


TROISIÈME   ÉDITION 


TOME    DEUXIÈME 


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BRUXELLES 

J.    B.    MOÈNS,    ÉDITEUR 

7,    GALERIE    BORTIER,    7. 
1876 


HISTOIRE 


POSTE  AUX  LETTRES 


ET  DU 


TIMBRE-POSTE 


Coulominiers.  —  Typ.  Albeiit  PONSOT  et  P.  BRODARD. 


HXS_I  O  I  R  E 

DE    LA 


POSTE   AUX   LETTRES 


ET     DU 


TIMBRE-POSTE 


r^EPUIS    LEURS    ORIGINES    JUSQU   A    NOS    JOURS 


V     ARTHUR  DE  ROTHSCHILD 


TROISIEME    EDITION 


TOME    DEUXIÈME 


BRUXELLES 

J.    B.    MOËNS,    ÉDITEUR 

7,    GALERIE    BORTIER,    7. 


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CHAPITRE    I 


FORTUNE  MERVEILLEUSE  DU  TIMBRE-POSTE 


I.  Le  Timbre-Poste  s'affranchit  de  l'enveloppe.  ™~ 

II.  Le    Timbre-Poste  fait    de    la   Politique.  — 

III.  Le  Timbre-Poste  se  jette  dans  l'opposition  ; 
il  a  ses  martyrs.  —  IV.  Ses  états  de  services.  — 
V.  Une  science  de  plus  !  —  VI.  La  Presse  et  les 
congrès  des  Timbrologues. 


NOTRE  temps  est  riche  en  inventions,  et 
les  plus  simples,  les  plus  modestes  en 
apparence  ne  sont  pas  les  moins  fécondes  en 
fruits  inattendus.  On  peut  dire  pourtant 
qu'il  n'y  a  guère  eu  de  fortune  plus  mer- 
veilleuse que  celle  du  Timbre-Poste  K 

Le  Timbre-Poste  doit  sa  naissance  au 
besoin  de  rendre  plus  facile  et  plus  prompt 
le  transport  des  correspondances  particu- 
lières. C'est  d'abord  une  sorte  de  passe-^port 
pour  les  lettres,  sous  la  forme  d'un  timbre 


I .  Ce  sujet  a  été  fort  spirituellement  traité  dans 
un  article  du  journal  :  Le  Timbre-Poste,  signé 
E.  Lh.  Année  1870,  Avril. 


—  4  — 

dit  de  port-payé,  servant  soit  pour  l'envoi 
du  message,  soit  aussi  pour  le  retour  d'une 
réponse,  quand  un  second  timbre  est  joint 
au  premier.  Ce  timbre  est  appliqué  sur  une 
enveloppe  dont  il  fait  partie,  dont  il  est  in- 
séparable. Les  inconvénients  de  cette  union 
reconnus,  le  timbre  s'isole  de  l'enveloppe; 
le  voilà  comme  émancipé  et  il  prend  son 
essor. 

Jamais  personnage  ne  sut  revêtir  des  rôles 
plus  nombreux  et  plus  variés.  D'abord  il 
représente  une  valeur,  le  prix  d'un  service 
rendu  ou  à  rendre,  la  taxe  de  transport;  c'est 
donc  une  véritable  monnaie,  un  billet  de 
banque  en  miniature,  d'usage  et  d'échange 
également  commodes;  tout  le  monde  en  a 
besoin. 

Les  artistes  qui  en  entreprennent  la  gra- 
vure, les  industriels  qui  se  chargent  de  sa 
fabrication,  les  savants  qui  s'efforcent  de  le 
protéger  contre  la  contrefaçon,  s'unissent 
pour  lui  assurer  des  perfections  diverses;  le 
voilà  devenu  un  objet  d'art  et  de  curiosité. 


Une  sorte  d'émulation  naît  entre  les  nations 
pour  le  mieux  doter  encore. 

Le  Timbre- Poste  porte  tour  à  tour  sur  sa 
face  l'effigie  du  Souverain,  les  armes  des 
États,  des  provinces  ou  des  villes,  les  por- 
traits des  grands  hommes,  des  images  va- 
riées rappelant  les  grands  faits  historiques 
ou  même  les  produits  des  contrées.  Le  Tim- 
bre-Poste est  un  monument  d'histoire  et  de 
géographie. 


II 


Le  Timbre  -Poste  se  mêle  bientôt  à  la  po- 
litique; il  en  suit  les  vicissitudes  et  les  révo- 
lutions. Ici,  partisan  docile  de  la  légitimité, 
il  fait  succéder,  à  l'effigie  du  souverain  dé- 
funt, l'effigie  de  l'héritier  désigné  par  le 
droit  de  naissance.  Fanatique  du  droit  divin, 
il  proteste  contre  l'oblitération  qui  devient 
à  ses  yeux  un  crime  de  lèse-majesté.  Là, 
dans  une  monarchie  constitutionnelle,  il  se 
fait  le  symbole  du  respect  de  la  nation  an- 
glaise pour  la  personne  royale  et  conserve  à 
la  Reine  vieillissant  une  jeunesse  inalté- 
rable. En  Belgique,  il  se  plaint  des  dessina- 
teurs et  des  graveurs  qui  ont  mal  rendu  les 


traits  des  deux  Rois,  fondateurs  des  libertés 
nationales.  En  France,  il  se  pare  d'abord, 
pour  trop  peu  de  temps,  de  l'image  de  Mi- 
nerve, puis  emprunte  pour  vingt  ans  aux 
médailles  romaines  le  profil  de  Napoléon  II î, 
et  de  nos  jours  adopte  l'effigie  fantaisiste  de 
la  République  idéale.  L'aigle  prussien  plane 
sur  l'Allemagne  comme  un  oiseau  de  proie. 
L'aigle  à  deux  têtes  de  Russie  regarde  l'Eu- 
rope pour  la  surveiller,  et  l'Asie  où  il  agran- 
dit plus  facilement  son  empire.  L'aigle  à 
deux  têtes  d'Autriche  regarde  l'Allemagne 
pour  la  regretter,  la  Hongrie  pour  s'y  réfu- 
gier. Le  grand  duc  de  Bade  qui  refuse  son 
effigie  aux  simples  timbres  mobiles,  la  laisse 
imprimer  sur  les  enveloppes  timbrées,  qui 
échappent  à  l'oblitération.  La  figure  mar- 
tiale de  Victor  Emmanuel  personnifie  la 
nouvelle  Italie. 

A  côté  des  timbres  de  haut  parage,  fiers 
comme  des  plénipotentiaires  de  grandes 
puissances,  se  glissent  les  timbres  d'aven- 
ture. Au  grand  siècle,  c'était  signe  de  qua- 


lité  que  d'avoir  des  pages;  aujourd'hui, de- 
puis le  plus  petit  prince  et  la  plus  humble 
cité  jusqu'au  marchand  dans  sa  boutique, 
chacun  veut  avoir  son  timbre.  Les  sociétés 
industrielles,  les  compagnies,  les  Banques 
ont  leurs  séries.  Un  souverain  éphémère  a 
peur  de  ne  pas  régner  assez  longtemps  pour 
répandre  son  effigie  et  s'indigne  qu'un  pais- 
sant voisin,  dont  il  est  le  vassal,  refuse  delà 
laisser  circuler.  Les  grandes  villes  d'Alle- 
magne qui  regrettent  leur  titre  de  villes 
libres  et  impériales,  répandent  leurs  timbres 
publics  et  privés  avec  une  telle  profusion 
que  personne  ne  peut  plus  les  reconnaître; 
c'est  un  déluge.  Les  vieilles  postes  locales 
luttent  avec  acharnement  pour  avoir  ou 
garder  des  timbres  indigènes,  restreints  à 
leurs  territoires. 

L'enveloppe  même  a  reparu  plus  con- 
fiante. Le  chiffre-taxe  s'est  fait  le  satellite 
modeste  du  timbre-poste.  Le  timbre  de 
commerce  a  élevé  autel  contre  autel.  Enfin 
la  contrefaçon  et  la  fantaisie  rivalisent  à  qui 


—  9  — 

augmentera  le  désordre.  Le  peuple  des  tim- 
bres a  ses  jours  d'anarchie.  Le  remède  em- 
pirique (qui  pourrait  trouver  un  adjectif 
plus  à  propos?)  accourt,  enfanté  par  la  Pho- 
tographie, payé  par  l'Espérance  ou  même 
par  la  Reconnaissance,  colporté  par  les  co- 
mités politiques  :  C'est  le  portrait  du  pré- 
tendant qui  guérira  tous  les  maux.  Qu'on  se 
le  dise!  Mais  qu'on  se  rassure!  Nous  avons 
voulu  peut-être  parler  de  l'Araucanie  ou  de 
la  patrie  de  Soulouque,  dit  Faustin  I",  qui 
n'eut  pas  le  temps  d'emprunter  le  timbre- 
poste  à  la  civilisation  européenne. 


III 


Lancé  dans  la  politique,  le  timbre-poste 
ne  pouvait  être  à  l'abri  de  cette  passion  de 
l'esprit  moderne  qui  a  fait  tant  de  bien  en 
hâtant  le  progrès,  tant  de  mal  en  ruinant 
l'autorité.  Nous  voulons  parler  de  ce  qu'on 
appelle  l'opposition.  —  Il  sert  les  armoiries 
nationales  contre  l'effigie  monarchique,  les 
armoiries  provinciales  et  urbaines  contre  la 
centralisation.  Les  sept  flèches  du  timbre- 
poste  des  Pays-Bas  rappellent  les  sept  pro- 
vinces de  la  République  disparue.  Le  Lion 
couronné  du  timbre-poste  de  Finlande  ose 
rester  debout  devant  l'Aigle  à  deux  têtes  de 
Russie.  Les  timbres  d'Amérique  apportent 


—  1 1 


à  l'Europe  presque  toute  monarchique  les 
fiers  portraits  des  grands  citoyens  qui  fon- 
dèrent les  Républiques  de  cet  immense  con- 
tinent où  le  Brésil  seul  a  un  seul  maître! 

Le  Timbre-Poste  a  aussi  son  martyrologe 
politique.  La  poste  de  Varsovie  est  disparue 
avec  le  royaume  de  Pologne.  Les  emprein- 
tes si  variées  des  petits  Etats  allemands  ;  le 
portrait  du  roi  de  Hanovre  ;  le  profil  du  roi 
Jean  de  Saxe  ;  l'aigle  de  Lubeck  ;  les  tou- 
relles de  Hambourg  ;  l'aigle  de  Sleswig-Hols- 
tein  ;  le  cheval  courant  de  Brunswick,  l'é- 
cusson  de  Mecklembourg,  ont  pris  la  fuite, 
d'abord  devant  le  Post-Stempel  de  la  confé- 
dération du  nord  ,  puis  devant  l'aigle  du 
nouvel  Empire  germanique.  En  Espagne, 
l'effigie  de  la  reine  Isabelle  continue  à  cir- 
culer, frappée  du  permis  brutal  de  la  Répu- 
blique économe  et  provisoire  :  habilitado  ! 
Elle  a  gagné  à  ce  prix  le  temps  de  céder  la 
place  à  son  fils  Alphonse  XII  !  Ce  n'est  pas 
trop  cher.  En  Italie,  la  moustache  belli- 
queuse de  Victor-Emmanuel  a  suivi  le  pro- 


12    

grès  du  royaume  d'Italie  et  dépossédé  tour 
à  tour  les  timbres  de  l'Autriche,  de  Parme, 
de  Toscane,  de  Naples.  Mais  le  timbre  papal 
subsiste  le  dernier  sans  effigie,  comme  s'il 
ne  représentait  point  une  autorité  humaine 
et  périssable. 


IV 


Les  annales  du  Timbre-Poste  ont  d'au- 
tres côtés  sérieux,  depuis  que  le  monopole 
de  la  Poste  aux  Lettres  a  créé  pour  les  Etats 
de  nouvelles  sources  de  revenu ,  d'autant 
plus  précieuses  qu'elles  découlent  de  servi- 
ces rendus  aux  contribuables,  au  lieu  de  pe- 
ser sur  eux;  l'économie  politique  a  dans  ses 
livres  un  compte  ouvert  pour  le  Timbre- 
Poste.  Ses  bienfaits  y  sont  inscrits  et  dénon- 
cés à  la  reconnaissance  publique. 

II  a«simplifié  l'administration  des  Postes, 
rendu  plus  facile  la  perception  des  taxes,  di- 
minué les  frais,  et,  par  là,  déjà  augmenté  le 
profit.  Il  a  permis  d'abaisser    les  taxes  et 


—  14  — 

donné  aux  correspondances  de  toutes  sortes 
un  développement  prodigieux.  Les  prédic- 
tions ou  les  espérances  de  ses  inventeurs  sur 
l'élévation  du  revenu  postal  ont  été  dépas- 
sées au-delà  de  toute  croyance.  Avantage 
merveilleux  pour  les  particuliers  ;  avantage 
énorme  pour  l'Etat. 


Les  sciences  déjà  vieilles  en  ce  monde 
n'ont  pas  pu  rester  indifférentes  au  rôle  ni 
aux  destinées  de  ce  nouveau  venu.  Le  dessin 
et  la  gravure  ne  pouvaient  rien  lui  refuser. 
L'industrie,  pour  lui,  créa  des  papiers  im- 
possibles, inventa  des  couleurs,  désarma  la 
calomnie,  trouva  des  nuances  inouïes,  fabri- 
qua tout  un  arsenal  de  machines  pour  le 
piquer,  pour  le  denteler,  et  même  pour  Vo- 
blitérer,  en  lui  demandant  pardon  de  la  li- 
berté grande  et  du  manque  de  respect. 

Vous  vous  imaginez  que  tant  d'hommages 
suffisent  au  Timbre-  Poste,  non  !  il  lui  faut 
une  science  spéciale,  pour  lui  seul.  Elle  naît 


—  i6  — 
aussitôt,  c'est  la  Philatélie.  Onadit  Timbro- 
phile,  on  peut  dire  Timbrophiiie.  Philatélie 
et  philatéliste  prévaudront-il?  Deux  noms  ri- 
vaux surgissent  :  Timbrologie  et  Timbrolo- 
gues;  ils  nous  inspirent,  nous  l'avouons,  une 
certaine  confiance,  et  nous  les  adopterons 
volontiers.  Les  noms  sont  séduisants  et  la 
chose  sérieuse.  La  philosophie,  cette  antique 
maîtresse  de  l'esprit  humain,  n'a  qu'à  bien 
se  tenir  ;  voilà  une  rivale  prête  à  lui  disputer 
le  monde  des  intelligences.  Le  domaine  de  la 
Philatélie  n'a  rien  de  vague,  le  terrain  n'y 
manque  pas  à  cultiver,  ni  les  questions  à  ré- 
soudre. Jusqu'où  faut-il  remonter  dans  le 
passé  pour  trouver  le  berceau  authentique 
du  Timbre-Poste? 

Comme  Homère,  après  sa  gloire,  le  Tim- 
bre-Poste ne  manque  plus  de  patrie;  toutes 
les  contrées  se  disputent  l'honneur  de  lui 
avoir  donné  naissance.  La  France  a  des  ti- 
tres sérieux.  La  Suède  réclame  en  rougis- 
sant, parce  qu'elle  comprend  quelle  faute  la 
priva  de  cette  gloire,  L'Italie  retrouve  des 


—  17  — 

titres.  L'Angleterre  se  hâte  de  combler 
d'honneurs  un  inventeur  heureux  qui  a  le 
grand  mérite  d'avoir  saisi  l'instant  oppor- 
tun. Hurrah  pour  Rowland  Hill  !  Les 
savants  continuent  leurs  fouilles  pour  dé- 
trôner le  triomphateur!  Nous  dirons  leurs 
découvertes  et  leurs  batailles  ! 

Ce  n'est  pas  au  Timbre-Poste  lui°méme 
qu'il  faut  imputer  cette  manie  de  lui  trouver 
des  aïeux,  mais  à  des  amis  trop  zélés  qui 
craignent  de  paraître  flatter  la  fortune  d'un 
parvenu.  Tout  ce  qui  touche  la  divinité 
nouvelle  met  en  mouvement  ses  adorateurs. 

A-t-on  trouvé  un  nouveau  papier,  un  se- 
cret chimique ,  une  nuance  inconnue  jus- 
qu'alors et  dont  le  mystère  restera  impéné- 
trable? C'est  grande  liesse  pour  ces  courti- 
sans. Distinguer  le  filigrane  du  filagramme, 
le  timbre  typographie  du  timbre  gravé, 'la 
lithographie  de  la  photographie,  le  piquage 
de  la  dentelure,  le  timbre  percé  du  timbre 
piqué,  la  droite  et  la  gauche  du  timbre,  les 
angles  divers,  la  direction  de  la  légende,  les 


chiffres  de  taxe,  de  bureau,  de  départ,  d'ar- 
rivée, les  marques  d'origine,  d'oblitération, 
secrets  d'initiés  qu'on  ne  révèle  pas  aux 
profanes  ! 


VI 


La  science  nouvelle  a  déjà  sa  presse  et  y 
réclame,  comme  c'est  d'usage,  la  liberté  de 
tout  dire.  Voyez  comme  en  Belgique  le 
Timbre-Poste  gourmande  les  ministres  qui 
confient  aux  étrangers  la  gravure  ou  l'im- 
pression des  Timbres  et  la  fabrication  des 
machines  à  piquer,  qui  laissent  trop  long- 
temps en  portefeuille  les  projets  d'émission, 
qui  gardent  trois  ans  l'effigie  de  Léopold  P'', 
après  l'avènement  de  Léopold  II  ;  qui, mon- 
trant enfin  plus  d'égards  au  nouveau  prince, 
surveillent  mal  le  dessin  ou  la  gravure  de 
son  image;  qui,  enfin,  ne  savent  pas  soutenir 
l'honneur  national  dans  un  genre  où  la  Bel- 


—    20    — 

gique  pourrait  prendre  le  premier  rang. 
Bruxelles  n'a-t-il  pas  été  fier  de  voir  dans 
son  sein  un  Congrès  de  dessinateurs  et  de 
graveurs  Philatélistes  !  Lisbonne,  Londres 
en  ont  frémi  de  jalousie.  Paris  en  aurait  fait 
autant,  si  la  Prusse  ne  lui  avait  pas  pré- 
paré d'autres  soucis  ! 


CHAPITRE    II 


LES   COLLECTIONNEURS, 


L  La  Numismatique  ne  saurait  être  trop  honorée  ; 
La  Timbrologie  aspire  à  prendre  une  place  à  côté 
d'elle.  —  IL  Les  collectionneurs  sont  tout  excu- 
sés. —  IIL  Débuts  des  collections  de  Timbres- 
Poste.  —  IV.  La  spéculation  au  collège  ;  la 
Bourse  des  Timbres.  —  V.  Utiles  leçons  que  le 
collectionneur  retire  de  sa  peine  :  travail  et 
méthode. 


SI  nous  venions  dire  que  l'étude  des  mon- 
naies et  des  médailles  présente  un  grand 
intérêt  et  que  les  esprits  les  plus  distingués 
ne  l'ont  pas  dédaignée,  que  plus  d'un  sa- 
vant a  pu  y  apporter  une  passion  ardente, 
une  patience  infatigable,  nous  ne  ferions  que 
répéter  ce  que  personne  n'ignore  ni  ne  con- 
teste. On  apprenait  au  jeune  Louis  XIV 
l'histoire  de  l'antique  monarchie  dont  il 
était  l'héritier,  en  plaçant  sous  ses  yeux  les 
médailles  à  l'effigie  des  rois,  ses  prédéces- 
seurs. Il  y  voyait  même  figurer  ces  Mé- 
rovingiens ,  dont  l'existence  était  à  peine 
prouvée  et  dont  les  traits  certainement  n'a- 


-  24  ~ 

valent  été  conservés  ni  par  la  peinture  ni 
par  aucun  des  arts  oubliés  de  leur  temps. 
Mais  les  fanatiques  n'en  regrettaient  pas 
moins  une  série  antérieure,  qui  aurait  com- 
mencé à  Francus,  fils  d'Hector,  et  fini  à 
Markomir ,  père  de  Pharamond.  Que  ne 
l'inventaient-ils  en  gravure,  comme  ils  l'in- 
ventaient en  histoire  !  Etait-on  plus  sûr  de  la 
ressemblance  de  Pépin-le-Bref  inaugurant 
la  2^  race,  de  celle  de  Hugues-Capet,  fonda- 
teur de  la  3e  et  même  de  celle  de  Jean  i*^'',  un 
enfantqui  vécut  et  régna  à  peine  unesemaine. 
La  Numismatique  a,  depuis  longtemps,  sa 
place  au  soleil,  son  culte  et  ses  prosélytes. 
Aux  monnaies  et  aux  médailles,  les  collec- 
tionneurs joignent  même  quelquefois  des 
spécimens  de  papier- monnaie,  depuis  le 
jour  où  la  création  des  banques  a  mis  au 
jour  un  instrument  de  circulation  qui  est  à 
la  monnaie  la  plus  légère  ce  que  la  pièce 
d'or  était  à  la  monnaie  lourde  et  massive 
des  Spartiates.  La  curiosité  s'est  éprise  des 
rares  billets  survivant  à  la  banque  de  l'Ecos- 


—    25    — 

sais  Law,  ami  du  Régenr,  ou  des  premiers 
essais  des  Banques  de  Florence,  d'Amster- 
dam et  de  Londres.  Cet  engouement  nou- 
veau a  dû  périr  étouffé  sous  les  avalanches 
de  nos  assignats,  alors  qu'il  fallait  plusieurs 
millions  en  assignats,  pour  produire  la  va- 
leur de  quelques  milliers  de  francs.  Mais 
n'est-ce  pas  un  fait  important  pour  l'histoire 
du  crédit  et  pour  la  science  économique? 

Nous  n'aurons  pas  de  peine  à  prouver 
que  le  Timbre- Poste  a  aussi  conquis  de  nos 
jours  son  rang  dans  des  sciences  diverses  et 
que  les  collections  des  différentes  formes 
revêtues  par  lui  dans  le  monde  entier  ont 
déjà  leur  utilité  et  leur  prix.  Elles  ne  ver- 
ront sans  doute  jamais  des  enchères  comme 
celles  qu'obtiennent  de  nos  jours  les  meu- 
bles anciens,  les  gravures  ou  les  œuvres  du 
grand  artiste  qui  a,  par  une  mort  oppor- 
tune, mais  sans  préméditation,  donné  à  ses 
moindres  ébauches  une  valeur  inespérée. 
Mais  il  y  a  des  degrés  en  tout  : 

Parva  licet  comporter e  magnis. 

II.  2 


ÎI 


Il  nous  faut  bien  parler  des  collection- 
neurs. Notre  sujet  nous  conduit  naturelle- 
ment sur  leur  domaine.  Quel  objet  pouvait 
mieux  tenter  que  le  Timbre- Poste  ces  cu- 
rieux naïfs  et  sincères,  qui  comprennent  si 
bien  la  variété  dans  l'unité?  Un  timbre  est 
toujours  un  timbre.  Mais  quelle  multipli- 
cité infinie  :  Timbres  divers  d'un  même 
État,  d'un  même  continent,  de  l'univers  ; 
c'est  le  monde  tout  entier  ;  variétés  de 
forme,  de  taille,  de  prix,  de  couleurs,  d'ef- 
figies, d'usage,  et  combien  d'autres  encore! 

Nous  avons  entendu  parler  d'un  savant 
naturaliste  qui  consacra  une  vie  aussi  Ion- 


—   27    — 

gue  que  laborieuse  à  la  recherche  des  cocci- 
nelles, petits  animaux  que  le  vulgaire  igno- 
rant confond  tous  dans  la  dénomination  de 
bêtes  du  Bon  Dieu.  Il  en  classa  i,8oo  va- 
riétés et  fut  décoré.  Le  génie  est  une  longue 
patience,  a  dit  Buffon.  Si  Buffon  a  dit  vrai, 
notre  naturaliste  était  un  génie,  et  jamais 
gouvernement  encourageant  le  progrès  n'a 
eu  meilleure  occasion  de  bien  placer  un 
morceau  du  ruban  précieux  dont  il  dispose 
pour  ce  besoin  social.  On  dit  aussi  que  des 
amateurs  ont  collectionné  des  tabatières  ; 
nous  comprenons  ce  goût,  surtout  du  temps 
où  les  rois  en  distribuaient  généreusement, 
et  avaient  soin  de  les  faire  enrichir  de  leur 
portrait  et  de  quelques  diamants.  Nous  con- 
sentons même  à  croire  qu'il  a  existé  un  ou 
plusieurs  collectionneurs  de  boutons  de 
guêtres  ou  d'autres  parties  du  costume  mi- 
litaire, pourvu  qu'on  nous  dise  que  c'é- 
taient d'anciens  officiers  d'habillement,  at- 
tristés d'avoir  été  mis  à  la  retraite. 

Les  collectionneurs  sont  pourtant  amnis- 


—    28    — 

tiés.  Il  n'est  pas  dcnné  à  tout  le  monde 
d'aller  à  Corinthe,  pour  y  recueillir  ces  vases 
de  bronze  si  recherchés  des  Romains.  Il 
n'est  pas  donné  à  tout  le  monde  de  réunir 
des  livres  rares,  des  éditions  originales,  des 
gravures  avant  la  lettre,  tout  l'œuvre  d'un 
grand  maître ,  des  tableaux  coûteux ,  des 
faïences,  des  meubles,  des  armes,  ou  même 
simplement  des  médailles  ou  des  monnaies 
anciennes. 

Si  collectionner  est  un  goût  naturel  à 
l'homme  comme  celui  de  posséder  et  de 
s'enrichir,  le  Timbre- Poste  dut  paraître 
tout  d'abord  l'objet  le  plus  simple,  le  plus 
capable  de  satisfaire  ce  goût  à  peu  de  frais. 
Le  pauvre  timbre  borné  d'abord  à  un  seul 
usage ,  à  l'affranchissement  d'une  lettre , 
était  jeté  dédaigneusement  avec  les  vieux 
papiers  et  brûlé  ou  souillé,  sans  égard  pour 
son  effigie.  Un  jour,  un  spéculateur  malin 
proposa  à  la  charité  publique,  dans  des  an- 
nonces assez  coûteuses,  une  bonne  action  ; 
il  s'agissait  d'arracher  à  la  misère  une  hon- 


—  29   — 

nête  et  brave  famille,  en  fournissant  à  un 
riche  maniaque  assez  de  vieux  timbres 
oblitérés,  de  toutes  sortes,  pour  en  tapisser 
les  murs  d'un  appartement.  La  charité  pu- 
blique est  crédule  ;  un  déluge  de  timbres 
tomba  au  domicile  indiqué  comme  la 
manne  dans  le  désert,  des  quatre  coins  du 
monde.  Le  succès  dut  être  complet. 


III 


Dès  lors  on  parut  croire  que  le  timbre, 
après  le  service  postal  accompli,  commen- 
çait une  vie  nouvelle.  On  se  prit  à  recher- 
cher ceux  d'un  même  pays,  puis  ceux  des 
pays  voisins  et  des  contrées  les  plus  éloi- 
gnées. On  voulut  savoir  quels  étaient  les 
plus  anciens;  au  besoin,  on  obtint  la  réim- 
pression de  ceux  qui  déjà  avaient  été  aban- 
donnés; on  surveilla  les  nouveaux  venus.  Ce 
fut  une  gloire  d'être  au  courant  de  toutes 
les  nouveautés  comme  du  passé  tout  entier. 

Hélas!  les  difficultés  du  collectionneur 
commencèrent  à  se  multiplier.  Tel  timbre 
ancien  était  introuvable  et  le  prix  montait 


—  3i  — 

comme  celui  d'une  valeur  de  premier  ordre  : 
un  timbre  taxé  à  un  penny  dès  sa  naissance 
ne  se  donnait  plus  à  moins  de  quatre  livres 
sterling!  Corneille  a  dit  : 

Et  le  désir  s'accroît  quand  l'effet  se  recule. 

La  passion  s'en  mêla  :  il  fallut  à  tout  prix 
avoir  le  timbre  ancien  qu'on  ne  trouvait 
plus  et  le  timbre  nouveau,  dont  on  annon- 
çait l'émission  au-delà  des  mers. 

Les  amateurs  sont  en  correspondance  avec 
toutes  les  parties  du  monde  :  que  de  timbres 
du  présent  ils  dépensent  pour  se  procurer 
le  type  inconnu  ou  aperçu  chez  le  voisin.  Le 
collectionneur  de  tulipes,  qui  semblait  le 
modèle  du  genre,  n'est  pas  plus  jaloux  ni 
plus  impatient.  Allez  donc  vous  contenter 
ici  de  la  possession  de  quelques  pièces, 
même  des  plus  rares.  Il  faut  entendre  le 
rire  homérique  du  vrai  collectionneur  de 
timbres-poste,  regardant  les  tableaux  mes- 
quins où  l'Hôtel  des  Postes  françaises  croit 


—    32    — 

avoir  réuni  tous  les  timbres  français.  Voilà 
pourquoi  la  manie  de  collectionner  les  tim- 
bres est  devenue  aristocratique.  Il  n'est  plus 
permis  aux  pauvres  diables  d'y  prétendre, 
surtout  depuis  que  la  mode  a  voulu  qu'une 
collection  digne  d'égards  se  composât  de 
timbres  neufs,  n'ayant  pas  été  mis  en  usage 
et  gardant  leur  valeur. 

Quelques  traits  de  bizarrerie  peuvent  sans 
doute  donner  prise  à  la  critique  et  aux  rail- 
leurs. Les  amateurs  forcenés  ont  voulu  avoir 
non-seulement  les  timbres  mis  au  jour,  mais 
les  essais  qui  les  ont  précédés.  Si  un  timbre 
a  paru  un  jour  et  a  été  retiré  aussitôt,  il 
faut  se  le  procurer  par  tous  les  moyens.  Si 
un  timbre  a  failli  paraître  et  est  demeuré  à 
l'état  de  mort-né,  il  n'en  est  que  plus  pré- 
cieux; vite,  quel  prix  en  veut-on?  Si  un  type 
a  été  proposé,  soit  en  concurrence  avec  les 
timbres  déjà  adoptés,  soit  en  vue  de  quelque 
changement  prévu  ou  médité;  allons,  est-il 
possible  d'en  avoir  le  dessin?  Une  faute,  une 
erreur,  fût-elle  d'orthographe,  a  échappé  au 


™  33  — 

graveur,  à  l'imprimeur;  ce  serait  un  bon- 
heur suprême  que  de  se  procurer  un  exem- 
plaire portant  cette  faute,  ce  trait  impru- 
dent. Le  hasard  a  produit  une  nuance 
imprévue  :  heureux  celui  qui  arrivera  à 
temps  pour  en  enrichir  son  album!  et  quelle 
fierté  s'il  est  seul  à  posséder  ce  trésor  uni- 
que! Dans  l'uniformité  des  timbres  à  l'effi- 
gie de  la  reine  Victoria,  un  graveur  a  donné 
un  jour  moins  d'ampleur  à  une  mèche  des 
cheveux  du  chignon;  une  variété  est  née,  et 
cette  autre  famille  de  la  reine  Victoria  s'est 
accrue  par  un  heureux  événement. 

L'égoïsme  et  la  vanité  trouvent  là  leur 
pâture  comme  en  tant  d'autres  choses.  Et 
que  dire  des  savants?  Ils  interviennent  dans 
ces  modestes  questions  et  trouvent  occasion 
de  se  montrer  érudits,  de  trouver  leurs  con- 
frères en  délit  d'ignorance  ou  d'affirmation 
imprudente.  Il  n'y  a  pas  jusqu'aux  moqueurs 
qui  ne  saisissent  une  bonne  occasion,  au 
mois  d'avril  surtout,  le  mois  des  bourdes 
plus  ou  moins  gaies,  d'annoncer  des  nou- 


-  34- 

velles  à  sensation,  de  faire  croire  à  l'exis- 
tence de  timbres  imaginaires  et  de  regarder, 
en  riant,  courir  les  collectionneurs  affrian- 
dés.  Nous  ne  disons  rien  des  contrefacteurs; 
ils  dupent  les  crédules  et  donnent  joie  aux 
malins,  qui  se  plaisent  toujours  dans  le  mal- 
heur d'autrui. 


IV 


Nous  voudrions  prouver  qu'il  n'y  a  au- 
cun péril  ni  aucune  puérilité  à  excuser  ni  à 
encourager  le  collectionneur  de  timbres-;- 
poste.  Nous  n'avons  besoin  pour  cela  que 
de  montrer  ce  qu'on  peut  apprendre  en  se 
laissant  aller  à  cette  innocente  manie. 

La  passion  nouvelle  a  commencé  par  les 
enfants,  comme  une  épidémie,  mais  peu  dan- 
gereuse. Elle  a  eu  tout  le  succès  d'un  jeu 
innocent.  Nous  ne  disons  pas  que  ce  jeu  ait 
toujours  assuré  la  tranquillité  des  parents 
autant  que  la  joie  des  enfants.  La  chose  s'est 
bornée  d'abord  à  solliciter  de  tous  les  mem- 
bres de  la  famille,  puis  des  amis,  des  visi- 


—  36  — 

leurs,  leurs  vieilles  enveloppes  avec  les  tim- 
bres d'affranchissement.  De  là,  nos  petits 
collectionneurs  sont  passés  aux  échanges, 
commerce  primitif  que  l'on  apprend  d'ins- 
tinct. Peu  à  peu,  ils  ont  considéré  les  tim- 
bres comme  des  valeurs  variables;  la  rareté, 
l'état  de  conservation,  la  nouveauté,  l'ori- 
gine, l'éloignement  ont  été  autant  de  causes 
de  hausse  ou  de  baisse  sur  ce  marché.  A 
l'échange  a  succédé  la  vente  et  la  spécula- 
tion n'a  pas  tardé  à  s'en  mêler.  Vendeurs  et 
acheteurs  se  donnaient  rendez -vous  aux 
portes  des  lycées  et  collèges,  à  l'entrée  et  à 
la  sortie  des  classes.  Que  de  fois  les  maîtres 
ont  surpris  et  réprimé  des  distractions  dont 
ils  ne  pouvaient  pas  deviner  la  cause! 

Une  bourse  des  timbres-poste  finit  par 
naître,  pour  répondre  à  l'offre  et  à  la  de- 
mande. Les  jardins  publics,  aux  jours  de 
congé,  en  vir-ent  les  séances  quelquefois  tu- 
multueuses. Faut-il  dire  que  la  fraude  et  la 
mauvaise  foi  osèrent  s'y  montrer,  comme  en 
tout  lieu  où    les  passions  humaines   sont 


-37  - 

livrées  à  elles-mêmes?  Des  timbres  falsifiés 
furent  mis  en  circulation,  des  nouvelles 
mensongères  furent  prodiguées,  des  engage- 
ments mal  tenus,  des  dettes  non  payées,  des 
vols  audacieusement  accomplis.  Mais  on  vit 
surgir  aussi  un  commerce  honnête  et  régu- 
lier, où  il  fut  possible  de  s'enrichir. 

Cet  âge  de  fièvre  dura  peu.  Les  torrents 
les  plus  dangereux  deviennent  des  fleuves 
paisibles  et  utiles  quand  leur  cours  est  réglé, 
La  contagion,  d'ailleurs,  n'avait  pas  atteint 
tous  les  amateurs  du  timbre-poste,  et  plus 
d'un  enfant  sérieux  avait  tiré  de  ce  goût  les 
véritables  avantages  qu'on  en  pouvait  atten- 
dre. Il  y  avait  appris  un  peu  d'histoire  et 
beaucoup  de  géographie. 


Les  premiers  timbres-poste  qui  tombent 
aux  mains  d'un  enfant  le  frappent  par  la 
variété  des  couleurs,  des  effigies,  des  taxes; 
il  saura  bientôt  les  causes  de  cette  distinc- 
tion des  couleurs,  les  noms  des  personnages 
représentés,  les  distances  que  la  taxe  permet 
de  franchir  ou  le  poids  qu'elle  permet  de 
transporter.  Il  saura  bientôt  distinguer  les 
nationalités,  les  contrées,  la  forme  politique 
des  États,  par  la  lecture  de  la  légende.  Gom- 
ment ne  serait- il  pas  porté  naturellement  à 
demander,  à  chercher  quelle  est  la  situation 
de  chaque  peuple,  de  chaque  contrée  sur  la 
surface  de  la  terre,  et  la  distance  qui  les  se- 


-  39  - 

pare  ?  Comment  ne  voudrait-il  pas  savoir  le 
sens  des  mots  :  Empire,  Royaume,  Répu- 
blique, Confédération,  États-Unis,  Etats 
confédérés,  Colonies,  Ville  libre?  C'est  de  la 
géographie  et  de  la  grammaire.  Et  quand  il 
lira  dans  toutes  les  langues  les  chiffres  de 
taxe  et  les  noms  des  monnaies  correspon- 
dantes, ne  touchera-t-il  pas  aux  premières 
données  de  l'arithmétique,  aux  éléments  de 
la  numismatique?  Que  dire  des  timbres  à 
armoiries,  témoignant  de  l'antique  histoire 
de  certains  états?  des  timbres  rappelant  les 
grands  faits  de  l'histoire  ou  les  grands  ci- 
toyens? et  de  ceux  qui  indiquent  les  pro- 
duits, le  commerce  ou  la  nature  géogra- 
phique d'une  région  ?  Que  dire  enfin  des 
changements  que  le  temps  amène  dans  les 
effigies?  N'est-ce  pas  un  cours  d'histoire 
contemporaine ,  le  plus  simple  de  tous , 
exempt  de  passion  et  de  prédications  fausses 
et  malsaines  dans  tous  les  partis?  Nous  ré- 
servons cette  importante  question  pour  un 
chapitre   spécial  :  Le   timbre-poste   auxi- 


—  40  — 

liaire  de  Vhistoire  et  de  la  géographie. 
Ajoutons  seulement  ici  que  le  jeune  col- 
lectionneur, non-seulement  apprend  sans 
fatigue,  sans  efforts,  les  faits  les  plus  divers, 
mais  que  son  esprit  y  trouve  un  exercice 
salutaire,  s'initie  aux  secrets  de  la  méthode. 
Plus  la  collection  s'accroît,  plus  il  devient 
nécessaire  de  la  classer.  Quel  principe , 
quelles  règles  le  dirigeront  dans  cette  classi- 
fication? Quel  ordre  adoptera-t-il  ?  Les  plus 
grands  génies  ont  cherché  la  solution  de  ces 
mêmes  problèmes,  pour  les  richesses  de  la 
nature,  de  l'art,  de  l'industrie.  Classera-t-il 
ses  timbres  d'après  la  forme,  la  couleur,  la 
taxe,  les  effigies,  la  date  d'origine?  Quelle 
confusion  produira  cet  ordre  apparent!  Le 
plus  sage  n'est-il  pas  d'emprunter  à  la  géo- 
graphie sa  méthode  et  ses  divisions?  Les 
continents  d'abord,  les  groupes  d'états  et  de 
nationalités ,  les  subdivisions  de  chaque 
groupe;  autant  de  petites  collections  dans  la 
collection  universelle.  Voilà  qu'il  ne  reste 
plus  à  trouver  qu'un  ordre  logique  pour  les 


—  41  — 

petites  collections  ;  il  y  aura  moins  de  dan- 
ger, et  même  une  certaine  variété  devient 
possible;  tel  peut  prendre  pour  point  de  dé- 
part l'ordre  d'émission,  tel  autre,  la  taxe  ou 
les  couleurs,  les  nuances  même  ou  toute 
autre  différence.  Notre  écolier  trouvera  plus 
tard  dans  la  logique  de  Port-Royal  des  con- 
seils qu'il  aura  devancés. 


CHAPITRE  III 


L'INVENTION  DE  M.  ROWLAND  HILL. 
LE  TIMBRE-POSTE  EN  ANGLETERRE» 


L  Les  temps  sont  venus  :  pourquoi  l'on  doit  garder  à 
M.  Rowland  Hill  le  titre  d'inventeur  du  Timbre- 
Poste.  On  ne  peut  pas  contester  l'invention  de 
M.  Rowland  Hill.  —  IL  Comment  vint  à  M.  Hill 
l'idée  de  sa  réforme  ?  Correspondance  frauduleuse 
de  deux  fiancés.  Projet  de  M.  Rowland  Hill.  En- 
quête. —  in.  La  taxe  uniforme  d'un  penny.  Mé- 
moire d'un  officier  d'excisé  ;  le  papier  timbré.  — 
IV.  Adoption  du  projet  de  M.  Hill.  Les  Timbres- 
Poste.  Les  enveloppes.  —  V.  Essai  du  prix  réduit  : 
augmentation  rapide  du  nombre   des  lettres.  — 


—  44  — 

VI.  L'opinion  publique  préparée  à  la  réforme.  Le 
contrôle  des  comptes  de  chaque  bureau  devenu 
plus  facile.  Le  Timbre-Poste  servant  de  papier- 
monnaie.  —  VIL  De  la  falsification.  — ■  Ses  diffi- 
cultés. Ses  dangers.  Nullité  des  profits  de  la 
contrefaçon.  —  VIII.  Forme  et  dessin  du  Tim- 
bre-Poste, Projets  variés.  Usage  général. 


L'uniformité  de  la  taxe  pour  le  transport 
des  correspondances  est  une  mesure  si 
simple  et  si  rationnelle  que,  depuis  le  jour  où 
l'Angleterre  en  a  inauguré  la  pratique  sur 
son  territoire,  frayant  ainsi  la  route  du  pro- 
grès au  reste  des  nations,  chacun  s'est  de- 
mandé comment  il  se  faisait  que  la  même 
idée  ne  fût  pas  venue  plus  tôt  à  quelque  ré- 
formateur. On  a  sérieusement  discuté  la 
question  de  savoir  si  M.  Rowland  Hiil  pou- 
vait bien  être  considéré  comme  le  réel  in- 
venteur des  timbres-poste,  et  si,  en  scru- 
tant les  annales  des  divers  États  européens, 
il  ne  serait  pas  possible  d'y  trouver,  à  une 

3. 


-46- 

date  s'éloignant  plus  ou  moins  de  l'année 
1840  (qui  est  celle  de  l'exploitation  du  pro- 
cédé Hill),  une  ou  plusieurs  inventions  qui 
ôteraient  à  ce  procédé  le  mérite  de  la  prio- 
rité, et  montreraient  une  fois  de  plus  qu'il , 
n'est  rien  de  nouveau  sous  le  soleil.  On  le 
sait,  aujourd'hui j  ces  précédents  ont  été 
trouvés  ,  et  il  demeure  certain  que  l'idée 
d'une  taxe  uniforme  avait  été  entrevue  par 
d'ingénieux  esprits ,  ailleurs  qu'en  Angle- 
terre, et  longtemps  avant  la  deuxième  moi- 
tié du  dix-neuvième  siècle.  Est-ce  à  dire 
pour  cela  que  la  découverte  de  M.  Hill  ne 
soit  qu'une  imitation,  et  qu'on  ne  doive  le 
considérer  que  comme  un  arrangeur  habile 
quia  exhumé,  en  la  rajeunissant  parles  dé- 
tails d'exécution,  la  conception  de  ses  de- 
vanciers? Tel  n'est  pas  notre  avis.  Il  est  d'a- 
bord plus  que  probable  que  M.  Rowland 
Hill,  lorsqu'il  songeait  à  la  réforme  postale, 
ignorait  le  nom  aussi  bien  que  l'entreprise 
du  magistrat  français  qui,  après  la  Fronde, 
inventa  un  mode  uniforme   de  correspon- 


—  47  — 

dance  enport  payé,  dans  l'intérieur  de  Pa- 
ris seulement.  Ajoutons  que  l'invention 
française  et  le  procédé  anglais  diffèrent  par 
un  point  essentiel  :  M.  Rowland  Hill,  en 
livrant  son  idée  au  public,  a  demandé  qu'elle 
fût  immédiatement  appliquée  par  les  pré- 
posés de  l'État,  et  qu'on  abandonnât  les 
anciens  errements  postaux  ;  l'inventeur  fran- 
çais, au  contraire,  s'était  bien  gardé  d'em- 
piéter sur  les  attributions  de  la  Surinten- 
dance ;  il  sollicitait  seulement  un  privilège 
pour  transporter  d'un  point  à  un  autre  de 
Paris  (service  qui  alors  n'était  pas  fait  par 
l'administration  royale)  les  correspondances 
privées,  préalablement  revêtues  ou  entou- 
rées de  ses  «  billets  de  port  payé  »,  que  nous 
avons  décrits.  Comme  on  le  voit,  la  ligne 
de  démarcation  est  bien  tranchée  entre  les 
deux  systèmes,  et  M.  Rowland  Hill  a  sur 
son  précurseur  l'avantage  d'un  concept  gé- 
néral, d'un  projet  qui  embrasse  tout  un  en- 
semble de  réformes,  au  lieu  de  se  concentrer 
sur  un  très-mince  détail  de  service  local. 


-48- 

C'est  là  le  côté  vraiment  neuf  et  original  de 
son  invention;  c'est  là  ce  qui  fait  qu'en  dé- 
pit des  deux  ou  trois  précédents  historiques 
qui  le  priment  comme  date,  M.  Rowland 
Hill  peut  revendiquer  l'honneur  de  cette  dé- 
couverte; il  est  le  créateur  des  timbres-poste 
au  même  titre  que  Molière  est  le  créateur 
de  l'Avare  ;  et,  quoique  Plaute  ait  écrit  VAu- 
lulaire,  on  ne  mentionne  guère  celle-ci  que 
pour  rappeler  la  supériorité  de  celui-là,  et 
pour  reconnaître  combien-  l'original  est 
pâle  et  incolore  auprès  de  la  prétendue  imi- 
tation. 


II 


La  réforme  anglaise,  à  en  croire  son  pro- 
moteur, M.  Rowland  Hill,  aurait  eu  pour 
point  de  départ  le  fait  suivant,  M.  Rowland 
Hill  voyageait,  en  i838,  dans  l'un  des  com- 
tés du  nord  de  l'Ecosse,  lorsqu'en  traversant 
un  village  il  aperçut  un  facteur  de  la  Poste 
qui  remettait  à  une  jeune  fille  une  lettre 
expédiée  de  Londres.  La  jeune  fille  demanda 
quel  était  le  montant  du  port  à  payer,  et, 
lorsque  le  facteur  lui  eut  fait  connaître  le 
chiffre  de  la  taxe,  elle  baissa  tristement  la 
tête,  retourna  deux  ou  trois  fois  la  lettre 
entre  ses  doigts,  et  la  rendit  en  disant  qu'elle 
n'était  pas  assez  riche  pour  pouvoir  acquitter 


—  5o  — 

une  telle  somme.  Témoin  de  cette  scène,  le 
voyageur  intervint  et  dit  à  la  jeune  fille  que, 
si  la  lettre  par  elle  rendue  contenait,  comme 
cela  était  vraisemblable,  des  nouvelles  d'une 
personne  qui  lui  était  chère,  d'un  parent  ou 
d'un  fiancé,  elle  pouvait  la  redemander  au 
facteur,  et  que  lui,  M.  Rowland  Hill,  se 
ferait  un  plaisir  de  payer  la  taxe  qu'on  lui 
réclamait.  La  villageoise  rougit,  et,  après 
quelques  secondes  d'hésitation,  déclara  à 
M.  Hill  qu'elle  lui  était  très-reconnaissante  de 
son  offre  obligeante,  mais  qu'elle  ne  croyait 
pas  pouvoir  accepter  d'un  inconnu  un  pareil 
service.  Cela  dit,  elle  jeta  un  dernier  coup 
d'œil  sur  la  lettre  que  tenait  encore  le  fac- 
teur, congédia  celui-ci  et  rentra  dans  sa 
maison.  M.  Rowland  Hill  poursuivit  sa 
route,  mais  tout  en  marchant,  il  songeait  au 
refus  obstiné  de  la  jeune  fille,  et  il  lui  sem- 
blait que,  derrière  ce  vulgaire  incident,  se 
dressait  une  énigme  dont  il  fallait  absolu- 
ment trouver  le  mot.  Revenant  sur  ses  pas, 
il  frappa  à  la  porte  de  la  maison,  se  présenta 


—  5i  — 

de  nouveau  à  la  villageoise  stupéfaite,  et, 
sans  se  rebuter  par  le  mauvais  accueil  qu'elle 
lui  fit,  il  réussit,  à  force  de  questions  et 
d'instances,  à  obtenir  d'elle  l'aveu  de  la 
vérité.  Fiancée  à  un  ouvrier  qui  habitait 
Londres,  elle  avait  trouvé,  pour  correspondre 
avec  lui,  l'ingénieux  moyen  que  voici  : 
Quand  le  prétendu  écrivait  à  sa  future  , 
celle-ci  refusait,  sous  prétexte  de  manque 
d'argent,  la  lettre  que  lui  apportait  le  fac- 
teur; mais,  auparavant,  elle  avait  eu  le 
temps  de  lire  à  la  volée,  sur  le  revers  de  la 
suscription,  deux  ou  trois  signes  graphiques 
très-simples,  dont  les  deux  amoureux  étaient 
convenus,  et  qui  leur  suffisaient  pour  cor- 
respondre. L'ouvrier  faisait  de  même  quand 
il  recevait  des  lettres  de  la  jeune  fille,  et, 
grâce  à  ce  stratagème,  ils  communiquaient 
tous  deux,  sans  acquitter  la  taxe  postale, 
dont  le  chiffre  assez  élevé  n'eût  pas  tardé, 
après  quelques  envois,  à  absorber  les  minces 
ressources  des  deux  correspondants.  Réflé- 
chissant   à    cette    singulière    confidence  , 


—    52    — 

M.  Rowland  Hill  en  vint  à  se  dire  qu'un 
système  postal,  où  la  fraude  s'exerçait  sous 
une  forme  qui  ne  permettait  guère  de  l'at- 
teindre, laissait  sans  doute  beaucoup  à  dési- 
rer :  il  se  demanda  si  la  perception  de  la  taxe 
proportionnellement  à  la  distance  parcou- 
rue, tout  en  étant  une  mesure  équitable, 
n'allait  pas  directement  contre  les  intérêts 
bien  entendus  des  transporteurs,  et  si  ces 
derniers  ne  rempliraient  pas  plus  utilement 
leur  mandat,  aussi  bien  pour  eux-mêmes 
que  pour  le  public,  en  ramenant  le  prix  du 
transport  des  lettres  pour  tout  le  royaume 
à  un  chiffre  uniforme,  suivant  le  poids  de 
l'objet  transporté.  De  ces  questions  ainsi 
posées  à  la  rédaction  d'un  plan  de  réforme 
postale,  la  distance  était  facile  à  franchir 
pour  un  esprit  aussi  pratique  et  aussi  per- 
sévérant que  M.  Hill. 


III 


L'envoi  du  plan  de  M.  Rowland  Hill  au 
gouvernement  anglais  eut  pour  premier  ré- 
sultat l'ouverture  d'une  enquête  devant  la 
Trésorerie,  et  cette  administration  reçut  un 
nombre  considérable  de  projets  différents, 
tous  relatifs  à  la  réforme  postale.  Parmi  ces 
propositions,  qui  furent  examinées  une  à 
une,  avec  le  plus  grand  soin,  par  la  commis- 
sion d'enquête ,  nous  sera-t-il  permis  de 
signaler  un  mémoire  que  nous  avons  déjà 
analysé  dans  un  autre  ouvrage  %  et  qui  con- 
cluait à   l'abaissement    uniforme    du  tarif 


I.  La  Poste  à  un  penny,  i  v^i.  in-i8.  Bruxelles, 
Moens,  1872. 


-54- 

postal  à  un  penny?  Cette  proposition,  éma- 
née d'un  officier  du  service  de  V excise  (con- 
tributions indirectes)  en  Ecosse,  M.  Samuel 
Forrester,  ne  fut  pas  acceptée;  mais  il  nous 
a  paru  intéressant  d'en  reproduire  ici  les 
traits  généraux,  quand  ce  ne  serait  que  pour 
constater  la  communauté  d'idées  où  se  trou- 
vaient alors  les  habitants  du  Royaume-Uni, 
à  l'endroit  de  la  réforme  du  service  des  Pos- 
tes. Cette  réforme  était  ,  comme  on  dit 
vulgairement,  «  dans  l'air,  »  et  tout  le 
monde  s'en  préoccupait,  même  avant  le 
projet  de  M.  Hill,  de  même  que  tout  le 
monde  en  Occident,  vers  la  fin  du  XV^  siè- 
cle, et  avant  le  voyage  de  découverte  mené 
à  bonne  fin  par  Colomb,  se  préoccupait  de 
l'existence  possible  d'un  nouveau  continent. 
«  Onpourrait,»  disait  M.  Forrester,  «  per- 
mettre à  tout  fabricant  de  papier  de  faire 
timbrer  son  papier  à  timbres-poste  par  les 
officiers  d'excisé,  au  moulin  même  où  ce 
papier  est  fabriqué.  Par  ce  moyen  on  obtien- 
drait une  augmentation  certaine  de  droits 


—  55  ~ 

sur  le  papier....  Il  faudrait  en  outre  que  les 
feuilles  timbrées,  pouvant  répondre  à  tous 
les  besoins,  fussent  mises  en  vente  chez  tous 
les  papetiers....  Chacun  n'aurait  plus  qu'à 
écrire  ou  imprimer  sur  cette  feuille  timbrée, 
à  mettre  l'adresse  et  à  jeter  la  lettre  à  la 
Poste...,  Les  agents  de  la  Poste  n'auraient 
qu'à  compter  les  lettres,  à  marquer  le  nom 
de  la  ville  et  l'heure  des  départs » 

M.  Forrester  donnait  ensuite  le  détail  des 
mesures  pratiques  qui,  selon  lui,  suffiraient 
à  prévenir  toutes  les  fraudes  et  toutes  les 
violations  de  la  loi  : 

((  Chaque  feuille  à  timbrer  ne  devrait  pas 
dépasser,  comme  dimension,  20  pouces  sur 
18;  mais  il  serait  permis  de  couper  ou  de 
plier  ladite  feuille  en  format  in-folio,  in- 
quarto  ou  in-octavo.  Le  poids  de  la  dite 
feuille  ne  devait  pas  dépasser  une-  once  si 
elle  était  in-folio,  une  demi-once,  si  elle 
était  in-octavo...  Cette  feuille  in-folio  devrait 
être  frappée  d'un  timbre  de  la  valeur  de  2 
pence,  en  sus  de  la  valeur  du  papier,  et  les 


_  56  — 

portions  de  feuilles  (in-4°  ou  in-S"),  de  tim- 
bres d'un  penny.  Ces  feuilles  ou  portions  de 
feuilles  passeraient  sans  frais  par  tous  les  bu- 
reaux de  Poste  du  royaume...  Tout  fabricant 
de  papierpourrait  obtenir  une  permission  [li- 
cense)  pour  faire  du  papier  à  timbre  postal.  » 
«  Il  aurait,  dans  ce  cas,  à  faire  approuver 
par  les  lords  de  la  trésorerie  les  coins  et  les 
couleurs  dont  il  entendrait  se  servir;  en 
outre,  il  devrait  se  procurer  une  salle  et  des 
tables  convenables  pour  l'opération  du  tim- 
brage. Les  officiers  d'excisé  auraient  la  garde 
des  coins  et  des  couleurs  approuvés  par  la 
trésorerie,  et  seraient  chargés  de  fixer  les 
droits  sur  le  papier  à  fabriquer.  Chacun 
d'eux  pourrait  fournir  deux  mille  empreintes 
par  heure.  Les  papiers  sur  lesquels  la  taxe 
n'aurait  pas  été  acquittée  ne  seraient  pas 
timbrés.  Les  timbres  seraient  composés  de 
chiffres  mobiles,  pour  le  jour  du  mois  et  le 
millésime  de  l'année  où  le  timbrage  aurait 
été  fait.  Au  commencement  de  chaque  tri- 
mestre, le  Directeur  Général  des  Postes,  ou 


-  57- 

les  commissaires  d'excisé,  indiqueraient  à 
tous  les  chefs  de  bureau  de  Poste  la  couleur 
à  employer  exclusivement  pendant  ce  nou- 
veau trimestre.  »  Le  tracé  des  trois  timbres 
à  employer  pourrait  être  celui  qui  se  trouve 
figuré  par  les  empreintes  dont  nous  donnons 
le  dessin  à  la  page  59. 

La  première  de  ces  empreintes  s'applique- 
rait aux  feuilles  in-folio  ;  elle  en  indiquerait 
le  poids  (une  once).  Le  mot  Edinburgh  dési- 
gne la  ville,  siège  de  l'entrepôt  où  a  eu  lieu 
l'opération  du  timbrage;  le  nombre  326  in- 
dique le  numéro  d'excisé  ;  les  mots  i»*  quart 
celui  du  trimestre  ;  enfin,  les  mots  2  Juljr 
1840  annoncent  la  date  du  timbrage. 

L'ofiîcier  d'excisé  chargé  de  timbrer  les 
papiers  frapperait,  à  chaque  fois,  une  seule 
empreinte  distincte,  au  centre  ou  près  du 
centre  d'une  des  pages  de  chaque  feuille  in- 
folio, in-40  ou  in-8°.  Les  fabricants  de  pa- 
pier, pourvus  de  licenses,  devraient  faire 
confectionner  des  rames  de  480  timbres  ou 


—  58  — 

des  demi-rames  de  240  timbres.  Les  feuilles 
timbrées  de  chaque  format  resteraient  en- 
fermées dans  des  enveloppes  distinctes  ;  ces 
enveloppes  seraient  revêtues  d'étiquettes  si- 
gnées et  parafées  par  les  officiers  d'excisé, 
qui,  en  outre,  tiendraient  un  compte  exact 
du  nombre  des  timbres,  des  dates  d'impres- 
sion et  des  livraisons  de  papier  timbré  faites 
parles  fabricants,  suivant  leurs  déclarations. 
Les  débitants  de  papiers  postaux  devraient 
être  munis  de  licenses  pour  pouvoir  exercer 
leur  commerce.  Les  officiers  d'excisé  de  cha- 
que district  visiteraient  périodiquement  les 
différents  débits,  et  contrôleraient  à  chaque 
visite  le  nombre  des  feuilles  vendues  et  de 
celles  restées  en  magasin.  Tous  les  trimes- 
tres, il  serait  fait  à  la  Surintendance  de  l'ex- 
cise un  inventaire  général  des  permis  de  fa- 
brication  délivrés ,    ainsi   que   des  papiers 
fabriqués    et   vendus   ou   non   vendus.   Le 
montant  des  droits  de  timbre  serait  acquitté 
par  chaque  fabricant,  de  huitaine  en  hui- 
taine, entre  les  mains  du  Surintendant. 


^59- 


i 


N  QUAR:  A 

TWO  PENCEt 

/*^   QUAR;  ^ 

fONE  PENNY* 
■A  a°JULY  ^- 

1^  QUAR:  ^ 

tONE  PENNY* 

^  â^JULY  M- 


IV 


Telles  étaient  les  dispositions  du  projet 
Forrester,  projet  qui  ne  fat  pas  adopté  par  les 
lords  de  la  trésorerie.  On  regarda  sans  doute 
comme  trop  compliqués  les  détails  de  ce 
plan,  qui  néanmoins  ne  manquait  pas  d'une 
certaine  originalité,  comme  on  a  pu  le  re- 
marquer en  parcourant  l'analyse  que  nous 
venons  de  donner.  M.  Rowland  Hill  eut  le 
pas  sur  tous  ses  concurrents,  et  l'Angleterre, 
qui  sait  rémunérer  largement  les  services 
rendus  à  la  chose  publique,  confia  un  des 
emplois  les  plus  élevés  de  l'administration 
des  Postes  à  l'homme  habile  dont  l'inven- 


—  6i  — 

tion  devait  amener  une  si  grande  transfor- 
mation dans  le  mécanisme  postal. 

Ce  n'était  pas  que  l'invention  de  M ,  Row- 
land  Hill  ne  fût  contestée,  en  Angleterre 
même.  Plusieurs  annéesavant  la  présentation 
du  mémoire  Hill,  un  sieur  Charles  Witing 
avait  adressé  au  gouvernement  une  note  im- 
primée, aux  termes  de  laquelle  il  demandait 
à  être  autorisé  à  livrer  au  public  des  bandes 
timbrées,  auxquelles  il  donnait  le  nom  de 
go-frees  (aller  libre).  Les  expéditeurs  se  se- 
raient, disait-il,  servis  de  ces  bandes  pour 
rendre  francs  de  port  tous  envois  de  manus- 
crits ou  d'imprimés.  Le  prix  des  bandes  et 
des  timbres  s'échelonnait  suivant  le  poids 
des  objets  à  transporter.  Deux  autres  inven- 
teurs, MM.  Knight  et  Stead,  revendiquaient 
aussi  l'idée  première  du  timbre-poste  ;  et, 
de  plus,  M.  Stead  prétendait  avoir  envoyé 
à  la  Surintendance,  quelques  années  avant 
1839,  une  proposition  directe.  Quoi  qu'il 
en  fût  de  ces  diverses  prétentions,  la  Tréso- 
rerie ,  après  examen  des  projets ,  déclara 
II.  4 


—   62   — 

qu'aucun  d'eux  n'offrait,  pour  l'emploi  des 
timbres-poste,  de  procédés  autres  ou  meil- 
leurs que  celui  de  M.  Hill. 

Deux  mois  avant  la  publication  des  «  Notes 
de  la  Trésorerie,  »  M.  Hill  avait,  en  effet, 
publié  un  mémoire  où  il  proposait  au  gou- 
vernement les  quatre  espèces  de  timbres  qui 
furent  adoptés.  Ces  quatre  espèces  étaient 
des  couvertures  ou  demi-feuilles  de  papier 
timbré,  des  enveloppes  timbrées,  des  éti- 
quettes gommées  ou  timbres  proprement 
dits,  et  enfin  du  papier  à  lettres  timbré. 

Chaque  invention  nouvelle  a  ses  partisans 
et  ses  adversaires.  Ceux-ci  ne  manquèrent 
pas  au  projet  Hill,  et  les  plus  opiniâtres  d'en- 
tre eux  furent  les  marchands  de  papier.  Ils 
qualifiaient  de  monopole  tyrannique  le  débit 
général  du  papier  à  lettres  timbré  que  s'était 
réservé  l'Etat,  et  la  seule  émission  de  tim- 
bres sur  laquelle  ils  consentaient  à  passer 
condamnation  était  celle  des  étiquettes. 
Une  polémique  s'engagea,  au  sujet  des  tim- 
bres, entre  les  deux  principales  Revues,  la 


—  63  — 

Quarterly  Review  et  VEdinburgh  Reviens, 
celle-ci  défendant  l'administration,  et  celle- 
là  prenant  fait  et  cause  pour  les  fabricants 
qui  se  disaient  injustement  frappés. 

Un  de  ces  opposants,  M.  Dickinson,  afin 
de  «  lancer  »  dans  le  monde  industriel  un 
papier  à  enveloppes  particulier,  fabriqué 
chez  lui,  fit  paraître,  à  son  tour,  une  note  re- 
lative aux  nouveaux  timbres-poste.  Il  y  con- 
cluait formellement  contre  l'usage  des  éti- 
quettes, des  couvertures  et  du  papier  à  lettres. 
Selon  lui,  il  fallait  restreindre  à  l'emploi  des 
enveloppes  les  conséquences  de  l'invention 
nouvelle.  Les  agents  delà  Poste,  ajoutait- 
il,  pourraient,  s'il  en  était  autrement,  trom- 
per le  public  et  garder  son  argent,  sans  coller 
les  timbres  sur  les  lettres. 

L'objection  était  sans  portée  :  pourquoi, 
en  effet,  supposer  qu'un  envoyeur  ne  serait 
pas,  à  l'avance,  muni  de  timbres  et  ne  les 
collerait  pas  lui-même  sur  les  lettres,  ou,  du 
moins,  ne  les  ferait  pas  coller  sous  ses  yeux? 
Sans  se  préoccuper  de  ces  critiques  intéres- 


-64- 

sées,  l'administration  s'appliqua  à  faire  exé- 
cuter la  loi,  de  la  manière  la  plus  écono- 
mique pour  le  fisc  et  la  plus  prompte  pour 
le  public. 


Dans  l'intervalle  qui  s'écoula  entre  l'a- 
doption de  la  réforme  et  la  mise  en  circula- 
tion des  tirnbres-poste,  le  gouvernement, 
déférant  en  cela  au  vœu  du  législateur,  avait 
pratiqué  d'abord  l'essai  du  prix  réduit.  Cet 
essai  fut  le  véritable  critérium  qui  ouvrit 
les  yeux  au  pays  sur  l'importance  de  la  ré- 
forme, et  montra  jusqu'à  quel  point  elle 
était  attendue  et  nécessaire.  Le  nombre  des 
lettres  confiées  à  la  Poste  augmenta  subite- 
ment dans  une  proportion  telle  qu'il  dépassa 
tous  les  calculs.  Il  devint  évident  que  le 
service   ordinaire    ne    pourrait    longtemps 

suffire  aux   besoins  et  que  la  création  des 

4. 


—  66  — 

timbres  devenait  indispensable.  On  nous 
permettra,  à  cette  occasion,  de  citer  les 
quelques  lignes  que  nous  avons  publiées  au 
sujet  de  l'expérience  ainsi  faite,  et  qui  re- 
produisent assez  exactement,  croyons-nous, 
la  physionomie  postale  de  Londres,  à  l'épo- 
que dont  nous  parlons  ^  : 

«...  Depuis  la  réduction  de  la  taxe  à  un 
penny,  on  se  précipitait  aux  guichets  de  la 
Poste,  comme  aux  bureaux  des  théâtres  pour 
les  pièces  en  vogue.  Pendant  la  dernière 
demi-heure,  les  employés  ne  pouvaient  plus 
suffire  au  service  ;  car  il  fallait  recevoir  les 
lettres,  vérifier  le  poids,  encaisser  l'argent, 
marquer  l'affranchissement,  opérations  dis- 
tinctes et  qui  se  répétaient  à  chaque  lettre, 
malgré  l'uniformité  de  la  taxe... 

«  Le  premier  ou  le  second  jour  après  la  mise 
en  vigueur  de  la  loi,  une  scène  intéressante 
eut  lieu  dans  le  bureau  de  Saint-Martin-le- 


1.  Notice  sur   Vorigîne  du  prix  uniforme  de  la 
taxe  des  lettres.  Paris,  Librairie  nouvelle,  1872. 


-67- 

Grand.  La  salle  était  remplie,  ou  à  peu  près, 
de  spectateurs  venus  en  simples  curieux., 
et  que  des  polîcemen  contenaient  à  l'entour 
des  guichets.  En  même  temps,  les  porteurs 
de  lettres  se  pressaient  et  se  bousculaient, 
chacun  essayant  d'arriver  le  premier.  Le 
Surintendant,  président  du  bureau  de  l'in- 
térieur, dirigeait  les  employés  avec  le  zèle 
le  plus  louable,  et  portait  tour  à  tour  leur 
activité  et  leur  énergie  sur  les  points  les 
plus  envahis.  Avant  la  promulgation  de  la 
loi,  un  seul  guichet  suffisait  pour  recevoir 
toutes  les  lettres  ;  ce  jour-là,  on  en  avait  ou- 
vert six,  et  à  chacun  d'eux  étaient  assis  deux 
receveurs.  Ils  étaient  littéralement  assiégés. 
c(  Au  dernier  quart  d'heure,  la  foule  de- 
venant de  plus  en  plus  compacte,  un  sep- 
tième guichet  fut  ouvert,  et  presque  aussitôt 
M.  Bockenham  en  improvisa  un  huitième, 
011  il  s'installa,  et  reçut  les  lettres  et  l'ar- 
gent, pour  ne  renvoyer  aucun  des  expédi- 
teurs... On  peut  juger  du  soulagement  que 
chacun  avait  éprouvé,  quand  on  avait  pu 


—  68  — 

constater  que  satisfaction  avait  été  donnée  à 
tous,  que  pas  une  personne  n'avait  manqué 
l'heure,  que,  ce  jour-là,  le  bureau  de  Saint- 
Martin  avait  reçu,  entre  cinq  et  six  heures, 
plus  de  trois  mille  lettres,  et  que  pas  un 
courrier  n'avait  été  en  retard  d'une  minute. 
Le  public  lui-même  avait  voulu  témoigner 
son  admiration  pour  le  zèle  des  agents  de 
l'administration  :  au  moment  où  se  fermaient 
les  guichets ,  il  avait  fait  entendre  une 
salve  d'applaudissements  pour  les  employés 
des  Postes  et  une  autre  pour  M.  Rowland 
HiU...  » 

«  La  presse  n'avait  pas  été  moindre  dans 
toutes  les  maisons  où  il  y  avait  une  boîte 
aux  lettres,  soit  à  Londres,  soit  dans  tout 
le  royaume.  Un  receveur  de  la  capitale 
avait  déclaré  que,  si  le  nouveau  système  de- 
vait durer,  il  ne  voudrait  pas  conserver  ses 
fonctions  pour  200  livres  par  an.  C'est 
qu'autrefois  sa  recette  moyenne  était  de 
quatre-vingts  lettres ,  et  qu'elle  s'élevait 
maintenant  à  plus  de  trois  mille.  Le  pre- 


mier  jour,  la  foule  des  porteurs  de  lettres 
avait  mis  en  fuite  tous  ses  clients,  et  il  n'a- 
vait pas  vendu  pour  un  sou.  On  pouvait  fa- 
cilement conclure  de  ces  faits  que  les  petits 
boutiquiers  ne  pourraient  plus  joindre  à 
leur  commerce  l'industrie  annexe  qui  con- 
sistait à  recevoir  les  lettres  de  leur  quartier. 
Quelques-uns  de  ces  receveurs  mixtes  ne 
tardèrent  pas  à  donner  leur  démission  ;  c'é- 
tait une  conséquence  naturelle  du  régime 
nouveau.  » 


VI 


Tout  en  procédant  aux  préparatifs  de  l'é- 
mission, le  gouvernement  s'efforçait  d'agir 
sur  l'opinion  en  publiant,  ou  en  faisant  pu- 
blier, diverses  notes  favorables  au  système 
des  timbres.  Déjà,  M.  Rowland  Hill,  dans 
le  mémoire  que  nous  avons  mentionné, 
avait  traité  à  fond  la  question.  Il  avait  dé- 
montré que  l'emploi  des  timbres  coûterait 
moins  de  i/  60^  de  penny  par  lettre,  tandis 
que  le  payement  fait  par  le  destinataire  en- 
traînait une  dépense  six  fois  plus  grande, 
environ  i/io®  de  penny  ;  et  cet  abaissement 
de  prix  pour  l'administration  n'était  pas,  à 


-_    yX     — 

beaucoup  près,  le  seul  avantage  qui  devait 
résulter  de  l'émission. 

Tout  semblait  concourir  à  préconiser 
l'usage  des  timbres  et  à  prouver  la  supério- 
rité de  ce  procédé  sur  le  système  du  paye- 
ment ordinaire.  La  commission  parlemen- 
taire d'enquête  sur  le  revenu  avait  cons- 
taté la  fréquence  des  erreurs  dans  les 
comptes  présentés  par  les  bureaux  de  Poste; 
elle  avait  reconnu  de  plus  que  le  contrôle 
de  ces  comptes  était  à  peu  près  illusoire. 
Dans  son  rapport,  elle  déclarait  que  les 
chiffres  fournis  par  les  bureaux  des  villes 
les  plus  importantes  après  Londres,  telles 
que  Birmingham,  Brighton,  Exeter,  Ply- 
mouth,  HuU  et  Liverpool,  ne  s'accordaient 
nullement  avec  les  chiffres  de  l'administra- 
tion centrale.  De  ce  désaccord,  il  était  logi-^ 
que  de  conclure  que  la  fraude  à  l'état  per- 
manent ,  la  fraude  organisée  entre  divers 
établissements  postaux,  sur  un  grand  nom- 
bre de  points  du  territoire  ,  pouvait  avoir 
lieu  impunément.    La   commission  imagi- 


—  72  — 

nait  l'hypothèse  de  deux  receveurs,  faisant 
une  alliance  offensive  et  défensive  au  préju- 
dice de  la  Trésorerie  et  certifiant  eux-mêmes 
l'exactitude  de  leurs  comptes.  Le  rapport 
aboutissait  à  cette  triste  vérité  :  «  que  le 
montant  du  produit  des  Postes,  pour  un 
temps  donné,  ne  pouvait  jamais  être  connu 
avec  certitude.  » 

L'emploi  des  timbres-poste  faisait  dispa- 
raître du  premier  coup  ce  grave  inconvé- 
nient; l'administration  ,  en  appliquant  le 
nouveau  système,  n'avait  plus  qu'à  se  re- 
porter aux  chiffres  de  ses  émissions  et  de  ses 
ventes,  pour  supputer  ses  revenus.  Avec  les 
timbres,  plus  de  temps  perdu  pour  la  recette 
du  montant  des  taxes  ou  pour  l'affranchis- 
sement :  tous  les  citoyens,  riches  et  pauvres, 
pouvaient,  à  leur  gré,  faire  provision  de 
timbres,  ou  acheter  au  fur  et  à  mesure  ceux 
dont  ils  avaient  besoin.  M.  Rowland  Hill 
supposait  que,  dans  la  première  année,  si  un 
déficit  se  produisait,  il  devait  être  plus  que 
compensé  par  le  produit  des  timbres  vendus 


-73  - 

aux  personnes  qui  feraient  des  approvision- 
nements. Ajoutez  à  cet  avantage  la  possibilité 
d'user  des  timbres,  comme  d'une  nouvelle 
monnaie  courante,  pour  de  petites  sommes. 
Une  feuille  de  timbres  valant  19  shillings 
ou  une  livre,  on  conçoit  facilement  que, 
par  l'ablation  successive  de  2,  3,  4,  etc., 
timbres,  on  réduit  d'autant  la  valeur  mo- 
nétaire de  cette  feuille,  qui,  ainsi,  peut,  se- 
lon la  volonté  du  porteur,  représenter  tour 
à  tour  telle  ou  telle  somme,  à  partir  et  au- 
dessous  d'une  livre.  Pour  les  abonnements 
aux  journaux,  pour  les  commandes  ou  les 
emplettes  d'un  chiffre  minime,  rien  n'était 
plus  commode  que  ce  nouveau  papier-mon- 
naie, dont  la  soustraction  n'offrait  pas,  d'ail- 
leurs, aux  malfaiteurs  le  même  appât  que 
les  espèces  métalliques  ou  les  bank-notes. 

En  ce  qui  concernait  l'usage  des  couver- 
tures, un  éditeur  connu  par  ses  nombreuses 
publications,  M.  Parker,  avait  indiqué  à  la 
Commission  d'enquête  le  moyen  d'employer 

cette  catégorie  de  timbres    comme  avis  de 
II.  5 


—  74  — 

commerce.  Ce  moyen  consistait,  pour  cha- 
que négociant,  à  faire  imprimer  sur  ia  face 
interne  de  la  couverture  la  nomenclature  de 
ses  produits  et  son  adresse.  La  couverture 
devenait  ainsi  une  annonce  véritable  que  les 
correspondants  du  négociant  auraient  reçue 
par  la  Poste,  et  qu'ils  auraient  renvoyée  à 
l'expéditeurj  après  avoir  mentionné,  en 
regard  de  chaque  article,  la  quantité  qu'ils 
voudraient  recevoir. 


VII 


Une  autre  question  très-grave,  celle  de  la 
falsification  des  timbres,  avait  éveillé  la  sol- 
licitude des  Lords  de  la  Trésorerie,  et  les 
publicistes  n'avaient  pas  manqué  de  saisir 
ce  nouveau  thème,  pour  disserter  en  faveur 
de  la  loi  ou  contre  elle.  Le  gouvernement 
récompensa  l'auteur  d'un  mémoire  où  le 
sujet  de  la  falsification  était  traité  ex  pro- 
fessa, et  qui,  dès  son  apparition,  avait  fait 
une  certaine  sensation  dans  le  public.  Le 
rédacteur  de  ce  mémoire  commençait  par 
poser  en  principe,  avec  toute  l'autorité  du 
bon  sens,  que,  forcément,  les  contrefaçons 
en  matière  de  timbres=poste  seraient  infini-  ^ 


-  76  - 

ment  plus  rares  que  celles  en  matière  de 
batik-notes.  La  raison  de  ce  fait  était,  sui- 
vant lui,  bien  facile  à  concevoir  :  c'est  que 
le  contrefacteur  des  timbres  s'expose ,  en 
vue  d'un  profit  presque  nul,  à  une  punition 
certaine.  D'une  part,  en  effet,  le  décompte 
moyen  des  frais  de  fabrication  faisait  res- 
sortir à  2  shillings  par  livre  le  plus  gros 
bénéfice  qu'un  faussaire  pût  espérer ,  et , 
d'autre  part ,  l'autorité  était  toujours  à 
même  de  découvrir  l'auteur  d'un  faux  tim- 
bre, dût-elle,  pour  commencer  ses  inves- 
tigations, s'adresser  d'abord  au  destina- 
taire de  la  lettre.  Pour  ne  parler  que  des 
couvertures  timbrées,  la  modicité  du  prix, 
auquel  l'administration  pouvait  les  livrer 
en  gros  aux  acheteurs,  semblait  rendre 
impossible  toute  falsification.  Les  demi- 
feuilles  de  papier  qui ,  timbres  compris , 
devaient  coûter  à  l'État  un  penny  chacune, 
pouvaient  être  fournies  au  public  à  rai- 
son de  i6  pence  pour  i5,  y  compris  les 
i5  timbres.  En  admettant  que  les  contre- 


—  77  — 

facteurs  de  timbres  vendissent  leurs  pro- 
duits d'après  le  taux  adopté  par  les  contre- 
facteurs de  bank- notes  ,  c'est-à-dire  au 
dixième  du  prix  des  valeurs  contrefaites  , 
ils  eussent  été  obligés  de  livrer  dix  timbres 
pour  un  penny.  C'était  là  un  chiffre  qui, 
non-seulement  ne  leur  donnait  aucun  béné- 
fice, mais  les  constituait  même  en  perte  sur 
les  dépenses  de  fabrication. 

La  contrefaçon,  pour  avoir  un  résultat  ap- 
préciable, ne  pouvait  donc  être  tentée  que  par 
de  riches  entrepreneurs,  circonstance  dont 
l'improbabilité  raréfiait  encore  les  chances 
d'une  falsification.  L'auteur  ajoutait  que  les 
timbres  devaient  être  fabriqués  à  la  méca- 
nique par  le  contrefacteur,  si  celui-ci  vou- 
lait réaliser  un  profit,  même  médiocre.  Or, 
pour  se  procurer  les  appareils  nécessaires  à 
la  fabrication  de  l'une  des  catégories  de 
timbres,  le  faussaire  eût  été  obligé  de  dé- 
bourser une  somme  dont  l'importance  n'eût 
été  nullement  en  rapport  avec  les  avances 
que  pouvaient  faire  les  délinquants  isolés. 


-78  " 

Restait  l'hypothèse  d'une  coalition  cou- 
pable formée  entre  de  riches  fabricants,  des 
imprimeurs  5  des  graveurs  et  des  mécani- 
cienSj  pour  exploiter  la  falsification  sur 
une  grande  échelle,  et  Jeter  dans  la  circu- 
lation une  innombrable  quantité  de  tim= 
bres  faux,  vendus  à  vil  prix.  Mais,  cette 
hypothèse  eût-elle  dû,  par  impossible,  se 
transformer  en  réalité ,  une  seule  fois , 
l'exemple  ainsi  donné  n'aurait  pas  été  suivi 
par  d'autres  falsificateurs  >  car  il  n'eût  été 
que  trop  aisé  à  l'administration  d'atteindre 
les  auteurs  et  les  complices  du  délit,  comme 
aussi  d'empêcher  qu'il  ne  se  reproduisît. 

Ce  n'est  pas  tout,  en  effet,  pour  un  faussaire 
ou  pour  une  réunion  de  faussaires  d'avoir 
fabriqué  de  faux  timbres  :  il  faut  les  écouler, 
il  faut,  suivant  l'expression  commerciale,  les 
placer.  Ici,  le  danger  commence,  danger 
d'autant  plus  grand  qu'il  est  à  peu  près  iné- 
vitable :  car  la  mise  en  circulation  d'un  tim- 
bre et  celle  d'une  bank-note  ne  se  ressem- 
blent en  aucune  façon.   Une  bank-note,  à 


~  79  — 
raison  de  la  valeur  qu'on  lui  attribue,  peut 
être  échangée  à  l'infini,  et  revenir  dans  les 
mêmes  mains  d'où  elle  est  sortie  pour  la 
première  fois  ;  elle  peut  être  reçue  d'une 
personne  étrangère  ,  et ,  par  conséquent , 
celui  qui  la  reçoit  ainsi  est  fondé  à  exciper 
de  sa  bonne  foi,  surprise  par  un  faussaire. 
Les  choses  ne  se  passent  pas  de  même 
pour  les  timbres.  Chacun  d'eux  est  fabriqué 
pour  être  employé  une  seule  fois  ;  ensuite, 
il  est  annulé.  A  cette  époque,  on  ne  pouvait 
prévoir  qu'il  surgirait  en  chaque  pays  des 
collectionneurs  dont  les  achats  donneraient 
aux  timbres  oblitérés  une  valeur  posthume, 
et  encourageraient  indirectem.ent,  par  suite, 
une  contrefaçon  en  sous-ordre.  Admettez, 
d'ailleurs,  qu'un  débitant  de  faux  timbres 
trouve  un  ou  plusieurs  acquéreurs  :  ceux-ci 
se  hâtent  naturellement  d'utiliser  leur  em- 
plette et  d'appliquer  sur  leurs  correspon- 
dances les  timbres  qu'ils  ont  achetés.  Ces 
correspondances  arrivent  à  la  Poste  ;  là , 
elles  subissent   deux  contrôles  successifs  , 


—  «o  — 

celui  du  chef  de  bureau  et  celui  d'un  fac- 
teur distributeur.  Il  est  difficile  de  croire 
que  la  fausseté  d'un  timbre  employé  puisse 
échapper  à  cette  double  inspection,  et  si, 
par  extraordinaire,  la  pièce  falsifiée  pouvait 
passer  une  ou  deux  fois,  à  la  troisième,  on 
découvrirait  la  fraude.  Il  n'est  pas  besoin 
d'entrer  dans  des  explications  bien  longues 
ni  bien  détaillées  pour  démontrer  la  facilité 
de  la  découverte  en  matière  de  pareils  dé- 
lits. 

A  Fappui  de  cette  vérité,  on  a  assimilé, 
par  la  pensée,  la  contrefaçon  des  timbres  à 
celle  des  bank-notes  de  cinq  livres,  et  voici 
pourquoi  :  l'usage  de  l'endossement,  pour 
cette  catégorie  de  bank-notes,  s'était  intro- 
duit dans  la  société  anglaise  ;  tout  porteur 
d'un  billet  de  cinq  livres,  avant  d'en  trans- 
férer la  propriété  à  une  autre  personne, 
écrivait  sur  le  revers  du  titre  son  nom  et 
son  adresse.  Ce  procédé  si  simple  coupait 
court  à  la  falsification  :  quel  contrefacteur 
eût  été  assez  naïf  pour   se  dénoncer  lui- 


—  8i  — 

même  ?  On  rencontrait  donc  fort  peu  de 
bank-notes  de  cinq  livres  qui  fussent  faus- 
ses, tandis  que  la  catégorie  des  billets  de 
cinq  livres,  pour  lesquels  l'habitude  de  l'en- 
dossement n'avait  pas  été  prise,  était  très- 
souvent  exploitée  par  la  contrefaçon. 

La  statistique  criminelle  de  la  Grande-Bre- 
tagne a  fourni  à  cet  égard  de  précieux  rensei- 
gnements. Pendant  une  période  de  huit  an- 
nées (1829  à  iSSy)  le  nombre  de  bank-notes 
de  cinq  livres  et  au-dessus,  reconnues  fausses, 
ne  s'était  pas  élevé  à  plus  de  2,873,  c'est-à- 
dire  à  36i  par  année,  en  moyenne.  La  con- 
trefaçon des  timbres-poste  présentant  des 
dangers  plus  grands  et  une  chance  de  gain 
beaucoup  plus  douteuse  que  la  fabrication 
des  fausses  bank-notes  de  cinq  livres  et  au- 
dessus,  il  était  permis  de  conclure  à  fortiori 
que  la  quantité  des  timbres-poste  falsifiés 
ne  dépasserait  pas  le  chiffre  ci-dessus  men- 
tionné dans  le  même  espace  de  temps. 


VIII 


Les  projets  soumis  à  la  Trésorerie,  pour 
l'exécution  matérielle  de  la  loi,  étaient,  pa- 
raît-il, au  nombre  de  six  cents,  et  deux  mois 
tout  entiers  se  passèrent  à  les  examiner.  Il 
fallait,  en  outre,  faire  fabriquer  des  machi- 
nes, commander  des  dessins,  les  livrer  à  la 
gravure,  essayer  diverses  sortes  de  papier, 
et  enfin  (car  c'était  là  un  des  points  les 
plus  essentiels)  assurer  la  production  journa- 
lière d'un  million  d'épreuves  ou  environ. 
Ces  préparatifs  eurent  pour  résultat  prin- 
cipal l'éclosion  d'une  idée  à  la  fois  artistique 
et  économique,  qui  n'a  pas  jusqu'ici  reçu 
l'application  qu'elle  méritait,  mais  dont  le 


«-  83  — 

principe  ne  reste  pas  moins  aussi  ingénieux 
que  fécond.  Il  s'agissait  de  faire  appel  aux 
peintres,  aux  sculpteurs  et  aux  graveurs  les 
plus  éminents,  pour  les  inviter  à  créer  un 
dessin  qui ,  formant  la  vignette  du  timbre, 
serait  dès  lors  reproduit  à  l'infini,  et  déve- 
lopperait dans  toutes  les  classes  le  sens  es- 
thétique du  beau,  en  habituant  les  yeux  du 
citoyen,  même  le  plus  pauvre  et  le  plus  il- 
lettré, à  se  fixer  sur  un  dessin  qui  rappelle» 
rait  les  chefs-d'œuvre  de  l'art.  Le  beau  ser- 
vant ainsi  d'auxiliaire  à  l'utile,  la  réforme 
s'élevait  véritablement  à  la  hauteur  d'un 
changement  social,  et  le  progrès  économi- 
que se  renforçait  du  progrès  intellectuel.  En 
outre,  —  et  ce  détail  accessoire  avait  bien 
aussi  son  importance,  —  plus  remarquable 
serait  le  dessin  agréé,  plus  son  exécution  of- 
frirait de  fini,  plus  difficile  à  opérer  serait 
en  même  temps  la  contrefaçon. 

Les  compositions  offertes  au  gouverne- 
ment furent  relativement  peu  nombreuses. 
Un    sculpteur,   M.    Sievier,   un  graveur, 


-84- 

M.  Cheverton  ,  et  deux  autres  artistes  , 
MM.  Whiting  et  Wyon,  présentèrent  di- 
vers projets  de  vignette  qui,  malgré  les  qua- 
lités relatives  par  lesquelles  ils  se  recom- 
mandaient, restèrent  classés  au  second  rang. 
Un  seul  dessin  fixa  tous  les  suffrages  ;  il 
était  signé  d'un  nom  illustre,  celui  de  Mul- 
ready,  le  Meissonier  anglais ,  l'auteur  du 
Loup  et  de  V Agneau  ,  d'une  Après-dînée 
che\  Samuel  Johnson^  du  Jeu  des  cerises  et 
de  tant  d'autres  merveilleuses  petites  toiles. 
Mulready,  qui,  depuis,  est  mort  presque 
nonagénaire,  avait  composé  comme  vignette 
de  timbre  une  vaste  scène  allégorique  se  dé- 
ployant sur  une  surface,  certes  bien  exiguë, 
puisqu'elle  était  de  plus  petite  dimension 
qu'une  demi-page  de  papier  à  lettre.  Le  cen- 
tre de  la  composition,  au  deuxième  ou  troi- 
sième plan,  est  occupé  par  une  femme  assise 
sur  un  trône  et  personnifiant  l'Angleterre. 
Cette  femme,  vêtue  d'une  tunique,  et  drapée 
dans  un  péplum,  est  cuirassée  et  casquée  ; 
elle  étend  à  droite  et  à  gauche  ses  bras  nus. 


—  85  — 

L'écusson  de  la  Grande-Bretagne  est  placé 
devant  ses  pieds,  et  un  peu  plus  loin  que  l'é- 
cusson, en  s'avançant  vers  le  spectateur,  se 
dresse  un  rocher,  de  forme  cylindrique,  sur 
lequel  est  couché,  dans  une  fière  et  calme  at- 
titude, le  lion  britannique.  Quatre  messa- 
gers, nus  et  ailés,  tels  qu'on  représente  les 
anges  dans  les  tableaux  de  sainteté,  s'élan- 
cent deux  à  deux,  dans  les  airs,  de  chaque 
côté  de  la  figure  principale,  qui  semble  leur 
donner  le  signal  du  départ.  Sur  l'arrière- 
plan,  on  aperçoit  des  vaisseaux  à  l'ancre, 
dans  une  rade  entourée  de  falaises,  et  un  La- 
pon conduisant  un  renne  attelé  à  un  traî- 
neau. A  droite  du  lion,  un  groupe  de  sa- 
chems  indiens  serrent  la  main,  en  signe 
d'alliance,  à  William  Penn  et  aux  autres 
membres  de  la  Société  des  Amis,  très  re- 
connaissables  à  leurs  longues  lévites  et  à 
leurs  vastes  chapeaux.  Un  cocotier  abrite 
sous  son  épais  feuillage  cette  scène  de  fra- 
ternisation entre  l'ancien  et  le  nouveau 
monde  ;  des  femmes  indiennes,  des  squajps, 


—  86  — 

adossées  à  l'arbre,  portent  dans  leurs  bras  et 
allaitent  leurs  nourrissons;  quelques  pas 
plus  loiuj  des  nègres  attachés  à  la  glèbe  d'une 
plantation  exécutent  les  ordres  que  leur 
donne  ,  d'un  geste  impératif,  un  colon  de 
haute  taille,  et  s'escriment  à  grand  renfort 
de  clous  et  de  marteaux  sur  des  barriques  de 
sucre  prêtes  à  être  arrimées.  Après  l'Occi- 
dent, l'Orient.  La  travée  du  côté  gauche  est 
un  spécimen  en  miniature  de  l'Egypte,  de 
l'Inde  et  de  la  Chine  :  un  écrivain  entur- 
banné,  un  khodjâh-effendi,  assis  sur  le  talus 
d'un  chemin ,  rédige  une  facture  de  com= 
merce  sous  la  dictée  d'un  autre  musulman; 
de  robustes  hammals,  courbant  le  dos,  re- 
çoivent sur  leurs  épaules  les  colis  que  leur 
lancent  à  la  volée  les  conducteurs  d'élé- 
phants et  de  chameaux  ;  enfin,  des  Chinois, 
en  robe  de  satin  ramage,  balayant  la  pous- 
sière du  quai  avec  leurs  longues  queues  de 
cheveux,  nattées  et  nouées  de  rubans,  font 
le  dénombrement  de  leurs  caisses  de  thé  et 
d'épices.  Les  deux  coulisses  du  premier  pian 


-.87- 

sont  remplies  par  les  groupes  suivants  :  à 
gauche,  une  femme  qui  joint  les  mains  et 
lève  les  yeux  au  ciel,  pendant  que  son  fils 
lui  fait  la  lecture  d'une  lettre  ;  à  droite,  une 
autre  femme,  mais  un  peu  plus  jeune,  qui 
lit  une  correspondance.  Sa  fille  aînée  lit  en 
même  temps  qu'elle  et  tient  l'un  des  coins 
du  papier,  tandis  que  la  plus  jeune,  une  en- 
fant de  six  à  sept  ans,  tend  les  deux  mains  à 
sa  mère,  pour  que  celle-ci  lui  communique 
à  son  tour  la  précieuse  feuille. 

Tel  est  l'aspect  dé  cette  intéressante  com- 
position, dont  l'exécution  fut  confiée  au 
graveur  Thompson ,  mais  qui  ne  fut  d'ail- 
leurs employée  comme  timbre  que  pendant 
très-peu  de  temps.  On  adopta  comme  type 
définitif  l'effigie  royale^  telle  que  la  portaient 
les  monnaies,  et  ce  procédé,  suivi  depuis  par 
la  plupart  des  Etats  monarchiques,  le  Dane- 
mark et  quelques  gouvernements  allemands 
exceptés,  a  définitivement  prévalu  en  Angle- 
terre, 


#» 


CHAPITRE   IV 

ADOPTION  DU  TIMBRE-POSTE  EN  FRANCE 


L  Adoption  tardive  du  Timbre-Poste  en  France  : 
Décret  de  1848  (24  août).  Avis  donné  par  le  Mo- 
niteur universel.  —  II.  Défiances  du  début.  Dan- 
gers de  la  distribution  des  lettres  sans  taxe  à  recou- 
vrer. —  III.  Premières  falsifications.  Leur  insuccès. 
Loi  répressive  du  16  octobre  1849.  —  ^^-  Le 
timbre  de  20  centimes  porté  à  25  centimes.  Avis 
de  l'administration  en  date  du  25  juin  1850.  — 
V.  Conséquences  de  l'augmentation  du  nombre 
des  lettres.  Instruction  générale  de  1868. 


ON  a  souvent  raillé  la  France  sur  les  dif- 
ficultés qu'on  ne  manque  jamais  d'op- 
poser chez  elle  à  toutes  les  réformes  utiles. 
La  lenteur  avec  laquelle  eut  lieu,  dans  nO" 
tre  patrie,  l'introduction  des  timbres-poste, 
prouve  combien  ce  reproche  est  fondé.  Il 
fallut  que,  pendant  neuf  années  consécuti- 
ves, nous  eussions  sous  les  yeux  l'expérience 
faite  par  nos  voisins  d'outre-Manche,  ainsi 
que  les  excellents  résultats  obtenus,  avant 
que  notre  pays  se  décidât  à  suivre  un  si  bon 
exemple  :  encore  l'opinion  publique  et  l'ac- 
tion gouvernementale  durent-elles  être  for- 


—  92  — 

tement  aiguillonnées  par  quelques  écono- 
mistes, comme  M.  de  Saint- Priest  et  M.  de 
Girardin,  qui,  s'étant  mis  parfaitement  au 
courant  de  la  question  postale,  surveillaient 
avec  le  plus  vif  intérêt  les  progrès  accom- 
plis par  la  réforme  de  l'autre  côté  du  dé- 
troit, et  ne  cessaient  de  prêcher  sur  ce  point 
l'imitation  anglaise.  Ce  ne  fut  qu'en  1848, 
dans  les  premiers  mois  -qui  suivirent  les 
journées  de  Juin,  que  l'Assemblée  nationale 
vota,  sur  la  proposition  de  M.  de  Saint-Priest, 
un  décret  relatif  à  la  taxe  des  lettres,  —  dé- 
cret dont  l'article  5  est  ainsi  conçu  : 

«  L'Administration  des  Postes  est  auto- 
risée à  faire  vendre,  aux  prix  de  20  centimes, 
40  centimes  et  i  franc,  des  timbres  ou  ca- 
chets, dont  l'apposition  sur  une  lettre  ser- 
vira pour  l'affranchissement.  » 

La  loi  des  24-30  août  1848,  dont  nous 
avons  reproduit  plus  haut  les  dispositions, 
était  exécutoire  à  partir  du  1°'' janvier  1849, 
et,  dès  le  4  du  même  mois ,  nous  trouvons 
dans  le  Moniteur  universel,  journal  officiel 


,         -  93  - 

de  la  deuxième  République  française,  l'avis 
suivant  : 

«  La  nouvelle  loi  sur  le  port  des  lettres  à 
20  centimes  fonctionne  depuis  avant-hier. 
Un  grand  nombre  de  lettres  reçues  des  dé- 
partements à  Paris  portent  la  petite  vignette 
carrée,  figure  de  l'affranchissement.  Cette 
vignette  est  à  Vefjigie  de  la  République,  se 
détachant  en  blanc  sur  fond  noir.  La  poste 
frappe  cette  vignette  d'un  timbre  avant  la 
distribution,  pour  que  l'on  n'ait  pas  même 
la  tentation  de  s'en  servir  une  seconde  fois. 

«  En  Angleterre,  le  port  a  été  abaissé  à 
10  centimes.  L'affranchissement  est  devenu 
en  quelque  sorte  obligatoire,  puisque  la 
lettre  non  affranchie  est  bien  remise  au  des- 
tinataire, mais  frappée  d'un  double  port. 
Les  timbres  d'affranchissement  sont  devenus 
en  quelque  sorte  une  monnaie  courante. 
On  en  porte  sur  soi,  et  pas  un  marchand 
ne  les  refuse  comme  appoint,  puisqu'il  en  a 
un  emploi  immédiat  pour  sa  correspon- 
dance. » 


—  94  —      ' 

Un  autre  avis ,  directement  émané  de 
l'Administration  des  Postes,  et  portant  la 
date  du  14  janvier  1849,  informait  le  public 
que  les  lettres  à  destination  des  pays  étran- 
gers ne  devaient  pas  être  affranchies  au 
moyen  de  timbres-poste,  l'affranchissement 
de  ces  lettres  devant,  le  cas  échéant,  être  fait 
dans  les  bureaux  de  Poste.  L'administra- 
tion ajoutait  que  les  lettres  en  provenance 
ou  à  destination  des  colonies  françaises  ne 
supportaient,  pour  leur  parcours  en  France 
(lorsqu'elles  étaient  transportées  par  les  bâ- 
timents de  commerce),  que  la  taxe  fixe  de 
20  centimes,  établie  par  le  décret  du  24  août 
1848,  plus  le  décime  pour  voie  de  mer. 
«  Ces  lettres,  disait  l'avis,  ne  peuvent  être 
affranchies  au  moyen  de  timbres-poste.  » 


II 


La  défiance  avec  laquelle  les  innovations 
sont  accueillies  par  la  nation  française,  que 
pourtant  l'on  accuse  si  souvent  de  mobilité, 
rendit,  pendant  les  premières  semaines  de 
l'apparition  des  timbres^  la  vente  plus  diffi- 
cile et  plus  lente  qu'elle  n'aurait  dû  l'être. 
Pour  stimuler  le  zèle  des  acheteurs,  l'Admi- 
nistration crut  devoir  faire  un  appel  direct 
au  public  et  plaider  la  cause  de  l'affranchis- 
sement par  l'envoyeur.  A  l'appui  des  obser- 
vations qu'elle  présentait  sur  les  avantages 
du  nouveau  système,  elle  invoquait  de  nou- 
veau l'exemple  de  l'Angleterre,  et  se  plai- 
gnait de  ce  qu'on  imputait  mal  à  propos, 


-  96  - 

aux  agents  des  Postes,  des  retards  ou  des 
irrégularités  de  remise,  dont  la  responsabi- 
lité incombait  exclusivement  «  aux  concier- 
ges »,  cette  classe  parisienne  qui  est  l'inter- 
médiaire forcé,  et,  souvent  peu  obligeant, 
entre  les  facteurs  postaux  et  les  destinataires 
des  lettres  : 

«...  L'usage  d'affranchir  les  lettres,  si  ré- 
pandu dans  d'autres  pays,  et  particulière- 
ment en  Angleterre,  rencontre  en  France 
des  résistances  que  le  public  et  l'Adminis- 
tration auraient  également  avantage  à  faire 
disparaître...  On  s'imagine  que  les  lettres 
affranchies  sont  distribuées  avec  moins 
d'exactitude  que  celles  dont  la  taxe  doit  être 
recouvrée  sur  les  destinataires.  C'est  une 
erreur  qu'on  ne  saurait  trop  s'attacher  à 
combattre.  L'Administration  des  Postes  ne 
cesse  de  veiller  à  ce  que  le  service  de  ses  fac- 
teurs soit  exécuté  dans  toutes  ses  parties, 
avec  une  égale  ponctualité,  et  la  responsa- 
bilité de  ses  agents  est  soumise  à  un  con- 
trôle trop  attentif  pour  qu'ils  puissent  impu- 


~-  97  — 

nément  s'écarter  de  leurs  devoirs...  Dans 
les  grandes  villes  et  surtout  à  Paris,  les 
lettres  sont  généralement  déposées  entre  les 
mains  des  portiers.  Là  s'arrêtent  toute  action 
et  toute  surveillance  de  la  part  de  l'Admi- 
nistration. Or,  il  peut  arriver  que  les  lettres 
affranchies,  ainsi  livrées  à  des  dépositaires 
indifférents,  soient  remises  aux  destinataires 
avec  moins  d'empressement  que  lorsque  les 
portiers  ont  à  se  récupérer  du  montant  des 
taxes  avancées  par  eux  aux  facteurs.  Pour 
prévenir  les  abus  de  cette  nature,  TAdminis- 
tration  des  Postes  croit  qu'il  serait  utile  que 
les  propriétaires  fissent  disposer  dans  les 
loges  des  portiers,  comme  cela  a  déjà  lieu 
dans  beaucoup  de  maisons  bien  tenues,  un 
casier  dont  chaque  locataire  aurait  un  com- 
partiment étiqueté  à  son  nom.  Les  facteurs 
répartiraient  eux-mêmes  dans  chaque  case 
les  lettres  dont  ils  seraient  porteurs,  et  ces 
lettres  ne  passeraient  plus  ainsi  par  des  in- 
termédiaires,  dont  la   négligence  cesserait 

d'être  à  redouter...  » 

ir.  é 


ill 


A  peine  la  réforme  commençait-elle  à  s'é- 
tablir en  France  que  la  falsification  essaya 
de  s'attaquer  aux  timbres-poste.  Nous  avons 
exposé  avec  détail,  en  ce  qui  concerne  l'An- 
gleterre, les  raisons  qui  devaient,  sinon 
annihiler  tout  à  fait,  du  moins  rendre  aussi 
rares  que  stériles  les  tentatives  coupables 
faites  dans  ce  sens.  Les  faussaires  français 
ne  furent  ni  plus  heureux  ni  plus  nombreux 
que  les  faussaires  anglais.  Le  fait  divers 
publié  à  ce  sujet  par  le  Moniteur  du  4  mars 
1849  T^^^à.  témoignage  de  leur  insuccès  : 

a  Plusieurs  journaux  ont  répété  que  des 
timbres-poste  avaient  été  saisis  et  déférés  au 


Procureur  de  la  République,  à  Paris;  il  est 
bon  que  le  public  soit  rassuré  à  ce  sujet, 

«  Le  petit  nombre  des  faux  timbres  mis 
en  circulation  sont  maintenant  sous  la  main 
de  la  justice,  et,  à  la  connaissance  de  l'Ad- 
ministration, il  n'en  existe  plus  aujourd'hui 
un  seul  en  circulation, 

a  Les  timbres  dont  on  a  parlé  offraient 
d'ailleurs  si  peu  de  ressemblance  avec  le 
type  original  que,  tout  d'abord,  les  employés 
des  Postes  ont  pu  les  distinguer  facilement 
des  timbres  véritables.  » 

Après  les  contrefaçons,  vinrent  les  lavages 
et  l'emploi  de  timbres  ayant  déjà  servi .  La 
constatation  de  ce  dernier  délit  donna  lieu  à 
la  présentation  d'une  loi  répressive,  à  la  date 
du  i6  octobre  1849,  ^^  promulguée  le  21  du 
même  mois.  En  voici  les  dispositions  : 

et  Article  unique.  —  Quiconque  aura 
sciemment  fait  usage  d'un  timbre -poste 
ayant  déjà  servi  à  l'affranchissement  d'une 
lettre  sera  puni  d'une  amende  de  5o  fr.  à 
1,000  fr. 


—    100    — 

«  En  cas  de  récidive,  la  peine  sera  d'un 
emprisonnement  de  cinq  jours  à  un  mois,  et 
l'amende  sera  doublée. 

«  Sera  punie  des  mêmes  peines,  suivant 
les  distinctions  ci-dessus  établies,  la  vente 
ou  tentative  de  vente  d'un  timbre- poste 
ayant  déjà  servi. 

ce  L'article  463  du  Code  pénal  sera  appli- 
cable dans  les  divers  cas  prévus  par  le  pré- 
sent article  de  loi.  » 


IV 


La  statistique  des  produits  de  la  vente  des 
timbres-poste,  pendant  l'année  1849,  dé- 
montra à  l'Administration  la  nécessité  d'une 
augmentation  de  prix,  pour  les  timbres  à 
20  centimes.  A  l'occasion  de  la  loi  de  finan- 
ces, présentée  à  l'Assemblée,  durant  la  ses- 
sion de  i85o,  une  demande  spéciale  fut  for- 
mulée dans  ce  sens  par  le  Gouvernement, 
et  les  deux  articles  suivants  furent  ajoutés 
à  la  loi  (18  mai  i85o)  : 

«  Article  i3.  —  A  partir  du  i"  juillet 
i85o,  la  taxe  établie  par  le  décret  du  24  août 
1848  sera  portée  à  25  centimes  pour  toute 

5. 


—    102    — 

lettre  du  poids  de  7  grammes  et  demi,  et 
n'excédant  pas  i5  grammes.... 

«  Article  i5.  —  Les  prix  de  20  et  40  cen- 
times fixés  par  l'article  5  du  décret  du 
24  août  1848,  pour  la  vente  des  timbres  ou 
cachets  destinés  à  l'affranchissement  des  let- 
tres, seront  de  2  5  et  de  5 o  centimes,  à  partir 
de  la  même  date.  Le  Ministre  des  Finances 
est  autorisé  à  émettre  et  à  faire  circuler  des 
timbres-poste,  au-dessous  de  2  5  centimes, 
pour  l'affranchissement  des  correspondan- 
ces. » 

Un  mois  après  la  promulgation  de  cette 
loi  qui,  comme  on  vient  de  le  voir,  créait 
différentes  catégories  de  timbres,  pour  les 
besoins  du  public,  le  Gouvernement  publia 
successivement  deux  avis  dans  lesquels  il 
rendait  compte  des  mesures  qu'il  avait 
prises  et  des  diligences  qu'il  avait  faites , 
ann  d'assurer  l'exécution  du  nouveau  dé- 
cret. Citons  le  texte  de  ces  deux  avis  : 

(16  juin  i85o).  «  La  nouvelle  loi  postale 
votée  par  l'Assemblée  législative,  le  18  mai 


—  ïo3  — 

dernier,  est  exécutoire  à  compter  du  i"  juil- 
let prochain.  Il  était  donc  de  la  plus  grande 
importance  pour  l'Administration  des  Fi- 
nances de  mettre  à  la  disposition  du  public 
pour  cette  époque,  des  timbres,  et,  particu- 
lièrement ,  ceux  destinés  à  l'affranchisse- 
ment des  lettres,  dans  toute  la  France  et 
l'Algérie,  La  commission  des  monnaies  a 
confié  la  reproduction  de  ces  timbres  à 
M.  Hulot,  graveur  adjoint  des  monnaies, 
et,  en  moins  de  i5  jours,  cet  artiste  a  su  re- 
produire et  mettre  en  planches  3oo  figu- 
rines de  ces  nouveaux  timbres. 

«  Déjà  le  tirage  a  commencé,  et  avant  la 
fin  de  ce  mois,  l'Administration  des  Postes 
aura  pu  répartir  dans  tous  ses  bureaux , 
3  à  4  millions  de  timbres  à  25  centimes. 

«  La  même  activité  présidera  à  la  repro- 
duction des  timbres  à  i5  et  à  lô  centimes, 
dont  l'émission  aura  lieu  à  la  fin  du  mois  de  . 
juillet  i85o.  » 

(25  juin  i85o).  — -  Administration  géné- 
rale des  Postes.    «  Les  timbres-poste  ou 


—  104  — 

figurines  vendus  par  l'Administration  des 
Postes,  pour  l'affranchissement  des  lettres, 
représenteront  cinq  valeurs  différentes  : 

1°  Timbres-poste  à  lo  c.,en  couleur  bistre; 
2°  »  i5  »  verte; 

3°  »  25  »  bleue; 

4"  »  40  »  orange  ; 

5°  »  I  franc,     »  rouge. 

«  Le  public  sera  libre  de  combiner, 
comme  il  voudra,  l'emploi  des  figurines. 
L'affranchissement  sera  valable,  toutes  les 
fois  que  les  timbres-poste  employés  repré- 
senteront une  valeur  au  moins  équivalente 
à  la  taxe  due.  Aucun  remboursement  ne 
pourra  être  exigé,  pour  ce  qui  dépasserait 
cette  valeur.  Si  la  lettre  à  destination  d'un 
bureau  français  porte  un  timbre  d'affran- 
chissement d'une  valeur  insuffisante,  le  sur- 
plus de  la  taxe  légale  sera  acquitté  par  le 
destinataire 

«  ....  Les  particuliers  qui  auraient  encore 
en    leur   possession    des    timbres-poste    à 


'—  io5  — 

20  centimes,  après  le  i"  Juillet,  pourront 
les  échanger  comme  argent  dans  les  bu- 
reaux de  Poste,  si  ces  timbres  sont  parfaite- 
ment intacts.  » 


L'augmentation  énorme  de  lettres  à  expé- 
dier que  la  réforme  postale  ne  tarda  pas  à 
produire  en  France,  et  l'accroissement  de 
recettes  qui  en  résulta,  quand  un  temps  suf- 
fisant se  fut  écoulé  pour  que  l'application 
du  nouveau  système  eût  pris  une  assiette 
régulière,  déterminèrent  l'Administration  à 
consentir  des  abaissements  de  tarifs,  et  le 
premier  pas  fait  dans  cette  voie  eut  lieu  en 
faveur  de  la  capitale.  Un  décret  impérial  en 
date  du  7  mai  i853  décida  «  qu'à  dater  du 
i"  juillet  i853,  la  taxe  des  lettres  de  Paris 
pour  Paris  serait  réduite  de  5  centimes  pour 
les  lettres  affranchies.  »  L'avis  officiel  pu- 


—  107  — 

blié  dans  le  Moniteur ,  pour  annoncer  la 
mise  à  exécution  de  cette  loi,  informait  le 
public  qu'il  trouverait  dorénavant  des  tim- 
bres-poste, non-seulement  dans  les  bureaux 
de  Poste  et  chez  tous  les  boîtiers  et  débi- 
tants de  tabac,  mais  encore  chez  les  détail- 
lants vendeurs  de  cartes  à  jouer.  L'avis 
ajoutait  que  tout  facteur-distributeur  avait 
sa  boîte  munie  d'un  assortiment  complet 
de  timbres,  pour  approvisionner  au  besoin 
les  personnes  de  sa  clientèle  qui  lui  en  fe- 
raient la  demande. 

U Instruction  générale  sur  le  service  des 
Postes,  publiée  par  ordre  du  Gouvernement 
en  juillet  1868,  et  dont  nous  avons  donné 
l'analyse,  dans  notre  premier  volume,  con= 
tient  à  ce  sujet  les  dispositions  suivantes  i 
a  I  25o.  —  Les  timbres-poste  doivent  être 
appliqués ,  autant  que  possible ,  à  l'angle 
droit  supérieur  de  la  suscription  des  objets 
affranchis. 

«  Ils  doivent  être  appliqués  sur  la  bande 
libre  de  papier  ou  de  parchemin  qui  est  at- 


—  io8  — 

tachée  à  certains  échantillons  de  consistance 
peu  résistante.  » 

«  I  257.  —  Les  timbres-poste  mis  en  cir- 
culation pour  l'affranchissement  des  corres- 
pondances représentent  des  valeurs  de  un, 
deux,  quatre,  cinq,  dix,  vingt,  trente,  qua- 
rante, quatre-vingts  centimes  et  cinq  francs, 
distinguées  chacune  par  une  couleur  parti- 
culière. » 

«  §  259.  —  Il  est  accordé  à  tous  les  agents 
préposés  à  la  vente  des  timbres-poste  et  à 
toutes  les  personnes  munies  d'une  autorisa- 
tion spéciale  une  remise  de  i  p.  100  sur  le 
montant  brut  de  ces  timbres,  à  la  charge 
d'en  payer  comptant  la  valeur  au  Trésor. 
Les  receveurs  et  distributeurs  des  Postes, 
seuls,  sont  dispensés  de  faire  l'avance  de  la 
valeur  des  timbres-poste. 

«  I  260.  —  Les  timbres-poste  sont  dé- 
posés à  l'Administration  centrale  à  Paris, 
entre  les  mains  d'un  garde-magasin,  chargé 
d'en  approvisionner  les  receveurs.  » 

«  I  271.  —  Les  receveurs  des  Postes  four- 


—  109  — 

nissent  à  toutes  les  personnes  désignées  dans 
l'art.  258,  et  ayant  leur  résidence  dans  la 
circonscription  postale  de  leur  bureau,  la 
quantité  de  timbres-poste  nécessaire  pour 
que  chacune  d'elles  soit  en  mesure  de  satis- 
faire aux  demandes  des  particuliers.  » 

((  I  274.  —  Le  minimum  de  l'approvi- 
sionnement des  divers  préposés  autres  que 
les  distributeurs,  concourant  à  la  vente  des 
timbres-poste,  est  ainsi  fixé  : 

a  Entreposeurs  en  gare  et  facteurs  de 
ville,  10  fr. 

«  Autres  facteurs  et  gardiens  d'en- 
trepôt, 5 

«  Débitants  de  tabac  des  villes  et 
bourgs  de  1,000  âmes  et  au-dessus,      10  fr. 

«  Débitants  de  tabac  de  toute  autre 
localité,  5 

«  Particuliers  autorisés...  suivant 
les  besoins  de  la  vente.  » 

La  loi  des  finances  de  1871  a  élevé  le  prix 

des  timbres,  pour  l'affranchissement  d'une 

lettre  simple  :  1°  dans  la  même  localité,  à 
II.  7 


IIO 


i5  centimes  au  lieu  de  lo;  2°  d'une  localité 
de  l'intérieur  à  une  autre  localité,  à  25  cen- 
times au  lieu  de  20. 


CHAPITRE    V 

LA  FABRICATION  DES  TIMBRES-POSTE 

EN  FRANCE 


I.  Mesures  prises  pour  k  fabrication  des  Timbres- 
Poste.  Tâtonnements.  M.  Hulot.  Merveilleuse  ra- 
pidité d'exécution.  —  II.  Adoption  du  type  proposé 
par  M.  Barre  au  comité  des  graveurs  de  la  Mon- 
naie. —  III .  La  fabrication  des  Timbres  est  d'abord 
mise  en  régie  :  Détails  d'exécution.  —  IV.  Loi  du 
IS  Mai  1850;  rapport  sur  les  frais  de  fabrication. 
—  V.  L'entreprise  substituée  à  la  régie  :  Mi  Hu- 
lot, entrepreneur.  —  VI.  Proposition  de  concur- 
rence :  rapport  de  M.  Dumas,  —  VIL  Les  ate- 
liers de  Mi  Huloti  —  VIIL  Développement  prodi- 
gieux de  la  fabrication  des  Timbres  depuis  1849. 


'histoire  de  la  fabrication  des  timbres- 
poste  commence  quelques  mois  après  la 
promulgation  de  la  loi,  aux  termes  de  la- 
quelle l'Administration  des  Postes  a  été  au- 
torisée, dès  le  24  août  1848,  h  faire  vendre 
des  timbres  ou  cachets  destinés  à  opérer 
l'affranchissement  des  lettres. 

Le  gouvernement  de  la  République  décré- 
tait l'uniformité  de  la  taxe,  et  confiait  au 
Ministère  des  Finances  le  soin  de  l'exécu- 
tion pratique. 

La  mesure  avait  été  peut-être  prise  un 
peu  hâtivement,  et  quand  il  fallut  la  mettre 
à   exécution ,  on   s'aperçut    qu'il    restait   à 


—  114  — 
peine  un  délai  de  trois  mois  pour  assurer 
la  fabrication  des  timbres-poste  dont  il 
était  indispensable  d'approvisionner  préa- 
lablement tous  les  établissements  de  Poste 
français. 

Dans  cette  situation,  on  songea  à  recourir 
à  l'industrie  privée ,  et  on  s'adressa  à  un 
imprimeur  anglais,  M.  Perkins,  en  lui  de- 
mandant à  quel  prix  et  dans  quel  délai  il 
s'engagerait  à  fournir  la  quantité  de  figu- 
rines  reconnue  rigoureusement  nécessaire. 

M,  Perkins  demanda  six  mois  pour  livrer 
des  timbres-poste,  à  raison  de  i  franc  la 
feuille  de  340  timbres. 

C'était  un  prix  fort  élevé  ,  et  le  terme 
demandé  dépassait  en  outre  de  beaucoup  le 
délai  fixé  pour  la  mise  à  exécution  de  la  loi. 

La  négociation  fut  rompue,  et  l'Adminis- 
tration s'adressa  à  l'industrie  française. 

C'est  peut-être  par  là  que  l'on  aurait  dû 
commencer,  mais  l'usage  des  timbres-poste 
était  déjà  vulgarisé  par  toute  l'Angleterre, 
et  l'on  pensait  sans  doute  trouver  plus  rapi- 


—  ii5  — 

'  dément  de  l'autre  côté  du  détroit  des  moyens 
de  fabrication,  en  même  temps  qu'une  éco- 
nomie dans  les  prix. 

Il  y  avait  alors  à  la  Monnaie  de  Paris  un 
graveur,  M.  Hulot,  dont  la  Banque  de 
France  avait  requis  les  services,  dans  les 
circonstances  suivantes  : 

Après  la  révolution  de  Février,  dans  un 
moment  où  le  numéraire  était  excessive- 
ment rare,  le  Ministre  des  Finances  avait 
demandé  à  la  Banque  de  France  l'émission 
d'un  grand  nombre  de  petites  coupures  de 
billets. 

Mais  la  Banque  de  France  ne  pouvait 
satisfaire  à  cette  demande ,  n'ayant  qu'un 
seul  type  pour  l'impression  des  billets  de 
200  fr.,  et  n'en  possédant  aucun  pour  des 
coupures  inférieures. 

Or  il  est  établi  qu'une  planche  où  type  de 
billets  de  banque,  qui  revient  à  25,ooo  fr. , 
demande  ordinairement  de  dix-huit  mois  à 
deux  ans  de  travail  (L.  Figuier). 

Dans  cette  occurrence,  on  eut  recours  à 


—  1 16  — 

M.  Hulot,  et  en  deux  mois,  à  l'aide  de  ses 
procédés  personnels  de  galvanoplastie ,  il 
parvint  à  graver  et  à  multiplier  le  billet 
actuel  de  loo  francs. 

Le  souvenir  encore  récent  de  cette  opéra- 
tion engagea  le  Gouvernement  de  la  Répu- 
blique à  charger  M.  Hulot  de  la  fabrication 
des  timbres-poste,  et,  bien  qu'on  eût  perdu 
déjà  un  temps  précieux  en  négociations  de- 
meurées stériles,  et  que  l'on  pût  craindre 
des  retards  nouveaux,  huit  jours  avant  le 
i"  janvier  1849,  époque  à  laquelle  la  loi 
était  exécutoire,  tous  les  bureaux  de  Poste 
de  France  se  trouvaient  pourvus  de  timbres, 
et  il  en  restait  en  dépôt  entre  les  mains  de 
l'Administration  un  approvisionnement  de 
8  à  10  millions. 

Telle  est,  en  quelques  mots,  l'origine  de 
la  fabrication  des  timbres-poste  ;  tels  sont 
les  motifs  qui  ont  engagé  alors  à  confier  à 
M.  Hulot  le  soin  de  cette  fabrication. 

Toutefois  il  importe  d'ajouter  qu'à  cette 
époque   (1849),   et  jusqu'au    mois    d'avril 


™-   117  — 

i85i,  le  service  demeura  institué  en  régie, 
c'est-à-dire,  que  les  dépenses  auxquelles  la 
fabrication  donnait  lieu  étaient  payées  au 
moyen  d'avances  faites  à  un  agent  d'éco- 
nomat appartenant  à  l'Administration  des 
Postes;  sur  ces  avances,  l'agent  dont  il 
s'agit  payait  chaque  mois  à  M.  Hulot  le  sa- 
laire de  ses  ouvriers,  le  prix  du  papier  em- 
ployé, ainsi  que  celui  des  tirages  effectués  ; 
en  d'autres  termes,  tous  les  frais  résultant 
de  la  dite  fabrication. 


II 


Le  poinçon  auquel  avait  été  appliquée 
l'expérience  galvanoplastique  était  l'œuvre 
du  graveur-général  des  Monnaies  de  Paris, 
M.  Barre,  qui,  par  ses  travaux  conscien» 
cieux  et  ses  longs  services,  s'était  acquis, 
dans  cette  spécialité,  une  réputation  presque 
européenne. 

Le  II  septembre  1848,  au  cours  de  la 
séance  tenue  à  l'Hôtel-des-Monnaies,  par  le 
comité  consultatif  des  graveurs,  dont  fai- 
saient partie  MM.  Pelouze,  Président  de  la 
commission  des  Monnaies  ;  Marcotte,  com- 
missaire général;  Petitot  et  Oudiné,  gra- 
veurs, M.  Barre  présenta,  pour  servir  de 


—  1 19  — 
type  aux  timbres  de  20  centimes,  deux  des- 
sins préalablement  soumis  à  M.  le  Ministre 
des  Finances. 

Le  premier  de  ces  dessins  figurait  dans 
un  encadrement  rond  une  tête  de  la  Répu- 
blique; au  milieu  de  la  partie  supérieure  de 
la  bordure  était  écrit  le  mot  :  Postes,  et  sur 
la  partie  inférieure  on  lisait  20  centimes. 

Le  second  dessin  ressemblait  en  tout  au 
premier,  sauf  la  forme  de  l'encadrement  qui 
était  ovale  dans  celui-ci,  tandis  qu'il  était 
rond  dans  celui-là.  Le  comité  donna  la  pré- 
férence au  premier  dessin  que  M.  Barre  fut 
chargé  de  graver. 


III 


A  partir  de  cette  époque  jusqu'au  2  avril 
i85i,  la  fabrication  des  timbres-poste  fut 
mise  en  régie ,  c'est-à-dire  que  toutes  les 
dépenses  auxquelles  elle  donnait  lieu  :  — 
prix  du  papier,  gommage,  galvanoplastie, 
tirage,  salaire  des  ouvriers,  étaient  rembour- 
sées, chaque  mois,  à  M.  Hulot  par  l'Admi- 
nistration des  Postes,  au  moyen  d'avances 
consenties  par  l'Etat. 

Une  correspondance  officielle  échangée 
entre  la  commission  des  Monnaies  et  Mé- 
dailles et  le  Ministère  des  Finances  réglait, 
d'ailleurs,  dans  les  termes  suivants  les  dé- 
tails du  service  et  les  attributions  respectives 
des  divers  agents  : 


—    Î2I    — 

«  Le  graveur  général  des  Monnaies  , 
«  chargé  de  la  confection  du  type  original 
«  de  chaque  timbre,  doit  remettre  ce  type 
a  ou  poinçon  au  graveur-adjoint,  M.  Huîot, 
ce  pour  être  multiplié  par  Félectro-chimie. 

«  Le  poinçon  ayant  été  ajusté  dans  un 
«  appareil  spécial,  le  graveur-adjoint  procède 
«  à  la  multiplication  du  poinçon  au  moyen 
«  d'un  balancier.  Il  obtient  ainsi  2,000  à 
((  2,400  matrices  destinées  à  la  confection 
«  des  formes  ou  des  planches, 

«Les  matrices,  disposées  par  3oo  dans 
«  l'ordre  que  devront  avoir  les  feuilles  im- 
«  primées,  sont  placées  dans  les  appareils  où 
«  a  lieu  le  dépôt  galvanique  du  cuivre, 

«  Les  planches  jugées  bonnes  sont  mon- 
«  tées  informes  et  livrées  à  l'imprimeur. 

«  Après  l'impression,  les  feuilles  passent 
«  à  l'atelier  du  gommage,  puis  séchées,  puis 
ce  redressées  sous  la  presse,  puis  enfin  mises 
«  en  paquets  pour  être  livrées  à  l'Adminis- 
»  tration  des  Postes. 

«    La  commission  des   Monnaies  et  Mé- 


—    122    ~ 

«  dailles,  à  laquelle  appartient  la  surveii- 
«  lance  de  la  fabrication^  a  pour  agents  se- 
«  condaires  :  un  contrôleur  et  un  sous-con- 
«  trôleur,  le  premier  recevant  3,500  fr.  de 
a  traitement  et  le  second,  2,000  fr. 

<c  Le  contrôleur  reçoit  du  graveur  général 
«  le  type  du  timbre;  il  l'enregistre  et  le  dé- 
«  pose  dans  une  armoire  à  deux  clefs,  dont 
«  l'une  reste  entre  ses  mains  et  l'autre  entre 
«  les  mains  de  l'adjoint,  jusqu'à  ce  que  les 
a  opérations  de  tirage  et  de  galvanoplastie 
«  commencent. 

«  Il  assiste  au  tirage  des  matrices  par  le 
«balancier,  en  constate  le  nombre  et  en- 
«  ferme  le  type  dans  l'armoire  à  deux  clefs, 
«  après  le  tirage.  Si  le  tirage  ne  peut  être 
c(  terminé  dans  une  seule  séance,  les  mêmes 
«  formalités  se  répètent  jusqu'à  terminai- 
«  son. 

«  Les  matrices  jugées  défectueuses  sont 
«  conservées  par  le  contrôleur  et  représen- 
«  tées  à  la  commission. 

«  Le  contrôleur  surveille  la  disposition 


—    123    — 

«  des  matrices  par  feuilles  et  constate  le  nom° 
«  bre  des  planches  préparées. 

«  Il  assiste  à  l'immersion  des  planches 
«  dans  le  bain  galvanique  et  enregistre  les 
«  résultats  de  l'opérationc 

«  Il  est  procédé,  devant  lui,  à  la  sortie 
«  des  planches  du  bain  galvanique,  et  à  leur 
«  ajustage  sur  des  plates-formes  particulières. 

«  C'est  aussi  en  sa  présence  que  l'adjoint 
«  remet  àl'imprimeur  les  planches  terminées. 
c(  Elles  doivent  être  tirées  sur  un  papier 
«  ayant  reçu  une  préparation  spéciale. 

«  Le  contrôleur  prend  charge  de  ces  pa- 
«  piers  divisés  en  paquets  de  5oo  ou  de  looo 
«  feuilles,  et  frappés  à  l'un  des  angles  d'un 
«  timbre  ou  poinçon  spécial. 

«  Chaque  jour,  le  contrôleur  remet  à  l'im- 
«  primeur  les  papiers ,  enregistre  cette  re- 
((  mise  et  surveille  les  opérations  de  gom- 
«mage  et  de. séchage.  Il  enregistre  les  feuil- 
«  les  de  timbres  livrées  à  l'administration  des 
«  Postes  et  scelle  de  son  cachet  les  paquets 
«  dont  se  composent  ces  livraisons.  )5 


IV 


Entre  l'époque  où  la  fabrication  des  tim- 
bres-postes fut  mise  en  régie  et  celle  où  le 
Ministère  des  Finances  confia  l'entreprise 
de  cette  fabrication  à  M.  Hulot,  se  place  une 
décision  du  conseil  d'administration  des 
Postes,  en  date  du  9  mars  1849,  portant  que 
les  «  timbres  de  20  centimes  seront  impri- 
«  mes  en  bleu,  ceux  de  40  centimes  en  cou- 
ce  leur  orange;  ceux  de  i  fr.  en  rouge;  ceux 
«  de  i5  centimes  en  vert  et  ceux  de  10  cen- 
«  times  en  bistre.  » 

L'année  suivante,  une  loi(i5  mai  i85o) 
éleva  à  25  centimes  la  taxe  d'une  lettre  de 
7  grammes  et  demi  et  au-dessous. 


123 


Les  heureux  résultats  prévus  par  les  pro- 
moteurs de  la  réforme  postale  commençaieni 
déjà  à  apparaître  ,  et  la  vente  des  timbres 
augmentait  dans  des  proportions  telles  que 
la  Commission  des  Monnaies,  dont  l'atten- 
tion avait  été  appelée  plus  d'une  fois  sur  les 
inconvénients  de  la  mise  en  régie,  dut  se 
préoccuper  sérieusement  de  cet  état  de  choses 
et  pria  le  Gouvernement  d'organiser  la  fa- 
brication sous  une  forme  définitive. 

Dans  le  rapport  adressé  à  M.  le  Ministre 
des  Finances,  en  date  du  i6  décembre  i85o, 
le  Président  de  la  commission,  supputant 
les  déboursés  que  coûtaient  au  Trésor  looo 
feuilles  de  Timbres-Poste,  en  traçait  ainsi 
le  décompte  : 

Papier  i8  fr.  25 

Impression  lithographique    19        48 
»       typographique    89         go 
Gomme  8        44 

Gommage  12         24 


A  reporter  :  148  fr.  3  t 


126 


Report  : 

148  fr.  3i 

Chauffage  des  ateliers 

6         18 

Eclairage 

7        07 

Déchets 

26         17 

Total      187  fr.  73 

Ainsi  la  fabrication  de  4000  timbres  ne 
coûtait  à  l'Etat  que  62  centimes  et  demi  et 
le  prix  de  revient  de  20  millions  de  timbres 
qui  représentaient  un  produit  de  5  millions 
de  francs  se  chiffrait  par  12,600  francs. 

En  dehors  de  ces  frais,  il  fallait  tenir 
compte  de  la  confection  et  de  la  reproduction 
des  planches,  de  l'usure  et  du  renouvellement 
du  matériel,  ainsi  que  des  non-valeurs  ré- 
sultant   des  expériences  électro-chimiques. 

En  définitive,  la  dépense  totale  à  laquelle 
pouvait  s'élever  annuellement  la  fabrication 
était  de  2o,35o  francs  ,  avance  des  plus 
minimes  et  en  quelque  sorte  insignifiante, 
eu  égard  à  Timportance  de  la  valeur  créée. 

Le  rapport  concluait,  en  conséquence,  à 
l'opportunité,  pour   l'administration,   d'in- 


—    137    — 

léresser  plus  directement  qu'on  ne  l'avait 
fait  jusqu'alors,  l'entrepreneur  aux  progrès 
de  la  vente.  La  commission  proposait  de  lui 
allouer  une  indemnité  de  i  franc  5o  centi- 
mes par  1,000  timbres  fabriqués,  soit  3o,ooo 
francs  pour  20  millions  de  timbres,  La 
commission  ajoutait  qu'effectuée  dans  ces 
conditions,  la  fabrication  serait  moins  coû- 
teuse qu'en  Angleterre,  et  que  les  timbres 
français  auraient  encore  sur  les  timbres 
anglais  l'avantage  d'une  exécution  plus 
soignée. 


V 


Trois  mois  après  l'envoi  de  ce  rapport,  un 
arrêté  du  Ministre  des  Finances  déclara  que 
M.  Hulot,  adjoint  au  graveur  général  des 
monnaies,  était  chargé,  à  ses  risques  person- 
nels ,  de  la  fabrication  des  timbres-poste.  Il 
devait  pourvoir  au  chauffage  et  à  l'éclairage 
de  ses  ateliers  et  de  son  laboratoire  ;  il  se 
chargeaitd'entretenir  les  approvisionnements 
de  timbres,  de  façon  à  mettre  l'administra- 
tion en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  exi- 
gences du  service. 

Les  opérations  de  l'entrepreneur  étaient 
soumises  aux  vérifications  que  pourraient 
ordonner  le  Ministère  et  la  Commission  des 


—   I2g  — 

monnaies,  ou  que  le  contrôleur  placé  sous  la 
direction  de  cette  commission  jugerait  né- 
cessaires. 

Pour  l'indemniser  de  ses  peines  et  soins, 
l'Etat  lui  allouait  un  salaire  de  i  franc 
5o  centimes  par  i^ooo  timbres  fabriqués. 

Une  instruction  générale  adressée,  le  i3 
mai  i85i,  à  l'entrepreneur  et  réglant  les 
détails  d'exécution  du  précédent  arrêté,  por- 
tait que  «  toute  fabrication  était  interdite 
«  hors  la  présence  du  contrôleur,  dépositaire 
«  des  clefs  des  ateliers,  des  clefs  des  armoires 
«  contenant  les  planches  et  matrices,  et  de 
((  la  clef  du  cadenas  qui  retenait  le  collier  du 
«  balancier.  » 

Le  contrôleur  était  en  outre  chargé  par 
cette  instruction  de  «  surveiller  la  tenue  des 
«  registres  et  l'emploi  du  papier  destiné  à 
«  l'impression.  » 

Au  moment  où  fut  fixée  l'allocation  de 
I  franc  5o  centimes  par  looo  timbres,  ce 
prix  n'avait  certainement  rien  d'exagéré  ; 
car,  d'une   part  la  fabrication   n'avait  pas 


—  i3o  — 

atteint  les  proportions  qu'elle  a  présentées 
depuis,  et,  d'autre  part,  l'entrepreneur,  pour 
satisfaire  aux  obligations  que  lui  imposait  son 
contrat,  avait  à  faire  des  déboursés  considé- 
rables ;  il  était  juste  de  lui  en  tenir  compte. 

Mais,  bientôt,  le  chiffre  de  la  vente  dépas- 
sant toutes  les  prévisions,  s'éleva  à  des  quan- 
tités énormes,  et  la  Commission  des  Mon- 
naies, remplissant  le  mandat  qu'elle  tenait 
du  gouvernement,  crut  devoir  soumettre  à 
l'approbation  ministérielle  de  nouvelles  pro- 
positions ayant  pour  objet  la  réduction  de 
l'indemnité  allouée  à  M.  Hulot. 

Adoptant  cette  manière  de  voir,  et  consi- 
dérant que,  depuis  plusieurs  années,  l'entre- 
preneur devait  être  remboursé  de  ses  frais 
de  première  installation  et  d'expériences,  le 
Ministre  des  Finances  rendit,  à  la  date  du 
3o  janvier  1860,  un  arrêté  qui  abrogeait  ce-^ 
lui  du  2  avril  i85i.  M.  Hulot  recevait  le 
titre  nouveau  de  Directeur  de  la  fabrication 
des  Timbres  et  sa  rémunération  était  fixée 
de  la  manière  suivante  : 


—  i3i  — 

Pour  les  200  premiers  millions  de  tim- 
bres, I  franc  par  mille  ;  pour  les  200  sui- 
vants, 90  centimes,  et,  pour  le  surplus,  80 
centimes. 

Dans  ces  prix  nouveaux,  qui  constituaient 
un  notable  allégement  pour  le  Trésor  , 
M.  Hulot  trouvait  encore  un  salaire  très-suf- 
fisant de  son  travail.  Une  nouvelle  charge, 
toutefois,  lui  incombait  :  aux  termes  de  l'ar- 
rêté du  3o  janvier  1860,  le  directeur  de  la 
fabrication  des  timbres  était  tenu  de  fournir 
à  l'Etat  un  cautionnement  de  5o,ooo  fr. 


VI 


La  réduction  ainsi  apportée  aux  bénéticcs 
de  l'entrepreneur  ne  devait  pas  être  la  der- 
nière, et  les  propositions  adressées  à  l'Etat 
par  deux  fabricants,  MM,  Trouillet  et  Mi- 
chel, qui  offraient  un  rabais  de  3o  p.  loo 
sur  les  prix  de  M.  Hulot,  furent  renvoyées, 
en  mars  1868,  au  double  examen  de  M.  Van- 
dal,  directeur  général  des  Postes,  et  de  M.  Du- 
mas, président  de  la  Commission  des  Mon- 
naies. 

Tous  deux  conclurent  à  la  nécessité  de 
réviser  les  prix  consentis  au  profit  de  M.  Hu- 
lot ;  conformément  à  l'avis  qu'ils  avaient 
émis,  un   nouvel  arrêté  ministériel,  en  date 


—  i33  — 

du  3o  janvier  1869,  disposa  que  le  directeur 
de  la  fabrication  ne  recevrait  plus  que  60 
centimes  par  1,000  timbres  pour  les  5oo  pre- 
miers millions  et  5o  centimes  pour  le  sur- 
plus. 

En  outre,  l'Etat  devenait  propriétaire  de 
toutes  les  planches  fabriquées,  et  M.  Hulot 
devait  fournir  un  état  descriptif  et  certifié 
exact  de  tous  les  procédés  de  fabrication 
dont  il  faisait  usage. 


VÎI 


Les  ateliers  de  la  fabrication  des  tim- 
bres-poste sont,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit,  installés  à  l'Hôtel  des  Monnaies,  Les 
locaux  qui  leur  sont  affectés  laissent  beau- 
coup à  désirer,  sous  le  rapport  de  l'aména- 
gement et  de  la  commodité  des  agencements 
intérieurs. 

Quant  aux  appareils  mécaniques,  leur  état 
d'entretien  et  la  régularité  parfaite  de  leur 
mise  en  œuvre  font  honneur  au  zèle  et  aux 
soins  des  agents  chargés  de  cette  partie  du 
service. 

Le  papier  sur  lequel  sont  imprimés  les 
timbres  est  fabriqué  par  la  maison  Lacroix, 


—  i35  — 

d'Angoulème.  On  a  vu  dans  le  rapport  que 
nous  avons  cité,  §  lïï,  que  ce  papier  reçoit 
une  préparation  secrète  ayant  pour  but 
d'augmenter  la  finesse  de  l'empreinte.  Cette 
préparation  est  une  sorte  de  signe  indicatif, 
car  si  on  l'enlevait,  on  enlèverait  en  même 
temps  la  figurine  qu'elle  supporte. 

Les  planches  qui  doivent  servir  à  l'im- 
pression sont  placées  dans  des  châssis  et 
soumises  à  la  pression  d'un  rouleau  colo- 
rant, après  quoi  on  procède  au  tirage. 

Lorsque  les  feuilles  ont  été  coupées  en 
deux  au  moyen  d'un  tranchoir,  on  les  porte 
au  gommage.  Les  timbres  sont  gommés  au 
pinceau ,  puis  séchés  sur  de  grandes  claies 
en  bois.  Enfin  les  feuilles  sont  dentelées^  une 
par  une. 

Le  dentelage^  qui  a  été  inventé  à  Lon- 
dres, en  1854,  permet  aux  débitants  de  tim- 
bres ou  à  l'acheteur  de  détacher  de  la  feuille 
un  ou  plusieurs  carrés,  sans  produire  au- 
cune déchirure.  Cette  opération  se  fait  mé- 
caniquement, à  l'aide  d'une  espèce  dépeigne 


—  î36  — 

garni  de  poinçons  et  imitant  la  forme  du 
timbre-poste.  Sous  l'impulsion  de  la  force 
motrice,  ce  peigne  tombe  sur  un  cadre  de 
fer,  au  milieu  duquel  un  certain  nombre  de 
feuilles  sont  étalées;  il  pratique  autour  de 
chaque  timbre  un  chapelet  de  trous  sem- 
blables à  ceux  qui  sont  frappés  à  l'emporte- 
pièce  sur  le  papier-Joseph  des  boîtes  de  con- 
fiseurs. On  sait  quelle  importance  les  col- 
lectionneurs, dans  le  classement  des  séries, 
ont  attachée  au  nombre  de  ces  trous  :  c'est 
toute  une  langue  technique. 

Le  peigne  dentelé  dix  timbres  à  la  fois  et 
avance  mécaniquement  après  chaque  opé- 
ration; il  faut  donc  quelques  secondes  pour 
denteler  toute  la  feuille  de  i5o  timbres. 

La  machine  à  denteler  est  mise  en  mou- 
vement par  de  jeunes  apprentis. 


VlIIi 


Nous  venons  de  montrer  par  quelles 
phases  avait  passé  la  fabrication  des  Tim- 
bres-Poste, puis  nous  avons  conduit  le  lec- 
teur dans  les  ateliers  où  fonctionne  quoti- 
diennement cette  fabrication,  sous  le  con- 
trôle de  l'Etat.  Pour  compléter  cette  étude,  il 
ne  nous  reste  plus  qu'à  publier  dans  le  ta- 
bleau ci-annexé  les  chiffres  qui  représentent 
les  produits  annuels  des  ventes  depuis  1849. 
Ces  chiffres,  dont  l'énorme  progression  met 
le  revenu  des  Timbres-Poste  au  rang  des 
plus  précieux  auxiliaires  du  Trésor  Public, 
ont  une  éloquence  devant  laquelle  toute  dé- 
monstration devient  inutile,  et  nous  ne  pou- 
vons que  leur  céder  la  place. 


—  i38  — 
TABLEAU 

INDIQUANT  LE  PRODUIT  DE  LA  VENTE   DES  TIMBRES-POSTE 


PRODUIT    BRUT 

NOMBRE 

ANNÉES. 

de   la 

des 

Tente  des  Timbres-Poste  1 . 

Timbres  rendus. 

FR.    c. 

1849. 

4.446.766.36 

21.232.665. 

i858. 

37.332.726.40 

199. 913. 700. 

I86I. 

48.733.600.    » 

328.8o3.25o. 

i863. 

55.683.555.    »• 

379.171.200. 

1864. 

57.071.686.    « 

382.658.3oo. 

1866. 

64.082.187.    » 

438.3o2.3oo. 

1867. 

68.264.464.    » 

467.168.000. 

1868. 

69.707. 137.   » 

494.329.250. 

1869. 

75.665.382.06 

546.706.380. 

1870. 

53.818.670.    s 

402.034.000. 

1871. 

82.096.697.    » 

483.646.000. 

1872. 

91.922.932.50 

549.206.375. 

1873. 

95.298.177.06 

542.885.278. 

(i).  Ces  chiffres  représentent  le  produit  brut  des 
timbres-poste  vendus.  On  doit  en  défalquer  le  mon- 
tant de  la  remise  de  0/0  allouée  aux  débitants,  en 
exécution  du  décret  impérial  du  iS  décembre  1861. 


CHAPITRE    VI 


LA  POSTE  PENDANT  LA  GUERRE  FRANCO- 
ALLEMANDE  ET  PENDANT  LA  COMMUNE 
1870-1871 


I.  Appendice  nécessaire  à  notre  premier  travail.  — • 
IL  Investissement  de  Paris,  Les  services  interrom- 
pus. Dévouement  des  facteurs -piétons  :  Brame, 
Gême,  Chourrier,  Ayrolles.  Dépêches  cachées  sous 
l'épiderme  et  dans  des  clefs  forées.  Prisonniers  mé- 
dicamentés.  — III.  Bouteilles  de  liège  ;  ballons; 
école  aéronautique;  ateliers  de  construction  des 
aérostats.  —  IV.  Reproduction  des  dépêches  par 
le  procédé  microphotographique  Dagron.  Dépê- 
ches insérées  dans  des  tuyaux  de  plume.  —  V. 
Systèmes  Boutonnet  et  Brichet.  Système  Versoven 
(dit  de  Moulins).  Systèmes  Baylard  et  Nadié.  Ba- 
teau sous-marin  Delente.  Les  chiens-messagers  de 


—  140  -- 

M.  Hurel.  Projet  de  transmission  par  les  catacom- 
bes. —  VI.  L'insurrection  du  18  mars.  Le  délégué 
Theisz.  Les  Postes  à  Versailles.  La  poste  dans 
l'intérieur  de  Paris.  Fabrication  de  timbres-poste 
par  la  Commune.  Les  fédérés  fouillant  les  wagons. 
Messagers  entre  Versailles  et  Paris,  —  VIL  Con- 
clusion. 


JAMAIS  le  service  des  postes  françaises  , 
dans  l'histoire  que  nous  avons  essayé  de 
reconstruire,  n'a  traversé  une  crise  plus  sé- 
rieuse, que  pendant  la  néfaste  période  qui 
commence  avecla  guerre  franco- prussienne, 
et  se  termine  à  la  chute  de  la  Commune. 
Nous  avons  pensé  qu'un  appendice  où  se- 
rait traité  ce  double   sujet   ne  manquerait 

(i)  L'histoire  du  Timbre-Poste  est  la  suite  natu- 
relle de  notre  histoire  de  la  Poste  aux  lettres.  Un 
grand  nombre  de  faits  seraient  mal  compris  si  nous 
ne  reproduisions  pas  ici  la  notice  ajoutée  à  notre 
seconde  édition,  pendant  les  deux  sièges.  Nous  n'en 
supprimons  que  la  liste  des  ascensions  par  ballons 
montés. 


—    142    — 

pas  d'intérêt  et  compléterait  nos  études  sur 
îa  Poste. 

Après  la  journée  du  4  septembre,  M.  le 
Directeur  général  Vandal ,  qui  comptait 
parmi  les  serviteurs  les  plus  dévoués  du  ré- 
gime déchu ,  offrit  immédiatement  sa  dé- 
mission au  nouveau  Gouvernement  ;  mais 
celui-ci  le  pria  de  conserver  son  emploi  pen- 
dant quelques  jours,  afin  d'assurer  la  bonne 
exécution  des  services.  Cette  démission  ne 
fut  donc  acceptée  que  le  io  septembre,  ainsi 
que  l'annonça,  d'ailleurs,  un  avis  inséré  au 
Journal  officiel  et  conçu  en  ces  termes  : 

«  M.  Vandal,  Directeur  général  des  Pos= 
«  tes,  avait  offert  au  Gouvernement  sa  dé- 
«  mission ,  dès  le  4  septembre.  Il  a  con- 
te senti,  sur  la  demande  du  Gouvernement, 
«  à  rester  en  fonctions,  quelques  jours,  dans 
a  l'intérêt  de  la  Défense  Nationale. 

«  Sa  démission  est  acceptée. 

«  M.  Rampont-Léchin ,  ancien  député 
«  de  l'Yonne,  est  nommé  Directeur-Géné- 
«  rai  des  Postes.  » 


—  143  — 

L'investissement  de  Paris,  que  personne 
n'avait  su  prévoir  et  que  la  plupart  des  es- 
prits les  plus  sérieux  ne  croyaient  même 
pas  possible,  n'était  pas  un  fait  ordinaire. 
C'était  la  vie  de  tout  un  peuple  changée  en 
un  instant;  la  grande  ville  qui  vit  morale- 
ment et  matériellement  de  ses  communi- 
cations incessantes  avec  le  dehors,  avec  la 
province,  voyait  ces  communications  tout- 
à-coup  brisées.  Nulle  administration  n'était 
frappée  plus  directement  que  la  Poste  dans 
ses  intérêts  et  dans  son  action.  Allait-elle 
se  résigner  aux  conditions  étroites  d'exis- 
tence qui  lui  étaient  imposées?  Allait-elle 
se  contenter  du  service  intérieur  de  Paris  ? 
Non,  et  les  moyens  ne  lui  firent  pas  défaut. 

L'histoire  de  la  Poste  en  France,  pendant 
les  tristes  jours  dont  nous  avons  à  nous  oc- 
cuper, se  trouve  consignée  presque  tout 
entière  dans  les  actes  et  documents  officiels; 
nous  nous  sommes  empressés  de  puiser  à 
cette  source,  et,  aux  renseignements  qu'elle 
nous  fournissait,  nous  avons  pu  joindre  le 


—  144  — 

résultat  d'informations  particulières,  dont 
nous  garantissons  l'exactitude. 

Nous  parlerons  d'abord  de  la  transmis- 
sion des  lettres,  au  moyen  des  facteurs-pié- 
tons, que  remplacèrent  bientôt  les  aérostats 
et  les  pigeons;  nous  mentionnerons  ensuite 
les  inventions  nouvelles,  proposées  à  l'ad- 
ministration des  Postes;  et,  pour  terminer 
cette  revue  historique,  nous  donnerons 
quelques  détails  sur  l'organisation  postale, 
à  Versailles ,  pendant  l'insurrection  de  la 
Commune. 


II 


Au  début  de  la  guerre  de  1870,  la  subite 
apparition  de  l'armée  allemande  sur  plu- 
sieurs points  de  nos  départements  de  l'Est, 
et  les  événements  militaires  qui  furent  la 
conséquence  de  cette  invasipn,  eurent,  entre 
autres  résultats,  celui  de  resserrer  le  cercle 
d'action  des  Postes  françaises  et  de  sus- 
pendre les  communications  entre  les  en- 
droits occupés  par  l'ennemi  et  le  reste  de 
l'Empire.  Un  des  premiers  soins  que  pre- 
naient les  envahisseurs,  lorsqu'ils  entraient 
.dans  une  ville  ou  dans  une  bourgade,  était, 
comme  on  sait,  de  s'emparer  du  télégraphe, 
et  d^établir  un  bureau  de  poste  militaire 

IL  Q 


—  146  — 

(Feld-Post) ,  en  correspondance  avec  les 
offices  allemands.  Depuis  l'affaire  de  Wis- 
sembourg,  et  au  fur  et  à  mesure  de  chaque 
journée,  l'invasion  ne  fit  que  s'étendre,  en 
menaçant  de  plus  en  plus  le  centre,  et  sur- 
tout Paris  ,  principal  objectif  de  l'armée 
prussienne;  trois  jours  après  la  capitulation 
de  Sedan,  le  Gouvernement  de  la  Défense 
Nationale  faisait  insérer  dans  le  Journal 
oficiel  l'avis  suivant  : 

«  Nouvelles  de  la  guerre. 

«  L'ennemi  se  rapproche  de  plus  en  plus 
«  de  Paris.  » 

Toutefois ,  le  service  des  Postes  entre 
Paris  et  les  départements  put  fonctionner 
encore  pendant  quelques  jours,  et  ce  fut  le 
19  septembre  seulement  que  les  voitures 
postaies,  parties,  le  soir,  de  la  gare  Mont- 
parnasse, durent  rétrograder. 

Le  lendemain,  20  septembre,  l'adminis- 
tration fit  une  dernière  tentative  d'expédi- 


—  147  — 

îion  au  dehors ,   dans  les  conditions  sui- 
vantes :  elle  envoya  sur  divers  points  trois 
voitures  de  dépêches,  ainsi  que  deux  cava- 
liers et  cinq  courriers-piétons.  Les  voitures, 
les  cavaliers  et  quatre  d'entre  les  piétons  ne 
purent  tromper  la  surveillance  de  l'ennemi 
et  furent  obligés  de  revenir.  Un  seul  cour- 
rier, M.  Létoile,  passa  à  travers  les  lignes 
allemandes,  arriva  à  Evreux,  et  en  revint, 
sept  jours  après,   rapportant  à   Paris   i5o 
lettres,  expédiées  du  département  de  l'Eure; 
pendant  son  voyage,  il  faillit,  plusieurs  fois, 
être  tué  ou  fait  prisonnier  par  les  Prussiens. 
L'expédition  des  correspondances  par  les 
procédés  habituels  devenait  désormais  im- 
praticable, et,  pour  y  suppléer,  il  y  avait 
lieu  de  faire  appel  aux  procédés  extraordi- 
naires. 

Toutefois,  quelques-uns  des  facteurs-pié= 
tons  dont  nous  venons  de  parler,  mus  par 
une  pensée  de  patriotisme  qu'on  ne  saurait 
assez  louer ,  demandèrent  à  continuer  le 
périlleux  service  dont  ils  s'étaient  chargés  ; 


—  148  — 

l'un  d'eux,  comme  on  le  verra  tout  à  l'heure, 
paya  de  sa  vie  son  héroïque  persévérance  ; 
plusieurs  autres  furent  pris  et  gardés  en 
captivité  plus  ou  moins  longtemps. 

Sur  28  facteurs  partis  de  Paris,  dans  les 
jours  qui,  suivirent  le  21  septembre,  un 
seul,  Brare,  réussit  à  traverser  les  lignes,  et 
put  remettre  ses  dépêches  au  bureau  de 
Saint-Germain-en-Laye,  Encouragé  par  ce 
premier  succès ,  il  rentra  à  Paris ,  en  re- 
partit le  27  septembre,  remit  à  Triel  un  sac 
de  lettres,  et  fut  assez  heureux  pour  pouvoir 
passer  de  nouveau  à  travers  l'armée  prus= 
sienne.  Un  troisième  voyage  qu'il  tenta^  fut 
le  dernier  et  eut  un  dénoûment  fatal  ;  des 
uhlans  poursuivirent  le  pauvre  piéton  et  l'ar- 
rêtèrent près  de  Ghatou,  Reconnu  pour  être 
un  agent  des  Postes  françaises  par  un  sous- 
officier  qui,  cinq  ou  six  jours  auparavant,  l'a- 
vait poursuivi,  il  fut  amené  devant  le  grand- 
prévôt  du  camp  {Der  Prqfoss),  jugé  sur 
place,  condamné  et  fusillé;  les  circonstan- 
ces de  son  arrestation  et  de  sa  mort  ne  fu- 


—  149  — 

rent  connues  à  Paris  que  longtemps  après» 
—  Brare  laissait  une  veuve  et  cinq  enfants 
dont  le  sort  a  été  assuré  par  l'Administration 
des  Postes. 

Le  32  septembre,  les  grand'gardes  prus- 
siennes arrêtaient  à  Rosny  deux  facteurs- 
piétons.  Conduits  au  quartier-général ,  ils 
durent  laisser  leurs  dépêches  et  se  dirigèrent 
vers  Nanterre,  d'où  ils  revinrent  à  Paris. 

Le  27.  le  facteur  Géme,  parti  avec  son 
camarade  Brare ,  arriva  à  Triel,  avec  un 
fardeau  de  lettres,  et  en  repartit  le  28,  rap- 
portant des  dépêches  pour  Paris. 

Ce  petit  bureau  de  Triel  fut  le  dernier 
qui  servit  d'intermédiaire  à  la  métropole, 
pendant  le  premier  mois  du  siège  ;  le  5  oc- 
tobre, deux  courageux  agents,  les  piétons 
Loyet  et  Ghourrier,  sortent  de  Paris,  entrent 
à  Saint-Germain,  atteignent  Triel,-  et  ren- 
trent dans  la  ville  assiégée,  avec  714  lettres. 
A  peine  revenu ,  Ghourrier  ne  songe  qu'à 
repartir;  portant  sur  une  épaule  son  sac  de 
dépêches,  et  sur  l'autre,  son  fusil,  il  arrive. 


—  i5o  — 

de  nuit,  près  du  Pecq,  essuie  la  décharge  de 
deux  sentinelles  saxonnes,  et,  malgré  une 
blessure  reçue  au  bras,  apporte  ses  lettres 
au  bureau  de  Carrières.  A  son  retour,  il  est 
arrêté  trois  fois,  et  trois  fois,  menacé  d'être 
passé  par  les  armes.  Il  rentre  à  Paris,  en 
repart  quelques  jours  après,  est  pris  par  un 
détachement  bavarois,  et  gardé  en  captivité 
pendant  vingt-cinq  jours  ;  enfin,  il  s'évade, 
arrive  au  fort  de  Rosny,  et  donne  au  com- 
mandant de  ce  fort ,  ainsi  qu'au  général 
Ducrot,  les  renseignements  qu'il  avait  pu 
recueillir  depuis  son  arrestation. 

Un  autre  facteur  piéton,  AyroUes,  est 
fait  prisonnier,  au  moment  où  il  allait  fran- 
chir les  lignes  ennemies  ;  en  le  conduisant 
au  quartier-général,  on  l'accable  de  coups 
et  d'injures» 

Aux  noms  que  nous  venons  de  citer  nous 
voudrions  pouvoir  ajouter  ceux  de  tous  les 
autres  agents  qui  s'offrirent  à  l'Administra- 
tion, pour  continuer  la  tâche  entreprise  par 
Brare  et  par  Chourrier;   quelques-uns  de 


—  i5i  — 

ces  hommes  eurent,  dit-on,  le  courage  de  se 
taillader  la  peau  des  bras  et  des  jambes , 
pour  insérer  sous  l'épiderme  les  dépêches 
chiffrées  du  Gouvernement  ;  d'autres  creu- 
saient des  pièces  de  lo  centimes,  où  ils  glis- 
saient une  lettre  de  format  lilliputien  ;  d'au- 
tres encore  faisaient  forer  des  clefs  à  vis  for- 
cées, pour  les  transformer  en  tubes  porte- 
lettres.  Certains  facteurs,  se  voyant  pour- 
suivis par  l'ennemi ,  se  hâtaient  d'avaler 
leurs  dépêches;  mais,  c'était  là  une  précau- 
tion malheureuse;  car  les  Allemands  avaient, 
paraît-il,  pour  consigne  de  soumettre  im- 
médiatement les  prisonniers  soupçonnés 
d'être  des  agents  de  transmission,  au  même 
système  de  médicamentation  que  celui  dont 
se  servent  les  Brésiliens  pour  les  nègres 
qu'ils  emploient  aux  travaux  des  mines  de 
diamants. 

Que  de  victimes  inconnues  a  faites  d'ail- 
leurs ce  dévouement  des  facteurs  volon- 
taires! Qui  ne  se  rappelle  qu'après  la  guerre 
on  retrouvait  encore  un  cadavre  porteur  de 


l52    — 

messages  et  retenu  au  fond  du  fleuve?  Une 
balle  ennemie  avait  sans  doute  frappé  le 
malheureux,  passant  à  la  nage,  ou  bien  le 
froid  l'avait  saisi,  les  eaux  l'avaient  englouti  : 
mort  obscure  et  héroïque  comme  celle  du 
soldat. 


ÎII 


La  délégation  de  Tours  ,  composée  de 
MM.  l'amiral  Fourichon ,  Grémieux  et 
Glais-Bizoin,  avait  quitté  Paris,  le  17  sep- 
tembre, et  il  s'agissait  pour  le  Gouverne- 
ment ,  de  trouver  un  moyen  de  corres- 
pondre journellement,  ou  presque  journel- 
lement avec  elle,  et  d'éviter  que  la  corres- 
pondance fût  interceptée  par  l'ennemi.  On 
avait  pensé,  d'abord,  à  enfermer  les  dépê- 
ches dans  des  bouteilles  de  liège,  entourées 
de  touffes  d'herbe ,  qu'on  eût  jetées  ensuite 
dans  la  Seine,  où  elles  auraient  été  recueil- 
lies, au  delà  des  lignes  prussiennes,  par  les 
riverains;   mais,  outre    que  les  nombreux 

9- 


—  i54  — - 

barrages,  échelonnés  sur  le  cours  du  fleuve, 
auraient  arrêté  presque  à  chaque  pas,  la 
marche  de  ces  bouteilles,  il  fallait,  d'abord, 
pouvoir  indiquer  à  la  délégation  de  Tours 
les  points  où  devait  s'opérer  le  repêchage. 
Or,  comment  lui  transmettre  cette  indica- 
tion ? 

N'était-il  pas  plus  simple  et  plus  pra- 
tique d'organiser  un  service  de  transmission 
par  aérostats,  destiné  à  fonctionner  pendant 
la  durée  de  l'investissement?  . 

Tel  fut,  en  effet,  le  parti  qu'adopta  l'ad- 
ministration des  Postes ,  et ,  après  avoir 
traité,  d'abord  avec  M.  Nadar,  propriétaire 
du  ballon  le  Neptune ,  et ,  ensuite  ,  avec 
M.  Mangin ,  propriétaire  du  ballon  La 
Città--di-Firen:{e ,  pour  une  ascension  de 
leurs  aérostats,  elle  s'entendit  bientôt  avec 
deux  autres  sociétés.  La  première  était  re- 
présentée par  M.  Eugène  Godard,  et,  la  se- 
conde, par  MM.  Yon  et  Dartois.  Toutes 
deux  s'obligèrent,  moyennant  le  prix  uni- 
forme de  4000  francs  par  ballon  (prix  ré- 


—  i55  — 

duit  plus  tard  à  35oo  francs),  à  installer  à 
la  Gare  d'Orléans  et  au  Jardin  des  Tuileries, 
deux  ateliers  pour  la  construction  des  aéros- 
tats. Chaque  appareil,  dont  la  pièce  princi- 
pale se  composait  d'un  ballon  en  percaline 
de  première  qualité,  et  vernie  à  l'huile  de 
lin,  devait,  en  outre ,  être  munie  d'un  filet 
en  corde  de  chanvre  goudronné,  d'une  na» 
celle  pouvant  recevoir  quatre  personnes, 
ainsi  que  des  accessoires  suivants  :  sou- 
papes, ancres,  boussole,  thermomètre,  sacs 
de  lest,  etc.  La  capacité  du  ballon  était 
fixée  à  2O0O  mètres  cubes  de  gaz;  après  son 
gonflement,  l'aérostat  devait  demeurer  sus- 
pendu pendant  dix  heures,  puis  enlever,  à 
titre  d'essai,  un  poids  de  5oo  kilos. 

Fidèles  aux  engagements  pris ,  les  deux 
sociétés  de  construction  se  mirent  aussitôt  à 
l'œuvre,  et,  du  25  septembre  1870  au  27 
janvier  suivant,  elles  fabriquèrent  61  bal- 
lons, dont  57  seulement  furent  lancés. 

Presque  toutes  ces  ascensions  eurent  lieu 
avec   l'assistance    de    marins   choisis    dans 


—  i56  — 

les  garnisons  des  forts  de  Paris;  l'Ecole 
aéronautique ,  fondée  pendant  le  siège ,  par 
l'amiral  La  Roncière  Le  Noury,  qui  re- 
crutait exclusivement  son  personnel  parmi 
ces  garnisons,  avait  pour  objet  principal  de 
fournir  au  Gouvernement  des  conducteurs 
d'aérostats;  elle  tenait  toujours  trente  de  ses 
pensionnaires  prêts  à  partir,  et  avait  soin 
qu'ils  fussent  continuellement  exercés  aux 
manœuvres  aérostatiques. 

Un  dernier  détail  sur  les  ateliers  de  bal- 
lons mérite  d'être  noté  :  120  femmes  y 
étaient  employées  aux  travaux  de  couture, 
tandis  que  vingt  douaniers  (pour  lesquels 
tout  travail  aussi  était  suspendu)  s'occu- 
paient à  sécher  les  aérostats,  à  les  vernir,  à 
les  gonfler  de  gaz  et  à  remplir  de  sable  les 
sacs  qui  devaient  retenir  à  terre  le  ballon 
préparé. 


IV 


Au  commencement  de  novembre  1870, 
Me  Dagron,  bien  connu  du  public  parisien 
par  ses  produits  microphotographiques,  pro- 
posa au  Gouvernement  de  la  défense  natio- 
nale l'adoption  d'un  système  de  reproduc- 
tion et  de  transport  des  dépêches  publiques 
et  privées,  d'après  les  bases  suivantes  : 

M.  Dagron  s'offrait  à  établir  à  Clermont- 
Ferrand  un  atelier  de  microphotographie, 
où  seraient  centralisées  toutes  les  missives 
en  destination  de  Paris.  Dépouillement  fait, 
ces  dépêches  seraient  photographiées,  l'une 
après  l'autre  et  jusqu'à  ce  que  la  surface  à 
remplir  fût  entièrement  couverte,  sur  une 


—  i58  — 

pellicule  de  collodion,  mesurant  3  centimè- 
tres carrés ,  contenant  plus  de  vingt  mille 
lettres  ou  chiffres.  Tirée  à  plusieurs  exem- 
plaires, la  microphotographie  ainsi  obte- 
nue serait  roulée ,  puis  insérée  dans  un 
tuyau  de  plume  que  l'on  coudrait  à  l'une 
des  plumes  rémiges  d'un  pigeon  voyageur, 
envoyé  de  Paris.  On  donnerait  ensuite  la 
liberté  aux  oiseaux,  et,  en  quelques  heures, 
la  dépêche  devait  être  rendue  à  Paris.  A 
l'arrivée  du  messager,  l'administration  des 
Postes  ferait  détacher  chaque  tuyau  de 
plume,  et  dérouler  chaque  pellicule;  celle-ci 
serait  exposée  dans  une  lanterne  magique, 
éclairée  à  la  lumière  électrique,  pour  gros- 
sir les  caractères  et  les  projeter  sur  un  écran, 
disposé  devant  la  lanterne;  il  ne  resterait 
plus  alors  qu'à  copier  le  texte  dessiné  sur 
l'écran  et  à  distribuer  aux  différents  desti- 
nataires les  copies  qui  les  concerneraient. 

Le  Gouvernement  accepta  la  proposition 
de  M.  Dagron,  et  il  intervint  alors  un  traité 
conforme    au    projet  ;  mais  l'exécution   ne 


--  i59  — 

put  commencer  qu'à  partir  du  1 5  décembre, 
M.  Dagron  ayant  failli  être  arrêté  par  les 
Prussiens,  lors  de  sa  descente  aéronautique. 

On  évalue  à  cent  mille  le  nombre  des  dé- 
pêches microphotographiques ,  transportées 
parles  pigeons-voyageurs,  depuis  le  i5  dé- 
cembre jusqu'à  l'armistice.  Chaque  pigeon 
portait  quelquefois  vingt-trois  dépêches  dans 
un  seul  petit  tuyau  déplume,  attaché  à  l'une 
des  pennes  du  rémige. 

Les  photographes  employés  par  M.  Da- 
gron ont  reproduit,  pendant  la  durée  de  ce 
service,  470  pages  typographiques  ou  auto- 
graphiées,  soit,  environ,  par  page,  i5,ooo 
lignes  ou  chiffres.  La  réduction  micropho- 
tographique était  au  huit  centième. 

Après  les  premiers  essais,  on  eut  l'idée,  à 
Paris,  de  reproduire,  à  l'aide  d'une  photo- 
graphie nouvelle,  les  caractères  grossis  par 
la  lumière  électrique;  ce  procédé  qui  per- 
mettait de  supprimer  la  transcription  des 
dépêches,  amena  une  notable  économie  de 
temps  dans  la  distribution  des  copies. 


A  côté  de  cette  invention  dont  nous  ve- 
nons de  rappeler  les  excellents  résultats, 
nous  avons  à  signaler  plusieurs  projets  de 
transmission,  présentés  au  Gouvernement 
de  la  défense,  pour  remédiera  l'interruption 
du  service  des  Postes. 

Le  premier  d'entre  ces  projets,  émané  de 
MM.  Boutonnet  et  Brichet,  avait  pour  but 
la  construction  et  l'ascension  de  deux  aéros- 
tats captifs,  et  devant  stationner,  l'un,  au- 
dessus  de  Paris,  l'autre,  en  province,  au 
delà  des  lignes  d'investissement;  ces  deux 
aérostats,  pourvus  ,  chacun,  d'un  appareil 
télégraphique,  eussent  été  reliés  par  un  fil 


-    i6i  — 

qui  aurait  assuré  une  communication  per- 
manente entre  les  deux  points  terminus.  Il 
ne  put  être  donné  aucune  suite  à  ce  projet, 
à  cause  de  l'énorme  étendue  des  lignes  en- 
nemies ;  toute  tentative  d'exécution  eût  été 
impraticable. 

Un  autre  système  qui  prenait,  non  plus 
le  ciel,  mais  bien  l'eau  comme  moyen  véhi- 
culaire,  fut  mis  sous  les  yeux  du  Gouverne- 
ment, le  6  décembre,  par  MM.  Versoven, 
Delort  et  Robert,  avec  lesquels  un  contrat 
fut  immédiatement  passé. 

Les  contractants  s'obligeaient  à  expédier 
par  eau,  et  ce,  au  moyen  de  sphériculcs  mé- 
talliques, soigneusement  évidés,  les  lettres 
ordinaires  ou  reproduites  par  la  micropho- 
tographie, qui  leur  seraient  confiées  en  des- 
tination de  Paris.  Les  lettres,  concentrées 
au  bureau  de  Moulins  (Allier),  eussent  été 
entassées  dans  de  petites  boules  de  zinc, 
puis  jetées  dans  les  divers  affluents  de  la 
Seine,  pour  arriver  ensuite  à  Paris.  Le 
transport    des    dépêches    officielles    devait 


—    102    --- 

avoir  lieu  gratuitement;  quant  aux  corres- 
pondances privées,  les  entrepreneurs  étaient 
autorisés  à  percevoir  :  i  franc  par  lettre 
close,  dont  le  poids  n'excéderait  pas  4  gram- 
mes; 2  5  centimes  par  dépêche  microphoto- 
graphiée  ;  et  5  centimes  par  réponse  sur  car- 
tes-poste. Par  arrêté  du  2  5  décembre,  ce 
tarif  fut  ainsi  modifié  :  80  centimes  (au  lieu 
de  I  franc),  par  lettre  déposée  au  bureau  de 
Moulins  et  reçue  à  Paris,  soit,  40  centimes 
payés  au  départ,  et  40  centimes  à  l'arrivée» 

Les  barrages  de  la  Seine  qui,  vraisembla- 
blement, entravèrent  la  marche  des  sphéri- 
cules  jetés  à  l'eau,  furent  cause  que  le  pro- 
cédé de  M,  Versovenetde  ses  associés  n'eut 
pas  le  résultat  favorable  qu'ils  en  attendaient, 
quoique,  dès  le  1 5  décembre,  les  entrepre- 
neurs, partis  de  Paris,  sur  l'aérostat  Denis 
Papin^  eussent  installé  à  Moulins  leurs  ate- 
liers de  fabrication. 

Après  l'armistice,  et  quand  le  service  or- 
dinaire des  postes  fut  réorganisé  ,  800  let- 
tres, parties  de  Moulins,  arrivèrent  à  Paris, 


—  i63  •— 

mais,  du  i5  décembre  1870  au  i^r  février 
suivant,  aucune  dépêche,  expédiée  au  moyen 
du  procédé  Versoven,  ne  parvint  dans  la 
capitale  assiégée. 

Un  projet  dont  l'exécution  semblait  moins 
dispendieuse  et  plus  simple  que  l'invention 
de  Mo  Versoven,  avait  été  envoyé  au  Gou- 
vernement, vers  la  fin  du  mois  de  janvier, 
par  M,  Baylard;  il  consistait  à  enfermer  les 
pellicules  de  collodion  sur  lesquelles  étaient 
photographiées  les  dépêches,  dans  de  petites 
boules  en  verre  soufflé»  Le  prix  de  revient  de 
ces  boules  était  des  plus  modiques  (100 
pour  1 5  centimes),  et  cette  circonstance  n'é- 
tait pas  la  seule  qui  militât  en  faveur  du 
projet  Baylard.  L'inventeur  avait  été  con- 
duit à  choisir  la  forme  sphéroïdale,  ramenée 
à  cette  faible  dimension,  à  raison  de  la  res- 
semblance qu'offraient  ces  petites  boules  de 
verre,  avec  les  bulles  d'eau,  et  du  peu  d'obs- 
tacle qu'elles  auraient  rencontré,  pour  fran- 
chir les  barrages  des  rivières  et  pour  glisser 
sur  les  herbes.  L'idée  de  M.  Baylard  eût  cer- 


—  164  • — 

tainement  été  mise  à  exécution,  mais  la  fin 
du  siège  arrêta  les  pourparlers  entamés  à  ce 
sujet. 

M.  Nadié,  rédacteur  du  Journal  officiel, 
et  qui  a  publié  dans  ce  journal  une  série 
d'articles  :  La  Poste  pendant  le  Siège  ^  où 
nous  avons  trouvé  de  précieux  renseigne- 
ments, avait,  lui  aussi,  imaginé  un  système 
de  transmission  aquatique  :  il  conseillait 
l'emploi  d'une  nacelle  en  caoutchouc,  lestée 
de  grenaille  de  plomb  et  remplie  de  gaz  hy- 
drogène. Cette  nacelle,  où  l'on  eût  enfermé, 
sous  une  enveloppe  métallique,  les  corres- 
pondances, aurait  navigué  entre  deux  eaux, 
comme  un  petit  ballon  sous-marin.  L'in- 
vention était  certainement  ingénieuse,  mais 
on  peut  douter  qu'un  pareil  véhicule  eût 
réussi  à  traverser  les  barrages  de  la  Seine  et 
de  ses  affluents. 

Un  autre  bateau  sous-marin  avait  été  pro- 
posé au  Gouvernement  par  un  inventeur, 
M.  Delente,  et  le  jour  du  départ  était  déjà 
indiqué,  lorsque  l'armistice  survint. 


—  i65  — 

Les  journaux  de  Paris,  publiés  pendant 
le  siège,  ont  relaté  l'ascension  de  l'aérostat, 
Général  Faidherbe^  dont  le  principal  passa- 
ger était  M.  Hurel,  qui  emmenait  avec  lui 
cinq  chiens,  de  l'espèce  dite  :  chiens  de  bou- 
vier^ destinés  par  leur  propriétaire  à  servir 
de  courriers  entre  certaines  localités  (situées 
à  5o  kilomètres  de  Paris,  au  minimum),  et 
la  capitale.  Aux  termes  de  son  traité  avec  le 
Gouvernement,  M.  Hurel  avait  droit  à  une 
prime  de  deux  cents  francs  par  dépêche  que 
chacun  de  ses  chiens  transporterait  à  Paris, 
dans  les  quarante-huit  heures  de  la  remise 
de  cette  dépêche  à  l'entrepreneur;  mais,  d'un 
autre  côté,  il  encourait  une  retenue  de  cin- 
quante francs  par  journée  de  retard  dans  la 
transmission  de  l'une  quelconque  des  dépê- 
ches. 

Soit  que  l'exacte  surveillance  des  assié- 
geants eût  empêché  la  réussite  de  l'expé- 
rience tentée  par  M.  Hurel,  soit  que  la  lon- 
gueur du  trajet  parcouru  par  l'aérostat  eût 
fait  perdre  aux  chiens  qu'emmenait  l'entre- 


—  i66  — 

preneur,  ia  piste  des  chemins  conduisant  à 
Paris,  toujours  est-il  qu'après  l'atterrisse- 
ment,  ce  projet  ne  put  être  exécuté. 

Il  en  fut  de  même  du  contrat  proposé  au 
Gouvernement  par  MM,  Imbert,  Roche, 
Peney,  Fontaine  et  Leblanc,  et  qui  clôt  la 
série  des  offres  de  transmission,  pendant  le 
premier  siège. 

Ces  cinq  personnes  espéraient  pouvoir 
passer  à  travers  les  lignes  ennemies,  en  em- 
pruntant la  voie  des  Catacombes,  dont  une 
issue  secrète,  débouchant  sur  un  endroit 
isolé  des  environs  de  Paris,  était  connue  des 
cinq  voyageurs. 

Ils  demandaient  huit  jours  pour  mettre  à 
fin  leur  entreprise  qui,  en  cas  de  réussite, 
devait  assurer  à  ses  auteurs  la  concession 
d'un  service  régulier,  à  organiser  dans  les 
mêmes  conditions  de  parcours. 

Les  espérances  de  succès  qu'avaient  con- 
çues M.  Imbert  et  ses  associés  ne  se  réalisè- 
rent malheureusement  pas. 

Au  reste,  deux  ou  trois  semaines  plus  tard, 


—    167  — 

la  paix  signée  avec  la  Prusse  par  le  nouveau 
pouvoir  exécutif,  était  ratifiée  par  l'Assem- 
blée Nationale,  réunie  à  Bordeaux,  et  les 
services  postaux  reprenaient  leur  cours 
régulier,  pour  ne  plus  l'interrompre,  en  ce 
qui  concernait  les  envois  de  ou  pour  Paris, 
jusqu'au  jour  où  ils  furent  de  nouveau  dé- 
sorganisés par  la  Commune. 

C'est  de  cette  dernière  époque  que  nous 
allons  maintenant  nous  occuper. 


VI 


Le  Journal  Officiel  ,  dont  les  bureaux 
avaient  été  envahis,  le  19  mars  1871,  par 
les  insurgés,  imprimait  les  lignes  suivantes, 
dans  son  numéro  du  20,  rédigé  sous  l'ins- 
piration du  comité  insurrectionnel  : 

«  Partie  non   officielle. 

8  Le  nouveau  Gouvernement  de  la  Répu- 
blique vient  de  prendre  possession  de  tous 
les  ministères  et  de  toutes  les  administra- 
tions, » 

Le  lendemain  ,  la  même  feuille  publiait 
deux  pièces  dont  voici  la  teneur  : 


—  169  — 

«  Comité  Central  de  la  Garde  Nationale. 

(.(  En  quittant  Paris,  le  pouvoir  qui  vient 
«  de  crouler  sous  le  mépris  populaire,  a  pa- 
«  ralysé  et  désorganisé  tous  les  services  pu- 
ce blics.  Une  circulaire  a  enjoint  à  tous  ses 
«  employés  de  se  rendre  à  Versailles...  Tous 
«  les  services ,  toutes  les  communications 
«  avec  la  province  sont  interrompus...  nous 
«  suspendons,  à  partir  d'aujourd'hui,  le  ser- 
((  vice  de  la  télégraphie  privée  dans  Paris. 

«  Le  Directeur-Général, 
«  J.  Lucien  Combatz.  b 

«  Le  Directeur -Général  des  télégraphes 
est  autorisé  à  supprimer  jusqu'à  nouvel  or- 
dre la  télégraphie  privée  dans  Paris. 

«  Pour  le  Comité  Central, 
a  L.  Boursier,  Gouhier,  E.  Moreau.  » 

L'invasion  des  Postes  suivit  de  près  celle 
du  service  télégraphique.  Le  citoyen  Theisz, 
délégué  de  la  Commune,  se  présenta  à  l'hô- 
II.  10 


—  lyo  — 

tel  de  la  rue  J.-J.  Rousseau,  pour  en  pren- 
dre possession,  et  le  Directeur-Général  lui 
ayant  répondu  qu'il  ne  céderait  qu'à  la  force, 
le  délégué  dut  requérir  l'assistance  des  fusi- 
liers de  l'insurrection,  afin  de  pouvoir  se 
substituer  au  fonctionnaire  légitime;  mais, 
avant  sa  deuxième  visite,  toutes  les  mesures 
avaient  été  prises  pour  diriger  sur  Versailles 
la  plus  grande  partie  du  personnel  et  du  ma- 
tériel de  l'administration  centrale ,  et  tout 
l'approvisionnement  des  timbres-poste,  s'é- 
levant  à  plusieurs  millions  de  francs.  Les  em- 
ployés des  bureaux  de  quartier  restèrent 
seuls,  pour  assurer  le  service  de  la  réception 
et  de  la  distribution  des  lettres,  dans  Paris. 
Cette  réception  et  cette  distribution  conti- 
nuèrent donc,  de  même  que  si  la  capitale 
eût  été  administrée  par  un  gouvernement 
régulier,  et  une  note  insérée,  le  9  mai,  dans 
la  partie  non  officielle  du  journal  déjà  cité, 
montre  que  la  fabrication  et  la  vente  des 
timbres-poste  à  10  centimes,  constituait, 
avec  les  confiscations,  les  saisies  et  les  réqui- 


sitions  d'argent,  le  principal  élément  finan- 
cier, sur  lequel  les  oligarques  de  l'hôtel-de- 
ville  «  fondaient  leur  cuisine,  »  comme  eût 
dit  le  fabuliste.  La  note  s'exprimait  dans  ces 
termes  : 

« L'intelligence,  le  zèle  et  l'activité  du 

«  nouveau  Directeur  des  Monnaies,  le  ci- 
ce  toyen  Camélinat,  ont  été  à  la  hauteur  des 
«  circonstances,  et  les  divers  services  ont  re- 
«  commencé  à  fonctionner  avec  un  person- 
«  nel  nouveau.  L'imprimerie  des  timbres- 
«  poste  suffit  aux  exigences  du  commerce 
a  parisien... ..  » 

Le  commerce  parisien  qui,  à  en  croire  le 
rédacteur  communaliste,  devait  se  tenir  pour 
complètement  satisfait,  depuis  que  le  citoyen 
Camélinat  avait  été  nommé  délégué  à  la 
direction  des  monnaies ,  souffrait  pourtant 
beaucoup  de  l'interruption  des  communica- 
tions postales  entre  la  province  et  Paris,  et 
cet  état  de  souffrance  est  attesté  par  un  ar- 
ticle du  Journal  officiel  de  Versailles,  en 
date  du  7  avril,  que  nous  reproduisons  ici  : 


—  172  — 

«  Aujourd'hui,  les  délégués  du  commerce 
a  et  de  l'industrie  de  Paris  se  sont  présentés 
«  à  Versailles,  à  l'effet  d'établir  une  conven- 
c(  tion  pour  le  rétablissement  du  service  pos- 
((  tal  entre  Paris  et  la  province.  Cette  délé- 
«  gation  est  retournée  à  Paris  et  doit  revenir 
«  demain ,  pour  continuer  les  négociations 
«  avec  M.  le  Directeur-Général » 

Ces  négociations  ne  purent  aboutir  ;  les 
opérations  actives  de  l'armée  de  Versailles 
étaient  commencées,  depuis  plusieurs  jours, 
et  elles  étaient  difficilement  compatibles  avec 
l'existence  d'un  service  de  transmission  par- 
tant de  Paris  et  y  revenant.  D'ailleurs,  le 
moindre  inconvénient  du  rétablissement 
prématuré  que  demandaient  les  négociateurs, 
eût  été  la  reconnaissance  implicite  du  droit 
de  belligérants  aux  insurgés  de  la  Commune, 
reconnaissance  qui,  on  le  comprend,  n'était 
nullement  dans  les  idées  de  l'Assemblée  Na- 
tional ni  du  Pouvoir  Exécutif. 

Les  habitants  de  Paris  qui  avaient  à  écrire 
en  province  étaient  donc  obligés  de  jeter  ou 


—    173  — 

de  faire  jeter  leurs  lettres  aux  boîtes  postales 
de  Saint-Denis  et  de  Pantin,  les  lignes  du 
Nord  et  de  l'Est  étant  restées,  depuis  le  com- 
mencement du  deuxième  siège  ,  les  seules 
voies  ouvertes  à  ceux  qui  voulaient  et  pou- 
vaient émigrer.  De  Pantin  et  de  Saint-De- 
nis, les  lettres  à  destination  des  localités  non 
desservies  par  les  lignes  du  Nord  et  de  l'Est, 
étaient  acheminées  à  Versailles,  où  l'admi- 
nistration des  Postes  les  répartissait  entre  les 
divers  trains  de  dépêches.  Vers  la  fin  du 
mois  de  mars,  à  l'heure  où  partait,  chaque 
soir,  de  la  gare  du  Nord  ,  le  train-express  de 
Calais,  nous  avons  vu,  plusieurs  fois  ,  des 
négociants  ou  des  employés  de  commerce 
pénétrer  sur  le  quai  d'embarquement,  mal- 
gré la  surveillance  des  commissaires  et  des 
fusiliers  fédérés,  et  se  présenter  devant  les 
voitures  de  première  classe  ,  en  demandant 
aux  voyageurs  qui  y  étaient  déjà  installés 
s'ils  voulaient  bien  leur  rendre  le  service  de 
jeter  quelques  lettres  dans  la  boite  de  la  pre- 
mière gare  où  le  train  s'arrêterait. 


VII 


En  admettant  même  que  les  combats  li- 
vrés par  l'armée  de  Versailles  et  que  les  tra- 
vaux d'approche  du  2"  siège  n'eussent  pas 
entraîné  forcément  la  rupture  des  communi- 
cations postales  entre  Paris  et  toutes  les  li- 
gnes de  chemins  de  fer  autres  que  celles  du 
Nord  et  de  l'Est,  il  est  indubitable  que  ces 
communications  n'auraient  pu  fonctionner 
avec  régularité  sous  un  régime  comme  celui 
de  la  Commune.  On  verra,  par  les  deux  piè- 
ces que  nous  transcrivons  ci-après,  et  dont 
nous  empruntons  le  texte  au  Journal  officiel 
de  Versailles  (24  mars  et  2  avril),  quel  res- 
pect les  agents  du  Comité  central  profes- 


-  Î75  - 

saient  pour  la  propriété  privée  et  pour  le  se- 
cret des  lettres  ; 

«  Le  train  parti,  aujourd'hui,  à  4  heures 
«  3o  minutes  du  soir,  de  la  gare  Saint-^ 
«  Lazare  pour  Versailles ,  a  été  arrêté  par 
«  des  fédérés,  entre  Batignolies  et  Clichy-Le" 
«  vallois;  ces  individus  ont  visité  les  wagons 
«  et  enlevé  le  sac   contenant  des  lettres.,.  » 

«  La  Compagnie  de  l'Ouest  informe 
(!  MM.  les  négociants-exportateurs  qu'elle 
«  ne  répond  plus  des  avaries  que  pourraient 
«  éprouver  les  marchandises  confiées  à  ses 
«  gares  de  Paris,  Batignolies  et  Vaugirard, 
a  et  qu'elle  décline  toute  responsabilité  pour 
a  le  retard  que  subirait  l'expédition  de  ces 
«  marchandises  ;  ses  convois  sont,  à  chaque 
«  instant,  visités,  suspendus  ou  entravés  par 
«  des  bandes  de  soi-disant  gardes-natio- 
«  naux,  qui  ouvrent  les  caisses,  même  celles 
«  qu'on  a  munies  d'un  emballage  intérieur, 
((  en  zinc  et  en  fer-blanc. ,  » 

Pendant  toute  la  durée  du  deuxième  siège, 
et  jusqu'à  l'entrée  des  troupes  dans  la  capi- 


—   lyô  — 

taie,  les  lettres  et  paquets  continuèrent  néan- 
moins de  circuler  entre  Paris  et  Versailles, 
grâce  à  l'entremise  de  certains  messagers- 
piétons  qui,  nantis  de  passe-ports  délivrés 
par  les  ambassades  et  consulats  étrangers, 
s'acquittaient  des  commissions  que  leur  don- 
naient pour  Paris  les  agences  diplomatiques, 
et  se  chargeaient  en  même  temps  des  lettres 
à  eux  remises  par  les  personnes  de  leur  con- 
naissance. 

Ces  messagers  qui  faisaient  quotidienne- 
ment le  trajet  entre  Versailles  et  Paris,  — 
une  fois  dans  chaque  sens  — ,  coururent  sou- 
vent risque  de  la  vie,  exposés,  comme  ils 
l'étaient,  au  feu  simultané  de  l'armée  versail- 
iaise  et  des  insurgés,  et  pouvant,  à  tout  mo- 
ment, être  arrêtés  et  fouillés  par  les  soldats 
de  Rossel  ou  de  Delesciuze. 

Notons  ici,  pour  mémoire,  qu'à  son  arri- 
vée à  Versailles,  l'Administration  centrale 
des  Postes  avait  été  installée  au  rez-de-chaus- 
sée de  l'aile  sud  du  château,  dans  la  partie 
du  musée  où  se  trouvent  réunis  les  tableaux 


—  177  — 

relatifs  aux  deux  campagnes  de  Napoléon  !<"■ 
en  Italie  (1796-1800). 

Cette  installation  provisoire  ,  faite  au 
moyen  de  tables  à  tréteaux  et  de  sièges  d'or- 
dre composite,  ressemblait  un  peu,  comme 
toutes  celles  du  même  genre,  à  un  bivouac 
administratif;  mais  elle  ne  nuisit  en  rien, 
hâtons-nous  de  le  dire,  à  la  prompte  expé- 
dition des  correspondances,  et  à  la  réorga- 
nisation des  services,  qui  s'opéra  dans  d'ex- 
cellentes conditions. 


CHAPITRE   VII 

LE  TIMBRE-POSTE  A  BORDEAUX,   1 870-1 871. 


I.  Disette  des  Timbres-Poste  causée  par  le  siège 
de  Paris.  —  IL  Le  ministre  des  Finances  auto- 
rise M.  Steenackers,  directeur  général  des  Postes, 
à  traiter  avec  M.  Delebecque,  à  Bordeaux.  — 
m.  Les  types  proposés.  —  IV.  Traité  conclu. 
—  V.  Règlement  d'exécution.  —  VI.  Première 
planche  imprimée;  progrès  rapide.  —  VII.  Or- 
dre de  cesser  la  fabrication.  Résultats  généraux. 


N  histoire,  il  n'y  a  pas  de  fait  sans  inté- 
rêt. Le  Timbre-Poste  est  un  bien  petit 
personnage;  mais  il  a  déjà  ses  annales  et  ses 
révolutions,  depuis  moins  de  trente  ans  qu'il 
a  obtenu  en  France  droit  de  cité;  de  là,  il 
s'est  fait  cosmopolite. 

Il  nous  a  paru  curieux  de  rechercher  quel 
rôle  avait  eu  le  Timbre-Poste,  au  milieu  du 
mouvement  trop  retentissant  de  la  guerre  et 
de  la  révolution  de  1870.  Le  Siège  de  Paris 
lui  avait  fermé  tout  à  coup  les  mille  routes 
par  lesquelles  il  se  répandait  chaque  jour 
sur  la  France  et  dans  le  monde  entier.  Sans 
doute ,  il  avait  franchi  maintes  fois ,  lui 
If.  II 


—    I«2    — 

aussi,  les  lignes  ennemies,  en  ballon;  mais 
pour  la  première  fois,  il  risquait  de  paraître 
trop  lourd,  et  les  dépêches  de  photographie 
microscopique  prenaient  sa  place.  Il  man- 
quait à  tous  les  départements  et  ce  n'était 
pas  le  moindre  des  éléments  de  cette  vie  que 
la  capitale  rayonnante  envoie  sans  cesse 
autour  d'elle.  La  fabrication  du  Timbre- 
Poste  avait  jusqu'à  ce  jour  été  concentrée 
dans  Paris.  Gomment  allait-on  remédier  à 
cette  disette  imprévue  ? 

Une  heureuse  chance  nous  a  mis  en  pos-= 
session  de  quelques  documents  précieux  sur 
la  réorganisation  du  service  de  l'affranchis- 
sement des  correspondances  par  la  Déléga- 
tion de  Tours  et  de  Bordeaux.  Il  était  ur- 
gent, ici,  comme  sur  tant  d'autres  points,  de 
ressusciter  des  ressources  tout  à  fait  suppri- 
mées; il  fallait  donner  satisfaction  aux  inté- 
rêts publics  et  privés,  veiller  sur  un  revenu 
du  Trésor  plus  nécessaire  que  jamais,  trou- 
ver un  nouveau  matériel  de  fabrication  et 
tout  un  personnel  d'agents  habiles  et  dé- 


—  i83  — 

voués,  prévenir  les  abus  et  la  fraude.  L'ac- 
tivité merveilleuse  des  hommes  qui  prirent 
à  cœur  cette  modeste  tâche  se  révélera  d'elle- 
même  dans  notre  récit. 


II 


Le  Ministre  des  Finances  chargea  M.  de 
Maintenant,  Inspecteur  général  des  Finan- 
ces, d'étudier  la  question.  M.  de  Maintenant 
fit  savoir  aussitôt  à  M.  Steenackers,  le  nou- 
veau Directeur-Général  des  Télégraphes  et 
des  Postes,  que  M.  Delebecque,  Directeur 
de  la  Monnaie  de  Bordeaux ,  pouvait  se 
charger  de  l'entreprise .  Le  suppléant  de 
M.  Hulot  était  trouvé.  Tout  le  monde  se 
mit  à  l'œuvre. 

Le  19  octobre  1870,  une  décision  du 
Ministre  autorise  M,  Steenackers  à  s'enten- 
dre avec  le  Directeur  de  la  Monnaie  de  Ber- 
ceaux.  Le   2  1  octobre,  M.  de  Maintenant 


—  i85  — 

reçoit  des  instructions  détaillées  et  une 
délégation  pour  agir  au  nom  du  Ministre. 
Le  même  jour,  M.  Lapouyade,  Directeur 
des  Postes  du  Département  de  la  Gironde, 
est  avisé  qu'il  devra  remplir  les  fonctions  de 
Garde-magasin  des  Timbres-Poste.  Dans  le 
même  instant,  M.  Delebecque  reçoit  la  let- 
tre suivante  : 

(c  Monsieur, 

«  Monsieur  de  Maintenant,  Inspecteur- 
ce  Général  des  Finances,  a  fait  connaître  au 
«  Ministre  des  Finances,  que  vous  étiez  en 
«  état  de  faire  fabriquer,  dans  un  bref  délai, 
«  les  timbres  nécessaires  à  l'affranchissement 
«  des  correspondances. 

«  Une  décision  du  Ministre,  en  date  du  19 
«  octobre  courant,  m'autorise  à  m'entendre 
«  avec  vous  pour  que,  vu  l'urgence,  la  fabri- 
«  cation  commence  le  plus  tôt  possible. 

«  Le  Directeur  des  Postes  de  la  Gironde 
«  devant  remplir  les  fonctions  de  Garde-ma- 
«  gasin  des  Timbres-Poste,  je  lui  écris  au- 


—  i86  — 

«  jourd'hui  une  longue  lettre  qu'il  vous 
«  montrera  et  par  laquelle  je  lui  prescris  de 
«  s'entendre  avec  vous  et  avec  M.  de  Main- 
ce  tenant,  pour  arrêter  les  dispositions  à 
«  prendre,  afin  d'éviter  la  contrefaçon  des 
«  nouveaux  timbres,  et  leur  emploi  après 
«  qu'ils  auraient  servi. 

«  J'appelle  tout  spécialement  votre  atten- 
«  tion  sur  ce  point  important  et  je  ne  doute 
a  pas  que  vous  ne  trouviez  des  procédés  de 
«  fabrication  qui  enlèvent  toute  crainte  à  ce 
«  sujet. 

«  Je  vous  remercie  d'avance,  Monsieur, 
«  de  tout  ce  que  vous  voudrez  bien  faire 
«  pour  venir  en  aide  à  l'administration  dans 
«  ces  moments  difficiles. 

«  Agréez 

«  Signé  :  Steenackers.  » 


m 


Dès  le  22  octobre,  le  Directeur  des  Pos= 
tes  de  la  Gironde  recevait  de  nouveaux  avis 
par  le  télégraphe,  et  dans  la  journée,  par  le 
courrier,  une  lettre  contenant  le  type  de 
timbre  adopté  par  l'administration.  C'était 
un  timbre  envoyé  de  Paris  et  oblitéré  à 
Tours. 

La  Monnaie  de  Bordeaux  n'avait  pas  mis 
moins  de  promptitude  à  commencer  l'exécu- 
tion de  ses  promesses.  M,  Steenackers  avait 
déjà  dans  les  mains  et  renvoyait,  avec  le 
type  adopté,  un  modèle  confectionné  à  Bor- 


—  i88   - 

deaux  et  à  peu  près  semblable  au  timbre 
parisien. 


K 


A  D 

l^r  modèle  de  Bordeaux.  Timbre  de  Paris. 

Pour  que  la  ressemblance  fût  complète, 
il  n'y  avait  qu'à  supprimer  sur  le  Timbre 
de  Bordeaux,  les  quatre  lettres,  A,  i  D,  -  aux 
angles  inférieurs,  K,  ■*  X  ^  aux  angles  supé- 
rieurs. Il  y  avait  une  importance  de  pre- 
mier ordre  à  maintenir  une  ressemblance 
absolue  entre  les  timbres  nouveaux  et  les 
timbres  de  Paris,  L'adoption  de  l'effigie  de 
la  République,  déjà  mise  en  usage  par  la 

1.  Initiale  du  graveur  M.  Augé-Delille. 

2.  Delebecque. 

3.  Marque  particulière  aux  monnaies  frappées  à 
Bordeaux. 

4.  Cette  lettre  désignait  l'administration  des 
Postes. 


—  189  — 

révolution  de  1848,  rendait  la   chose  plus 
facile. 

M.  Steenackers,  dans  sa  missive  du  22  oc- 
tobre, prenait  le  signe  de  l'angle  N,  E.  du 
timbre  bordelais  pour  un  dessin  de  fantai- 
sie; mais,  comme  on  l'a  vu  à  la  page  précé- 
dente, dont  les  indications  nous  été  obli- 
geamment fournies  par  M.  le  Directeur  de 
la  Monnaie  de  Bordeaux,  la  lettre  X  dési- 
gnait l'administration  des  Postes. 


IV 


Le  3  novembre  1870,  un  traité  en  qua- 
druple expédition  est  signé,  par  MM.  La- 
pouyade,  Delebecque  et  de  Maintenant  pour 
arrêter  les  conditions  de  fabrication  et  d'exé- 
cution des  Timbres- Poste  : 

«  1°  M.  Delebecque  s'engage  à  fabriquer 
c(  jusqu'à  concurrence  de  4,000  feuilles  de 
«  3oo  Timbres-Poste  par  jour  en  suivant, 
«  pour  chaque  catégorie  de  i,  3,  3,  4,  5,  10, 
«  20,  3o,  40,  80  centimes,  les  proportions 
a  qui  lui  seront  indiquées  par  l'adminis- 
«  tration  des  Postes,  moyennant  le  prix  de 
a  trente  centimes  par  feuille  de  3oo  tim- 
tt  bres  ou  un  franc  par  mille  timbres. 


~  191  — 

a  2°  Le  prix  sera  payé  mensuellement,  sur 
«  mémoire  arrêté  entre  MM.  Delebecque 
<i.  et  Lapouyade. 

«  3°  L'administration  se  réserve  le  droit 
«  de  cesser  ses  commandes,  quand  bon  lui 
«  semblera,  et  sans  que  M.  Delebecque  ait 
a  droit  à  aucune  indemnité  relativement 
((  aux  dépenses  qua  lui  occasionnera  son 
«  outillage,  dont  la  partie  essentielle  devra 
«  être  détruite,  au  jour  fixé  par  l'adminis- 
«  tration  pour  la  cessation  de  la  dite  fabri- 
«  cation. 

«  4P  Le  Directeur  est  autorisé  à  fabri- 
cc  quer  par  jour  jusqu'à  4,000  feuilles  de 
«  3oo  timbres.  Le  chiffre  de  cette  fabrication 
«  pourra  être  élevé  sur  la  demande  du  Di- 
«  recteur  des  Postes,  si  les  besoins  l'exigent. 

«  La  fabrication  exigeant  pour  être  régu- 
et lière  un  minimum  d'approvisionnement 
«  de  20  jours,  il  est  accordé,  à  partir  du  jour 
«  de  l'avis  donné  au  Directeur,  un  délai  de 
«  fabrication.  Ce  délai  est  fixé  à  10  jours 
«  seulement. 


—    Î92   — 

«  Les  mesures  utiles  seront  concertées 
«  pour  éviter  la  contrefaçon,  ainsi  que  le 
«  lavage  des  timbres  ayant  déjà  servi. 

«  5°  La  fabrication  commencera  le  5  no- 
ce vembre  prochain  et  sera  continuée  sans 
«  interruption. 

«  6°  A  l'appui  du  présent  marché,  il  sera 
«  joint  un  tableau  indicatif  des  dispositions 
«  de  bureaux  de  fabrication  et  d'exploita- 
«  tion,  ainsi  qu'un  règlement  administratif 
a  déterminant  l'ensemble  de  toutes  les  opé- 
«  rations  concertées  d'un  commun  accord 
«  pour  les  travaux  d'ordre,  de  livraison  et 
«  de  comptabilité,  conditions  auxquelles  les 
«  parties  contractantes  prennent  l'engage- 
«  ment  réciproque  de  se  conformer  ponctuel- 
«  lement.  » 


Nous  avons  sous  les  yeux  le  plan  des  ate- 
liers dressé  d'après  les  conventions  de  l'arti- 
cle 6.  La  reproduction  de  ce  plan  n'aurait 
pas  un  grand  intérêt.  Nous  y  remarquons  la 
chambre  isolée  du  graveur,  la  grande  salle  des 
impressions,  la  salle  du  ponçage  des  pierres, 
celles  de  gommage  et  de  séchage  des  tim- 
bres, enfin  le  bureau  du  contrôleur,  à  côté 
du  magasin  voûté. 

Le  règlement  de  détail,  signé  le  même 
jour  pour  servir  à  l'exécution  du  traité,  pré- 
voit successivement  toutes  les  questions 
concernant  le  personnel,  le  local,  le  maté- 
riel, la  fabrication,  l'exploitation,  les  écri- 


—  194  — 

tures,  la  comptabilité,  Texpédition  des  Tim- 
bres-Poste et  des  chiffres-taxes,  les  impri- 
més. 

Une  commission  de  contrôle  permanent 
est  établie  à  Bordeaux  et  ses  attributions 
sont  fixées  avec  la  plus  grande  précision  dans 
les  détails.  Elle  fonctionne  sous  les  ordres  du 
Directeur  des  Postes  de  la  Gironde ,  qui 
peut  se  faire  représenter  par  le  contrôleur 
des  Postes  de  son  département.  Elle  se  com- 
pose, outre  ces  deux  personnes ,  de  M.  de 
Maintenant,  Inspecteur-Général,  de  M.  Pé- 
ligot,  chimiste,  de  MM.  Morin  et  Ladoux, 
commis  de  direction ,  de  deux  brigadiers  et 
d'un  gardien  j  désignés  aussi  nominative- 
ment. 

De  son  côté,  M.  Delebecque  doit  remettre 
à  M.  le  Garde-Magasin,  c'est-à-dire  au  Di- 
recteur des  Postes  de  la  Gironde,  nommé 
à  ces  fonctions,  par  lettres  du  19  et  du 
21  octobre,  une  liste  du  personnel  de  ses 
ateliers.  Il  ne  pourra  admettre  dans  les  lo- 
caux affectés  à  la    fabrication    aucun  em- 


—  igS  — 

ployé  étranger  à  cette  liste.  Les  ateliers  se- 
ront ouverts  pendant  dix  heures  en  été  et 
neuf  heures  en  hiver.  Pendant  leur  ferme- 
ture, l'une  des  clefs  reste  entre  les  mains  du 
Garde-Magasin  ,  l'autre  est  conservée  par  le 
Directeur  de  la  fabrication. 

M.  Delebecque  a  le  monopole  de  la  fabri- 
cation. Les  nouveaux  timbres  conserveront 
la  dimension  et  les  couleurs  des  timbres  ac- 
tuellement en  usage.  Le  pointillage  qui  sé- 
parait les  timbres  antérieurement  fabri- 
qués n'est  point  exigé. 

Le  papier  servant  à  la  fabrication  est 
fourni  par  M.  Delebecque  qui  le  reçoit  de 
la  maison  Lacroix,  d'Angoulème,  et  ne 
peut  en  commander  à  un  autre  fabricant, 
sans  intervention  du  Garde-Magasin.  La 
livraison  des  feuilles  n'est  faite  qu'avec  les 
précautions  les  plus  minutieuses.  Tous  les 
instruments  et  outils  de  fabrication  et  d'ex- 
ploitation sont  soumis  à  la  surveillance  la 
plus  active  et  la  plus  sévère. 

L'expédition  des  timbres  et  des  chiffres- 


—  ig6  — 

taxes  n'a  lieu  qu'en  présence  des  deux  con- 
trôleurs, des  brigadiers,  du  gardien,  tous 
spécialement  désignés.  Il  en  est  de  même 
pour  l'entrée  des  feuilles  en  magasin. 

La  situation  du  magasin  est  établie  cha- 
que jour;  la  situation  générale,  tous  les 
quinze  jours;  l'indemnité  due  à  M.  Dele- 
becque  réglée  et  payée  tous  les  mois,  sur  la 
production  d'un  mémoire  en  double  expédi- 
tion. 

La  conservation  et  le  classement  de  tous 
les  documents  composant  les  archives  du 
service  sont  dans  les  attributions  du  Garde- 
Magasin  et  des  contrôleurs. 

Tel  est  le  résumé  de  règlement  minutieu- 
sement élaboré;  il  ne  nous  reste  qu'à  cons- 
tater les  résultats  donnés  par  cette  entre' 
prise  temporaire. 


VI 


La  première  pianche  qui  fut  imprimée 
provenait  d'une  matrice  faite  à  la  plume  et 
représentant  un  timbre  de  20  centimes,  au 
type  de  la  République  française  ^.  Cette 
planche  offrait  de  grandes  difficultés  dans 
les  reports;  on  dut  alors  graver  sur  pierre, 
au  moyen  de  la  pointe  d'acier  et  du  dia- 
mant, neuf  matrices  représentant  les  di- 
verses catégories  de  Timbres-Poste  .  i,  2, 
4,  5  centimes,  10,  20,  3o^  40,  80  cen- 
times. Ces  matrices  servirent  à  faire  des 
planches    complètes   de    chaque  catégorie , 

I.  Ce  sont  les  timbres  classés  dans  les  collec- 
tions, comme  type  n"  i. 


—  198  " 

contenant  chacune  3 00  timbres.  Ces  plan- 
ches s'imprimaient  suivant  les  diverses  cou- 
leurs afférentes  à  thaque  valeur  de  timbre 
et  elles  étaient  renouvelées  chaque  fois  que 
le  tirage  en  avait  affaibli  la  pureté. 

Voici  la  manière  dont  il  fallait  procéder  : 
on  tirait,  sur  papier  de  chine  préparé  pour  re- 
ports, i5  petites  figures  avec  lesquelles  on 
formait  une  première  planche  servant  de 
deuxième  matrice.  Cette  planche  de  1 5  fi- 
gures était  alors  tirée  également  sur  chine  à  2  o 
épreuves,  qui,  réunies,  formaient  la  planche 
entière  de  3 00  figures,  disposées  en  deuxdemi- 
feuillesde  i5o  figures  chacune.  On  décalquait 
cet  ensemble  sur  une  pierre  lithographique 
parfaitement  préparée,  et,  au  moyen  de  l'acide 
et  de  la  gomme,  on  fixait  entièrement  le  re- 
port ,  qui  alors  était  livré  à  l'imprimeur  5 
pour  en  faire  le  tirage. 

Le  papier  servant  à  l'impression  provenait 
des  ateliers  de  M.  Lacroix,  d'Angoulème. 
Il  était  de  différentes  teintes,  suivant  chaque 
catégorie,  et  avant  d'être  livré  à  l'ouvrier 


—  199  — 

imprimeur,  il  subissait  une  première  pré- 
paration d'un  enduit  invisible  appelé  ^ré- 
servatif  contre  la  contrefaçon.  Chaque 
feuille  de  papier  était  timbrée  par  les  em-- 
ployés  contrôleurs  de  l'administration  des 
Postes. 

Outre  les  neuf  matrices  servant  aux  di- 
verses catégories,  il  y  en  avait  une  dixième 
appelée  chiffre-taxe,  ï5  centimes.  Elle  s'im- 
primait en  noir  sur  papier  blanc  ordinaire 
et  sans  aucune  préparation. 

Dans  cette  fabrication  il  est  nécessaire  de 
tenir  compte  des  difficultés  sans  nombre  qu'il 
fallut  surmonter.  Le  gouvernement  siégeant 
à  Bordeaux,  la  Chambre  des  Députés  enfin 
réunie  et  les  journaux  absorbaient  tous  les 
gens  de  métier  et  le  matériel  des  presses 
était  insuffisant.  On  dut  plus  d'une  fois 
opérer  avec  de  vieilles  presses  mises  hors  de 
service,  chaque  imprimerie  ne  voulant  céder 
son  matériel  à  aucun  prix.  Les  couleurs 
étaient  introuvables,  et  pour  les  composer, 
ce  n'était  pas  trop  de  l'habileté,  des  conseils 


200    

et  de  l'active  sollicitude  de  M,  Péligot, 
membre  de  l'Institut,  chargé  de  la  surveil- 
lance des  travaux. 

Dans  tout  autre  moment,  et  avec  les  pro- 
cédés ordinaires  de  l'imprimerie,  on  aurait 
réussi  à  fabriquer  avec  la  même  perfection 
qu'à  Paris. 


VII 


Le  4  mars  1871,  M.  Lapouyade,  Direc- 
teur des  Postes  de  la  Gironde,  écrivit  à 
M.  Delebecque  : 

«  Monsieur,  j'ai  l'honneur  de  vous  aviser 
«  officiellement  que  l'Administration  a  dé- 
((  cidé  la  cessation  immédiate  de  la  fabrica- 
«  tion  des  Timbres-Poste  et  qu'en  vertu  des 
«  articles  3  et  4  de  la  convention  du  3 1 
«  octobre  dernier,  le  délai  de  10  jours  qui 
«  vous  est  accordé  à  titre  de  prorogation 
«  convenue  commencerait  à  partir  de  de- 
ce  main.  » 

Le  18  mars,  arriva  à  Bordeaux  l'ordre  dé- 
finitif de  cesser  toute  fabrication.  Toutefois 


—    202    — 


ce  fut  seulement  le  12  août  suivant  que  le 
Directeur-Général  des  Postes  fit  procéder  à 
la  destruction  de  toutes  les  matrices.  L'in- 
surrection qui  avait  tenu  Paris  en  captivité, 
pendant  deux  mois  et  demi,  avait  failli  ren- 
dre encore  nécessaire  le  recours  à  une  fa- 
brication en  dehors  de  la  capitale. 

La  fabrication  des  Timbres-Poste  avait 
duré  un  peu  moins  de  cinq  mois.  Le  tableau 
suivant  en  présente  les  résultats  i 


1    CENTIM. 

24.471.375 

20    CENTIM. 

b2.44S.17S 

2    CENTIM. 

8.882.475 

4    CENTIM. 

4.233.975 

5     CENTIM. 

6,393.825 

10   CENTIM. 

17.801.075 

30  CENTIM. 

2.935.875 

40   CENTIM. 

3.296.025 

80   CENTIM. 

2.338.575 

Chiffrei-Taaes 

15  CENTIMES 

à  percevoir 

2.588.700 

C'est  un  chiffre  total  de  125,387,075 
Timbres  produits.  Le  premier  mois  qui 
inaugure,  le  cinquième  qui  clôt  un  peu 
brusquement  ont  une  part  plus  petite. 

Nous  ne  tirons  aucune  conclusion  de  ce 
récit;  les  événements  exceptionnels  et  im- 


—  2o3  — 

prévus  y  gardent  une  trop  grande  place. 
Mais  l'épreuve  est  bonne  et  l'expérience 
acquise. 


CHAPITRE   VIII 


LE  TIMBRE-POSTE  AUXILIAIRE  DE  L'HISTOIRE 
ET  DE  LA  GÉOGRAPHIE. 


I.  Ordre  chronologique  de  l'adoption  du  Timbre- 
Poste  :  en  Europe.  —  II.  En  Afrique.  —  IIL 
En  Asie.  —  IV.  En  Océanie.  —  V.  VI.  Dans 
les  deux  Amériques. 


LE  Timbre-Poste  a  maintenant  atteint  sa 
36*  année  et  sa  fortune  est  faite,  sa  re= 
nommée  sans  reproche;  il  a  rendu  et  il  rend 
chaque  jour  les  services  les  plus  sérieux  aux 
particuliers  comme  aux  États.  Le  monde 
entier  est  devenu  son  empire.  Il  a  ses  an- 
nales historiques  et  géographiques. 

Europe. 

Contentons-nous  de  suivre  ses  progrès, 
année  par  année,  en  commençant  par  l'Eu- 
rope. 

1840.      Grande-Bretagne. 

1843.  Canton  de  Zurich. 

1844.  Canton  de  Genève. 


1845. 


i85o. 


f85i, 


—  208  — 

Finlande. 
Canton  de  Bâle. 


1848.  Russie. 
France. 

1849.  {  Bavière. 
Belgique. 
Espagne. 


Suisse. 
Toscane. 
Autriche. 
Lombardie. 
Saxe. 
Prusse. 

Schleswig-Holstein . 
Hanovre. 
Italie. 
Danemark. 
Bade. 

Wurtemberg. 
Oldenbourg. 
l  Modène. 
i852.      Tour  et  Taxis. 

(  (pour  l'Allemagne  N.  et  S.) 


—  209  — 

Brunswick. 

Etats  de  l'Eglise. 

i852.  1 

'  Pays-Bas, 

Parme, 

'   Luxembourg, 

i853. 

Portugal. 

1854. 

Norwége , 

i855. 

Brème. 
Suède. 

i856. 

Mecklembourg-Schwerin. 

Naples. 

i858.  < 

Pologne. 

Moldavie. 

'  Sicile. 

Hambourg. 

1859.  { 

Lubeck. 

Iles  Ioniennes. 

1 

[  Romagne. 

1860. 

Malte. 

1861.  , 

1 

Grèce. 

1  Ville  de  Bergedorf. 

1862. 

Livonie  (cercle  de  Wenden) 

1862. 

Moldo-Valachie. 

—    210    — 

i863.      Turquie. 

iHolstein, 
Schleswig. 
Mecklembourg-Strélitz. 

1866.  Servie, 

1867.  Héligoland. 

1868.  Allemagne  confédérée  du  Nord. 
1870,     Alsace  et  Lorraine. 

Hongrie. 


1871.  , 

Allemagne  (Empire) . 

1 874.  Monténégro. 

1875.  Islande. 

Ainsi,  en  35  années,  tous  les  Etats  de 
l'Europe,  la  Turquie  elle-même  ordinaire- 
ment rebelle  aux  institutions  européennes, 
ont  reconnu  la  nécessité  de  l'emploi  du  Tim- 
bre-Poste. Et  partout  il  a  donné  le  signal 
d'un  prodigieux  développement  des  cor- 
respondances privées,  par  l'abaissement  des 
taxes,  en  même  temps  qu'il  a  accru  les  re- 
venus produits  par  le  monopole  du  trans- 
port des  lettres. 


II 


Afrique. 

Colonies  anglaises  : 

Ile  Maurice.  (1847); 

Le  Cap  (Bonne-Espérance)  (i853); 

Ile  Sainte-Hélène  (i856); 

Port-Natal  (1857); 

Sierra-Leone  (1861); 

Gambie  (1869); 

Lagos  (1874); 

Côte-.d'Or(i875). 

Colonie  française  : 
Ile  de  la  Réunion  (i852). 


—    21  2    ™ 

Colonies  portugaises  : 

Iles  Madère  (1868); 

Iles  Açores  (1868); 

Angola  (1869); 

St. -Thomas  et  Prince  (1869), 

Colonie  espagnole  : 
Fernandô-Po  (i868).  • 

Etats  africains  : 

Libéria  (1860); 

Egypte  (1866); 

République  Sud  Afrique  (1867)  ; 

République  du  Fleuve  Orange  (1868). 


III 


Asie. 


États  asiatiques  : 

Décan  (1866); 
Kachmyr  (1866); 
Japon  (187 1)  ; 
Empire  de  Perse  (1872); 
Caboul  (1873); 
Pendjab  (1875). 

Colonies  anglaises 

Indes  anglaises  (1854); 
Ceylan  (1857); 
Hong-Kong  (1862); 


—   214   "~ 

Shanghaï  (1866); 
Malacca  (1867). 

Colonies  hollandaises 
Indes  néerlandaises  (1864), 

Colonies  portugaises  : 
Indes  portugaises  (1872). 


IV 


Océanie. 

Iles  Sandwich  ou  royaume  d'Hawaï  (i852)  ; 
Iles  Philippines,  à  l'Espagne  (1854)  ; 
Nouvelle-Zélande,  à  l'Angleterre  (i855); 
Nouvelle-Calédonie,  à  la  France  (1860); 
Sarawak  (1866)  ; 
Fidji  (1872). 

Australie  anglaise  : 

Nouvelle-Galles  du  Sud  (i85o);  . 
Victoria  (i 85 1); 

Ile  de  Tasmanie  ou  de  Van  Diemen(  1 85  3)  ; 
Australie  occidentale  {1854); 
Australie  méridionale  (i855); 
Queensland  (1861). 


Amérique  du  Nord. 


Possessions  anglaises  : 

Canada  (i85i)  ; 
Terre-Neuve  (iSSy); 
Nouveau-Brunswick  (iSSy); 
Nouvelle-Ecosse  (i858)  ; 
Prince  Edouard  (1861)  ; 
Colombie  britannique  (1861); 
Ile  Vancouver  (186  5). 

États  Américains  : 

États-Unis  d'Amérique  (1847); 
États  confédérés  d'Amérique  (18/1] 
Mexique  (1857); 
Guadalajara  (Mexique)  (1867  ; 


h 


Amérique  Centrale  : 
République  Dominicaine  {1862). 

Antilles  espagnoles  : 
Cuba  et  Porto-Rico  (i855). 

Antilles  danoises  : 

Iles  danoises  des  Indes  occidentales  j     o/- 

\  1800. 
St-Thomas,  Ste-Croix  et  St-Jean       j 

Antilles  anglaises  : 

Trinité  (i85i);  St-Vincent  (1861); 

Barbade  (1852);         Antigoa  (1862); 
Ste-Lucie  (1859);      Turques  (i863); 
Bahames  (1859);        Bermudes  (i865); 
Jamaïque  (1860);       Vierges  (1866); 
Grenade  (1860);         St-Christophe  (1870); 
Nevis  (1861);  La  Dominique  (1874). 

i  Honduras britanniqu.e(i865); 
Honduras  (1866); 
Costa-Rica  (1862)  ; 
San-Salvador  (1867); 


V  ' 


(   Nicaragua  (1 

1  Guatemala  (1871). 


VI 


Amérique  du  Sud. 


États  américains  : 

Empire  du  Brésil  (1843); 
Chili  (i852); 
Uruguay  (i856)  ; 
Pérou  (1857); 

République  Argentine  (i858); 
Buenos- Ayres  (i  858)  ; 
Corrientés  (Argentine)  (i858)  ; 
Venezuela  (1859); 
Nouvelle-Grenade  (1859)  ; 
Cordoba  (Argentine)  (1860); 
États-Unis  de  Colombie  (1862); 
Bolivar  (Colombie)  (i863); 


—   219  — 

Equateur  (i 865); 

Bolivie  (1867)  ; 

Tolima  (Colombie)  (1868?); 

Antioquia  (Colombie)  (1869?). 

Cundinamarca  (Colombie)  (1870); 

Paraguay  (1870), 

Colonies  étrangères: 

Guyane  anglaise  (i85o); 
Guyane  hollandaise  (1873); 
Curaçao,  à  la  Hollande  (1873). 


CHAPITRE  IX 


LE  TIMBRE-POSTE  DANS  LES  ETATS  DE 
L'EUROPE  OCCIDENTALE 


l.  Angleterre.  —  II.  Colonies  anglaises  en  Eu- 
rope. —  III.  France  :  Vicissitudes  des  effigies. 
—  IV.  Belgique,  Pays-Bas,  Luxembourg.  — 
V.  Suisse.  — VI.  Espagne.  Portugal. — VIL  Italie  : 
ses  révolutions  postales  suivant  ses  révolutions 
politiques. 


L'Angleterre  a  droit  à  la  première  place 
dans  cette  revue.  C'est  à  son  génie  pra- 
tique qu'est  due  la  création  du  Timbre- 
Poste;  d'autres  peut-être  y  avaient  pensé;  la 
première,  elle  l'a  adopté,  et  lui  a  donné 
son  essor.  Nous  croyons  l'avoir  prouvé  dans 
notre  étude  sur  les  origines  du  Timbre- 
Poste. 

Nous  avons  raconté  comment  parut,  au 
i3  mai  1840,  grâce  à  M.  Rowland-Hill,  le 
premier  timbre  à  un  penny,  noir;  le  mois 
de  juillet  de  la  même  année  vit  naître  le 
2  pence  ^    bleu  foncé.    L'année   1841,   en 


—    224   — 

janvier,  donna  naissance  au  timbre  d'un 
penny,  rouge,  au  2  pence,  bleu,  et  plaça  à 
cette  dernière  valeur  des  lignes  blanches 
au-dessus  et  au-dessous  de  l'effigie  de  la 
reine.  En  1842,  naissent  le  6  pence,  violet; 
le  10  pence,  brun,  et  le  i  schilling,  vert. 
L'année  i85o  se  contente  de  reprendre  les 
timbres  de  1840  et  1841.  L'année  1854 
agrandit  la  couronne  qu'on  voit  en  filigrane 
dans  les  premiers  types  et  crée  \e penny,  rouge 
amarante;  i855,  le  /\.  pence,  rose  vif,  avec 
fil  jarretière;  i856,  les  6  pence  lilas  et  le 
shilling,  vert-clair  avec  fleurs  héraldiques, 
rose,  chardon  et  trèfle;  1862  est  plus  riche 
encore  :  3  pence  rose,  4  pence  vermillon,  9 
pence,  brun-clair.  En  1867,  les  nuances 
se  multiplient  :  3  pence  rose  vif,  3  pence 
rose  pâle,  6  pence  lilas  pâle,  6 .  pence 
lilas  vif;  un  shilling  vert,  un  autre  vert- 
pâle,  un  3""^  vert-jaune;  2  pence  bleu-pâle, 
2  pence  bleu  foncé.  La  même  année  on  crée 
trois  valeurs  nouvelles  :  10  pence,  brun- 
rouge  ;  2  shillings,  bleu  ;  5  shillings,  rose; 


—    225    — 

en  1869,  paraissent  le  1/2  penny  (half  penny) 
rouge  et  le  1/2  pence,  même  couleur.  En 
1872,  le  6  pence  est  imprimé  en  brun^  cou- 
leur qui  se  trouve  modifié  en  gris-vert 
en  1873. 


i3. 


II 


Nous  retrouverons  les  timbres  de  l'Angle- 
terre dans  toutes  les  parties  du  monde  . 
Ajoutons  seulement  à  cette  première  énu- 
mération  les  variétés  qui  appartiennent  à  ses 
colonies  européennes. 

Héligoland,  cette  île  située  à  l'embou- 
chure de  l'Elbe,  dont  la  mer  ronge  sans 
cesse  les  rivages,  compte  en  1867  quatre 
timbres  à  l'effigie  de  la  reine  :  1/2  schil- 
ling vert  et  rouge;  i  schilling,  rouge  et 
vert;  2  schillings,  vert  et  rouge  ;  6  schil- 
lings, rouge  et  vert. 

Les  îles  anglo-normandes  ne  paraissent 
faire  usage  que  des  timbres  de  la  Grande- 


—    227    — 

Bretagne.  Gibraltar,  de  même,  Malte  n'en 
inaugure  l'usage  qu'en  1860  par  le  1/2 
penny  bistre  dont  la  nuance  varie  à  chaque 
tirage.  C'est  un  timbre  de  correspondance 
intérieure;  au  dehors,  on  emploie  les  tim- 
bres anglais. 

Les  Iles  Ioniennes,  rendues  au  royaume 
de  Grèce  depuis  1864,  ont  eu,  jusqu'à  cette 
année,  des  timbres  particuliers  qui  sont  au- 
jourd'hui des  souvenirs  du  protectorat  exercé 
sur  elles  par  l'Angleterre.  Ils  ont  trois  cou- 
leurs '.  jaune  pour  i  obole;  bleu  pour  2  obo- 
les; rouge  pour  4  oboles  1, 


I.  L'obole  vaut  5  centimes  i/4,  cent  oboles  font 
5  fr.  25. 


III 


La  France  a  mis  dix  ans,  à  peu  près,  à 
suivre  l'exemple  de  l'Angleterre,  et  c'est  au 
milieu  d'une  révolution  qu'elle  s'est  décidée. 
Elle  est  si  souvent  leurrée  par  les  belles  pro- 
messes que  lui  prodiguent  ses  législateurs, 
qu'elle  est  devenue  défiante. 

Le  premier  timbre  français  est  républi- 
cain... du  lendemain,  il  est  vrai;  car  la  Ré- 
publique, lorsqu'il  parut,  régnait  déjà  de- 
puis dix  mois,  mais  elle  venait  de  nommer 
Président  le  prince  qui  conspirait  déjà  pour 
l'étouffer,  l'héritier  du  César  moderne.  Ce 
timbre  portait  une  effigie  inoffensive  et  at- 
trayante; ce  n'était  pas  la  tête  au  bonnet 


—  22g  ~ 

phrygien  popularisée  par  nos  gros  sous 
encore  en  circulation  et  qui  rappelait  de 
lugubres  souvenirs;  c'était  une  figure  toute 
poétique,  sous  laquelle  on  pouvait  mettre  le 
nom  de  Liberté  ou  celui  de  République. 

Le  timbre  de  20  centimes,  noir,  émis  le 
i"  janvier  184g,  eut  aussitôt  pour  compa- 
gnon le  timbre  ai  un  franc,  vermillon.  La 
même  année  produisit,  en  août,  le  timbre 
à' un  franc,  carmin  pâle  ;  en  décembre,  le 
40  centimes  orange  et  le  timbre  à'wî  franc, 
carmin  foncé. 

L'année  suivante,  les  nécessités  du  budget 
firent  élever  la  taxe  des  lettres  simples  de  20 
à  25  centimes.  Alors,  parut  le  2  3  centimes ^ 
bleu  foncé;  et  successivement,  le  25  centimes 
bleu  clair,  le  i5  centimes  vert^  le  10  cen- 
times jaune  brunâtre.  La  couleur  de  ce  tim- 
bre étant  préparée  au  mercure,  on  fut  obligé 
de  le  changer  rapidement,  parce  que  cette 
préparation  était  nuisible  à  la  santé  des 
ouvriers. 

La  loi  du    23  mai  i85o  promettait  des 


—  23o  — 

timbres  de    5o  centimes;   l'émission  n'eut 
pas  lieu. 

La  transformation  politique  que  tout  le 
monde  prévoyait,  que  les  politiques  d'aven- 
ture appelaient  de  leurs  vœux  ,  commença 
par  l'humble  timbre-poste,  qui  n'en  pouvait 
mais.  La  belle  effigie  féminine  disparut 
pour  faire  place  au  profil  césarien;  c'était 
annoncer  que  la  République  ne  tarderait  pas 
à  être  contrainte  de  céder  la  place  à  l'Em- 
pire. Un  courtisan  désintéressé  des  tim- 
bres-poste emprunte  à  ce  propos  fort  spiri- 
tuellement le  vers  suivant  au  poëte  qui  allait 
être  l'ennemi  le  plus  irréconciliable  du  nou- 
vel usurpateur  i 

Déjà  Napoléon  perçait  sous  Bonaparte. 

Le  2  5  centimes  bleu^  à  l'effigie  du  prési- 
dent, est  du  12  août  i852  ;  le  lo  centimes 
jaune  paraît  au  mois  de  septembre  suivant. 

A  la  fin  de  la  même  année,  l'Empire  est 
fait.  Les  timbres  de  la  période  impériale  ne 
commencent    pourtant  qu'au   mois  d'août 


—   23ï     — 

1853,  avec  le  lo  centimes,  jaune.  Viennent 
successivement:  en  i853,  un  franc,  carmin 
foncé;  40  centimes,  vermillon;  i5  centimes, 
bleu;  en  1854  :  20  centimes,  bleu;  80  cen- 
times, carmin  foncé  ;  5  centimes,  vert;  en 
1860,  le  80  centimes,  carmin  clair  ;  un  cen- 
time vert-bron'^e.  En  i863,  nous  avons  : 
2  centimes,  brun;  4  centimes,  lilas,  inau- 
gurant le  type  à  l'effigie  laurée  de  l'empe- 
reur. La  série  se  complète  en  1867-68  par 
l'apparition  des  ro,  20,  3o,  40  et  80  cen- 
times. Enfin,  en  1869  paraît  le  timbre 
oblong,  lilas,  de  5  francs. 

L'Algérie  n'est  qu'une  France  africaine,  et 
elle  emploie  les  timbres  de  la  métropole.  Les 
autres  colonies  françaises  ont  leur  timbre  avec 
l'aigle  impériale  couronnée;  en  1860,  le  10 
centimes,  jaune;  /e  40  centimes,  vermillon; 
en  1862,  I  centime,  vert-bro72\e ;  5  centimes, 
vert',  en  1866,  20  centimes  bleu,  80  centimes 
carmin.  Depuis  1871  on  se  sert  des  timbres 
de  la  métropole,  mais  non  dentelés. 

L'Empire  n'était  pas  resté  longtemps  fi- 


—    232    — 

dèle  à  ses  promesses  de  paix.  L'aigle  préfère 
le  laurier  à  l'olivier  ;  on  ne  saurait  dire  pour- 
quoi. L'aigle  se  plaçait,  en  1 860,  sur  les  tim- 
bres destinés  aux  colonies.  En  souvenir  de 
deux  guerres  heureuses,  le  laurier,  à  partir 
de  i863,  orna  la  tête  de  Napoléon  IIL  La 
série  des  effigies  laurées  se  prolongea  jus- 
qu'en 1870,  sans  être  interrompue  par  nos 
malheurs  au  Mexique.  Des  désastres,  plus 
terribles,  nous  frappant  de  plus  près  y  mi- 
rent fin.  Le  laurier  manque  à  un  seul  timbre, 
au  5  centimes,  vert,  qui  a  été  gravé  et  tiré, 
mais  non  mis  en  circulation. 

La  République  a  ramené  l'effigie  de  la  Li- 
berté qui  a  partout  repris  sa  place,  dans  tous 
les  types,  sur  toutes  les  nuances,  à  toutes  les 
taxes. 


IV 


Belgique,  Pays-Bas,  Luxembourg 
et  Suisse. 


La  Belgique,  qui  n'a  pas  voulu  demeurer 
unie  aux  provinces  protestantes  des  Pays- 
Bas,  et  qui  n'aspire  pas  aussi  vivement  que 
les  uns  le  souhaitent  ou  que  d'autres  le  crai- 
gnent, à  se  fondre  dans  l'unité  française, 
adopta  le  timbre-poste,  six  mois  après  la 
France  (27  Juin  1849),  Monarchie  consti= 
tutionnelle,  elle  devait  déjà  17  années  de 
paix  et  de  prospérité  à  son  premier  roi, 
Léopold  I^^'  ;  l'effigie  de  ce  prince  parut 
d'abord  sur  deux  timbres  :  10  centimes 
briin-noir  ;  20  centimes  bleu  clair  ou  bleu 


—  234  — 

foncé.  L'année  suivante,  elle  fut  placée  dans 
un  encadrement  ovale  :  lo  centimes^  brun; 
20  centimes,   bleu;  40   centimes  rouge  et 

1  centime,  vert,  en  186 1. 

C'est  seulement  en  i863  que  les  timbres 
belges  commencent  à  présenter  une  plus 
grande  variété  :  du  timbre  vert  d'un  centime, 
nous  avons  les  nuances  :  vert,  vert  foncé, 
vert-clair^  vert-olive;  du  bistre  de  10  cen- 
times :  bistre-noir,  bistre-foncé;  du  bleu 
de  20  centimes  :  bleu  foncé,  bleu-pdle;  du 
carmin  de  40  centimes  :  carmin  pâle,  carmin 
foncé.  En  i865  paraissent  les  timbres  gra- 
vés à  Londres  :  10  centimes,  gris;  20  cen- 
times,bleu  ;  3 G  centimes,  bistre;  40  centimes, 
carmin;  i  franc,  lilas ;  de  nombreuses 
nuances  en  1866  et  1867.  En  1866  des 
timbres  aux  armoiries  :   i  centime,  gris  ; 

2  centimes,  bleu;  5  centimes,  bistre. 
L'effigie  de  Léopold  P''  est  conservée  deux 

années  entières  après  sa  mort.  Avec  celle  de 
Léopold  II  sont  émis  en  1869-70  :  10  cen- 
times., vert  ;  20  centimes,  bleu;  3o  centimes, 


—  235  — 

ambre;  40  centimes,  carmin  ;  i  franc  violet^ 
et  des  timbres  de  journaux  aux  armoiries 
de  I,  2,  5  et  8  centimes.  Après  l'émission 
de  timbres-taxes  de  13  et  20  centimes  en 
août  1870,  paraissent  en  1878  une  enve- 
loppe à  10  centimes  tt  en  1875  deux  timbres 
de  2  5  et  5 o  centimes.,  à  Teffigie  du  roi. 

Les  timbres  des  Pays-Bas  datent  du 
le'  Janvier  1 852,  et  sont  à  l'effigie  du  roi 
Guillaume  III  ;  un  cor  dans  le  papier  rap- 
pelle les  anciens  attributs  de  la  poste.  La 
taxe  est  comptée  par  cents  ;  100  cents  valent 
2  fr.  10.  Ils  présentent,  de  i852  à  1864, 
trois  nuances  de  5  cents^  bleu,  bleu  foncé, 
bleu-pâle;  deux  nuances  de  i  o  cents,  rouge  et 
rouge-vif;  deux  nuances  de  1 5  cents,  orange 
et  orange  foncé.  Les  années  1867,  1868 
et  1869,  accroissent  le  nombre  de  timbres:  5 
cents,  outremer  pâle  et  outremer  vif;  i  o  cents 
rouge  carminé  ;  i  5  centimes,  roux  et  roux 
foncé;  20  cents,  vert  et  vert  foncé;  25  cents, 
violet;  5o  cents,  or  et  or  foncé  ;  i  cent,  noir; 
2  cents,  jaune.  Les  années  1869  à  1871  ap- 


—  236  — 

portent  :  1/2  cent,  bistre;  i  cent,  vert  pâle; 
I  1/2  cent,  rose;  2  cents,  jaune;  2  1/2  cents, 
violet:  2  1/2  cents,  violet-rouge.  En  1872, 
l'effigie  du  roi  Guillaume  II î  est  placée  dans 
un  cercle  perlé  et  inaugure  le  2  î/2/lorins^ 
carmin,  centre  bleu. 

Le  Luxembourg  fait  partie  des  posses- 
sions néerlandaises;  mais  S.  M.  le  Roi  des 
Pays-Bas  n'a,  dans  le  Luxembourg,  que  le 
titre  de  Grand-Duc.  Les  premiers  timbres, 
en  i852,  portent  son  effigie.  A  partir  de 
ïSSg,  elle  est  remplacée  par  les  armes  de 
Luxembourg.  La  taxe  est  comptée  par  cen- 
times jusqu'à  I  franc,  comme  en  France  et 
en  Belgique,  sauf  pour  trois  timbres  desti- 
nés exclusivement  aux  correspondances  avec 
l'Allemagne:  1,2, 3  silbergroschen{\2  1/2, 
23  et  37  cent.  1/2). 


La  Suisse  est  liée  étroitement  à  la  France 
par  des  parties  toutes  françaises,  comme  la 
Belgique  et  le  Luxembourg.  Trois  cantons 
suisses  :  Zurich,  Genève  et  Bâle,  ont  de- 
vancé la  France  dans  l'adoption  du  timbre- 
poste.  Le  reste  de  la  confédération  helvé- 
tique n'a  suivi  l'exemple  qu'en  i85o, 

Zurich ,  en  émettant  le  premier  timbre 
suisse,  trois  ans  après  l'Angleterre  (1840- 
1843),  se  contente  modestement  de  lignes 
rouges  verticales  couvrant  tout  le  timbre. 
La  taxe  seule  distingue  le  timbre  local,  4 
centimes,  du  timbre  cantonal ,  6  centimes. 
On  comprend  quelquefois  dans  les  timbres 


—  238  — 

de  Zurich  le  timbre  dit  de  Winterthur  por- 
tant un  cor  de  postillon  avec  croix  blanche 
sur  champ  rouge  (  1 8  5  o) , 

Genève,  dans  ses  premiers  types,  garde  ses 
armoiries  :  à  droite,  une  clef;  à  gauche,  un 
aigle  couronné  (1844)  ou  non. 

Bâle  (1845)  a  de  même  sa  colombe  blan- 
che en  relief  sur  écusson  rose. 

Dès  i85o,  l'administration  fédérale  crée 
des  timbres  à  croix  blanche  sur  fond  rouge, 
mais  distingue  ceux  des  cantons  allemands 
et  ceux  des  cantons  français.  En  1854, 
elle  adopte  pour  toute  la  Suisse  un  type 
uniforme  avec  l'effigie  de  la  Liberté,  de 
face  et  à  relief.  En  i863,  les  timbres  de 
ce  type  ont  cédé  la  place  à  une  autre 
série  où  l'effigie  de  la  Liberté  est  tournée 
vers  la  gauche.  Les  couleurs  des  10  et 
3o  rappen  sont  changées  en  1869,  et  on 
émet  cette  même  année  une  valeur  nouvelle 
de  5o  rappen  et  des  enveloppes  timbrées  de 
5,  10,  25  et  3o  rappen.  En  1868  un  25  rap- 


—  239  — 

pen,  en  1874  un  2  rappen  bistre,  en  1875 
i5  rappen  jaune-serin,  viennent  augmenter 
la  série  des  timbres  en  usage.  L^emploi  des 
bandes  timbrées  commence  en  1871. 


VI 


Espagne j  Portugal. 


L'Espagne  a  suivi  de  près  la  France  et  ne 
s'est  pas  montrée  d'abord  disposée  à  rompre 
avec  la  tradition  monarchique  comme  sa 
puissante  voisine,  encore  républicaine  pour 
un  temps.  L'effigie  de  la  reine  Isabelle  II 
est  la  première  marraine  du  timbre^^poste 
espagnol;  elle  ne  varie  que  par  des  détails 
qui  n'en  amoindrissent  pas  le  respect.  En 
i850j  la  figure  est  tour  à  tour  à  gauche  ou 
à  droite  dans  un  encadrement  carré;  la  cou- 
ronne royale  et  les  larges  bandeaux  de  la 
chevelure,  laissant  apercevoir  l'oreille,  ne 
varient  guère.   En   i85i,  la  figurine  est  à 


—  241  — 

droite ,  l'encadrement  ovale ,  la  couronne 
royale  remplacée  par  une  couronne  de 
perles,  l'oreille  cachée  par  un  bandeau  plus 
large.  En  i852,  le  cadre  est  rond,  l'oreille 
continue  à  être  cachée,  le  chignon  (il  faut 
tout  dire)  est  plus  accusé  et  le  diadème  plein 
a  remplacé  la  couronne  à  fleurons.  En  i853, 
le  chignon  est  plus  petit,  l'oreille  reparaît 
et  la  couronne  royale  aussi.  Trois  autres 
effigies  de  la  reine  Isabelle  II,  ne  portant 
point  de  dates,  méritent  encore  d'être  signa- 
lées :  l'une  porte  la  couronne  de  laurier 
couverte  sur  les  côtés  par  un  bandeau  crêpé, 
le  ruban  tombant  sur  le  col  comme  dans 
les  médailles  romaines  ;  l'autre  a  la  cou- 
ronne  royale  et  une  mèche  bouclée  pendant 
sur  la  nuque  ;  la  troisième  porte  une  cou- 
ronne de  larges  bandeaux  crêpés,  un  chi- 
gnon en  torsades,  et  un  ruban  flottant  qui 
rappelle  la  médaille^ 

Dans  la  collection  des  timbres  espagnols, 
il  ne  faut  pas  croire  que  l'ours  montant  à 
l'arbreet  les  armoiriesparticulières  marquent 
H.  14 


—  242  — 

une  opposition  à  l'effigie  royale.  L'ours  ap- 
partient aux  armes  de  Madrid  et  le  timbre 
à  Tours  est  destiné  à  la  circulation  de  la 
capitale.  Les  timbres  à  armoiries  sont  à 
l'usage  de  l'administration. 

Nous  ne  nous  occupons  toujours  que  des 
timbres  de  la  Poste  aux  lettres.  Les  révolu- 
tions les  plus  triomphantes  sont  aujourd'hui 
obligées  de  compter  avec  eux.  Les  timbres 
fabriqués  à  l'avance  constituent  un  trésor 
que  les  révolutionnaires  ne  dédaignent  pas 
plus  que  celui  de  la  monnaie.  Le  radical  le 
plus  acharné  contre  une  dynastie  ne  répugne 
pas  à  faire  entrer  dans  ses  poches  le  plus 
grand  nombre  possible  des  effigies  sonnantes 
et  trébuchantes  du  souverain  régnant;  c'est 
en  cela  qu'il  se  rapproche  de  tout  le  monde. 
Les  chefs  de  la  révolution  de  1868  trouvè- 
rent un  moyen  ingénieux  de  remettre  en 
circulation  l'effigie  de  la  Reine  proscrite,  en 
frappant  le  timbre  d'une  surcharge  noire. 
Était-ce  en  signe  de  deuil  ?  Au  mot  habili- 
tado,  qui  donnait  le  nouveau  passeport,  on 


—  243  — 

ajouta  d'abord  j7or  la  Juntarevolucionaria, 
un  peu  plus  tard,  por  la  nacion. 

Cette  sage  économie  se  prolongea  jusqu'à 
la  fin  de  1869,  sans  rendre  beaucoup  de  par- 
tisans à  la  reine  déchue.  De  1870  à  1872, 
toute  une  série  de  timbres  aux  nuances  les 
plus  variées  porta  une  figure  allégorique  de 
l'Espagne.  En  1872,  l'allégorie  céda  la  place 
à  l'effigie  moins  mythologique  du  roi  Amé- 
dée  ;  mais  ce  prince  se  lassa,  avec  quelque 
raison,  de  ses  vains  efforts  pour  rendre 
l'Espagne  heureuse  malgré  elle.  La  Répu- 
blique a  eu  son  tour,  ramassant  le  fardeau 
que  le  roi  Amédée  avait  laissé  tomber. 
Un  premier  prétendant,  don  Carlos,  a  com- 
mencé à  lui  disputer  l'Espagne  ;  s'il  n'a  pas 
trouvé  tous  les  partisans  qu'il  espérait  voir 
accourir  sous  sa  bannière,  il  n'a  pas  tardé  à 
recevoir  des  offres  de  modèles  de  timbres  à 
son  eflfigie  ;  il  a  lui-même  choisi  un  type  ; 
la  fabrication  a  eu  lieu,  dit-on,  à  Rayonne. 
Ce  timbre  a  déjà  ses  contrefaçons  et  peut- 
être  son  existence  sera-t-elle   plus  longue 


—  244  — 

que  celle  du  parti  qui  l'a  enfanté  au  milieu 
de  la  guerre  civile.  Depuis,  le  tour  est  à  Sa 
Majesté  Alphonse  XII ! 

Le  Portugal,  plus  heureux  dans  son  isole- 
ment, a  vu  successivement,  sans  révolution, 
l'effigie  de  la  reine  Maria  II  (i853)  à  gau- 
che, remplacée  par  celle  de  don  Pedro  V, 
à  droite  (i855),  les  cheveux  plats,  puis 
en  i856,  les  cheveux  bouclés;  en  1862, 
effigie  du  roi  Louis  I",  à  gauche;  en  1866 
et  1871,  cette  effigie  se  retrouve  sur  les 
timbres  de  ces  émissions. 


vn 


Italie. 


Chercher  les  annales  des  timbres  italiens, 
c'est  faire  l'histoire  de  la  Péninsule  depuis 
2  5  ans;  et  jamais  période  ne  fut  plus  féconde 
en  faits  dignes  d'intérêt.  Une  simple  obser- 
vation suffit  :  au  début,  l'Italie  est  encore 
livrée  à  l'étranger  et  profondément  divisée; 
à  la  fin,  son  unité  politique  est  fondée.  Com- 
mençons donc  par  le  royaume  de  Piémont 
et  Sardaigne  et  suivons  ses  progrès. 

Nous  avons  dit  ailleurs  comment  l'Italie 
avait  failli  devenir  la  mère-patrie  du  timbre- 
poste.  La  maison  de  Savoie  avait  de  hautes  des- 
tinées pour  se  consoler  de  cet  ajournement. 


■™  246  ~ 

Elle  adoptepourtant  le  Timbre-Poste  à  la  fin 
de  i85o;  c'est  pour  cela  que  plusieurs  cata- 
logues placent  la  première  série  des  timbres 
italiens  au  1^''  janvier  i85i.  L'effigie  de  Vic- 
tor-Emmanuel est  la  première;  elle  restera 
la  dernière,  ajoutant  aux  victoires  du  champ 
de  bataille  les  victoires  souvent  plus  dura- 
bles de  la  conciliation.  Les  timbres  ne  va- 
rient que  par  la  taxe  et  la  nuance.  La  mous- 
tache guerrière  du  roi  ne  change  ni  avec 
l'âge  ni  avec  la  fortune;  la  tête  fière  et  hau- 
taine n'a  pas  pris  la  couronne  de  lauriers; 
c'est  que  Magenta  et  Solferino  ont  donné 
à  la  France  Nice  et  la  Savoie  ;  c'est  que  la 
conquête  de  Naples  a  été  faite  par  un  lieu- 
tenant aventureux;  c'est  que  la  journée 
de  Custozza  n'est  pas  la  vraie  cause  de  l'ac- 
quisition de  la  Vénétie  ;  c'est  enfin  que 
l'entrée  du  roi,  à  Rome,  heureusement,  n'est 
pas  due  à  un  exploit  guerrier. 

Rappelons  en  passant  quelques  essais 
pour  substituer  à  l'effigie  royale  une  figure 
allégorique  de  l'Italie  et  même  des  armoi- 


~  247  -^ 

ries.  La  figure  de  Victor-Emmanuel  a  paru, 
en  définitive,  suffire  à  personnifier  l'Italie 
nouvelle. 

La  Lombardie  et  la  Vénétie  ont  donc  mis 
en  usage  les  timbres  de  l'Empire  autrichien, 
l'aigle  à  deux  têtes  et  l'effigie  de  François- 
Joseph,  avant  d'entrer  dans  l'unité  italienne, 
l'une  en  iSSg,  l'autre  en  1866.  La  princi- 
pauté de  Parme  a  gardé  sa  fleur  de  lys  sur- 
montée d'une  couronne  jusqu'en  1859  et  la 
principauté  de  Modène  son  aigle  couronné. 
Le  lion  des  armoiries  de  Toscane  n'a  été 
remplacé  qu'en  1860  par  la  croix  de  Savoie, 
qui  a  elle-même  cédé  la  place  à  l'effigie  du 
roi  d'Italie. 

Les  Romagnes  ont  connu  d'abord  les  tim- 
bres des  États  de  l'Eglise  (i 852-1 860)  ;  en 
1860,  elles  ont  eu  un  timbre  provisoire  et 
bientôt  ceux  du  royaume  italien. 

A  Napies  et  en  Sicile,  on  parut  hésiter 
d'abord  à  livrer  l'effigie  du  roi  aux  coups  de 
l'oblitération,  et  les  armoiries  eurent  la  pré- 
férence. Enfin,  en  iSSg,  Ferdinand  II  con- 


—  248  — 

sentit  à  y  exposer  sa  tête.  Puis  vinrent  des 
timbres  provisoires ,  et  enfin  l'Italie  prit 
possession.  La  croix  de  Savoie  prend  succès- 
sivement  la  place  du  lion  de  Toscane,  de 
l'aigle  de  Modène ,  des  fleurs  de  lys  de 
Parme.  Mais  les  mots  poste  estensi,  pro- 
vincie  modonesi,  et  sur  une  planche  les 
traces  demeurées  des  armoiries  des  Deux- 
Siciles  sous  la  gravure  nouvelle  de  la  croix 
savoisienne,  sont  autant  de  signes  de  la 
brusque  révolution. 

Le  pape  demeurait  seul  en  présence  du 
roi  de  la  Péninsule  demandant  Rome  pour 
capitale.  Le  Timbre-Poste  pontifical  avec 
les  clefs  de  Saint-Pierre  et  la  tiare  antique 
des  vicaires  de  Jésus-Christ  protestait  contre 
l'invasion  des  timbres  italiens;  son  domaine 
se  rétrécissait  chaque  Jour;  mais  il  restait 
debout,  avec  ses  symboles  sacrés,  sans  effigie, 
comme  pour  déclarer  qu'il  n'émanait  pas 
d'une  autorité  humaine  et  périssable. 


CHAPITRE   X 


.E  TIMBRE-POSTE  DANS  L'EUROPE  DU 
CENTRE,  DU  NORD  ET  DE  L'EST 


L  Allemagne  du  Nord  et  Prusse.  —  IL  Les  Villes 
Libres.  —  IIL  Office  de  Tour  et  Taxis.  —  IV.  Alle- 
magne du  Sud.  —  V.  Suède  et  Norwége.  — 
VI.  Finlande,  Pologne,  Russie.  —  VIL  Empire 
d'Autriche.  —  VIIL  Roumanie,  Servie,  Grèce, 
Turquie. 


Allemagne  du  Nord  et  Prusse. 


L'histoire  du  Timbre-Poste  en  Allema- 
gne offre  à  l'origine  une  variété  un  peu 
confuse  qui  rappelle  la  vieille  histoire  na- 
tionale. Pour  y  mettre  un  peu  d'ordre  il 
faudrait  suivre  la  chronologie  donnée  plus 
haut.  La  géographie  nous  fait  une  loi  de 
respecter  la  distinction  établie  entre  l'Alle- 
magne du  Nord  et  l'Allemagne  du  Sud. 

La  Prusse  j  dont  les  rois  parvenus  du 
xvm^  siècle  ont  emprunté  à  Louis  XIV 
de  France  ,  le  Grand  Roi  moderne,  le 
fanatisme  du    droit    divin,   et   mis  sur   le 


\ 


—    252   — ■ 

compte  de  la  grâce  de  Dieu  les  conquêtes 
dues  à  la  force  et  à  l'intrigue,  adopte,  en 
i85o,  et  garde  jusqu'en  1860,  l'effigie  du  roi 
Guillaume  IV  avec  une  couronne  de  lau- 
riers en  filigrane,  sans  doute  pour  présager 
à  ce  prince  un  avenir  digne  de  ses  aïeux. 
En  1861,  l'effigie  royale  est  remplacée  par 
l'aigle  prussien,  à  deux  têtes. 

La  Saxe  dans  son  premier  type  (i85o)  se 
contente  d'un  chiffre  de  taxe  dans  un  carré. 
Mais,  en  face  de  la  Prusse  envahissante,  elle 
a  besoin  de  proclamer  son  entité  monar- 
chique. Dès  la  même  année,  un  autre  type 
porte  l'effigie  du  roi  Frédéric-Auguste.  Un 
3me  type,  en  1854,  porte  les  armoiries  na- 
tionales. En  i855,  l'effigie  du  roi  Jean  rem- 
place celle  de  Frédéric-Auguste.  En  1866, 
la  Saxe  est  absorbée  dans  la  confédération 
du  nord;  en  1870,  dans  le  nouvel  Empire 
allemand. 

La  Prusse  entraînait  déjà  dans  son  mou- 
vement les  petits  Etats  gravitant  autour 
d'elle.    Les  Duchés   d'Anhalt-Dessau-Bern- 


—  253  — 

bourg,  le  district  d'Allstadt  (dans  le  Grand- 
Duché  de  Saxe-Weimar) ,  la  principauté  de 
Birkenfeld  (dans  le  Grand-Duché  d'Olden- 
bourg), les  districts  de  Frankenhausen  et 
de  Schlotheim  (dans  la  principauté  de 
Schwartzbourg-Rudolstadt)  et  la  princi- 
pauté de  Waldeck,  adoptent  dès  l'origine 
les  timbres  prussiens. 

Les  Duchés  de  Schleswig-Holstein  sont 
initiés  à  l'usage  du  Timbre-Poste  par  un  gou- 
vernement insurrectionnel,  qui  adopte  na- 
turellement les  armoiries  nationales  (i85o). 
Deux  timbres,  l'un  bleu,  l'autre  rose,  aux 
lettres  S.  et  H.,  rappellent  les  noms  des  deux 
Duchés,  que  la  Prusse  aide  à  soutenir  leur 
autonomie,  en  dissimulant  sa  propre  ambi- 
tion, jusqu'en  i85i.  Ces  premiers  timbres 
sont  abolis  en  i852,  lorsque  le  Danemark 
rentre  en  possession  des  Duchés.  Les  Tim- 
bres danois  les  ont  remplacés  jusqu'en  1864. 
D'une  part ,  deux  prétendants ,  Christian 
de  Danemark  et  Frédéric  d'Augustenbourg, 

se   disputent  les  Duchés.   D'autre  part,   la 
II.  i5 


—  254  — 

Prusse  et  l'Autriche;,  trompant  les  petits 
états  allemands  et  dupes  l'une  de  l'autre, 
interviennent.  On  crée  d'abord  pour  le 
Schleswig  et  le  Holstein  des  timbres  dis- 
tincts (1864),  puis  ,  après  l'occupation 
(1865),  des  timbres  communs. 

Le  Hanovre  est  en  retard  de  trois  se- 
maines sur  la  Prusse  (3  décembre  i85o); 
mais  en  créant  ses  timbres,  il  semble  pro- 
tester contre  la  docilité  anticipée  des  petits 
Etats  qui  adoptent  d'eux-mêmes  les  tim- 
bres prussiens.  Les  premiers  types  portent 
le  nom  de  Hanovre  avec  ses  armes  en  tête 
et  au  centre,  ou  même  une  simple  couronne 
au-dessus  du  chiffre  de  la  taxe.  En  1860,  un 
type  nouveau  porte  un  cor  de  poste  sur- 
monté de  la  couronne.  De  iS5g  à  1861  , 
une  série  de  cinq  timbres,  de  valeurs  di= 
verses,  à  l'effigie  du  roi  Georges  V,  que  les 
env£loppes  portaient  déjà  en  1857  et  en 
i858.  Un  timbre  aux  armes  de  la  ville  de 
Hanovre  avec  cor  de  poste  surmonté  d'un 
trèfle,  était  destiné  au  service  de  la  capitale. 


—  255  ~ 

Il  en  est  de  même  d'un  timbre  au  cheval 
courant  qui  remplace  le  précédent. 

Ne  quittons  pas  encore  l'Allemagne  du 
Nord.  Le  Grand-Duché  d'Oldenbourg  a  ses 
armoiries,  de  i852  à  1866.  Il  en  est  de 
même  de  Mecklembourg-Schwerin  depuis 
i856  et  de  Mecklembourg-Strélitz  depuis 
1864.  Le  Duché  de  Brunswick,  depuis 
i852  ,  est  généralement  resté  fidèle  à  son 
cheval  courant,  surmonté  d'une  couronne, 
sauf  un  type  unique  en  son  genre,  qui  date 
de  i856;  c'est  un  timbre  divisé  également 
en  quatre  carrés,  portant  dans  chaque  carré 
une  couronne  et  le  chiffre  1/4,  chaque  carré 
pouvant  s'employer  isolément.  Le  cor  de 
poste  en  filigrane  accompagne  ordinaire- 
ment le  cheval  de  Brunswick. 


II 


Nous  devons  une  place  aussi  aux  villes 
libres,  auxquelles  le  Timbre-Poste  vint  of- 
frir une  occasion  de  proclamer  leur  indé- 
pendance. Hambourg,  la  reine  de  l'Elbe,  a 
son  nom  et  ses  armes,  de  iSSg  à  1868  :  un 
château-fort  surmonté  d'une  croix  entre  deux 
étoiles.  Brème  avait  devancé  Hambourg  de 
4ans  (i855),  plaçant  tour  à  tour  sa  clef  dans 
un  écusson  surmonté  d'une  couronne  ou 
dans  un  ovale.  Lubeck,  qui  régna  autrefois 
sur  la  mer  Baltique,  a  dans  ses  armes 
l'aigle  à  deux  têtes,  dont  les  serres  ne  sont 
point  armées  comme  celles  de  l'aigle  prus- 
sien. La  petite  ville  de  Bergedorf,  ancien 


—  257  ~~ 

nid  de  pirates,  s'étonne  peut-être  de  la  no- 
toriété tardive  qu'elle  doit  à  ses  timbres  ; 
possession  commune  de  Hambourg  et  de 
Lubeck,  elle  a  placé  dans  ses  timbres  moitié 
des  armes  de  chacune  de  ces  républiques,  à 
droite  la  moitié  de  l'aigle,  gardant  du  moins 
une  tête  entière,  à  gauche  une  tour  et  une 
étoile. 

La  création  des  timbres  ajoutait  une  dis- 
tinction de  plus  aux  deux  offices  qui  se  par- 
tageaient le  service  postal  à  Lubeck  :  Tour 
et-Taxis  et  office  de  Danemark;  chacun  eut 
ses  timbres  propres.  A  Hambourg  ,  de 
même  :  là,  six  offices  existaient  avec  leurs 
attributions  bien  définies  :  i"  Tour-et- 
Taxis  :  correspondance  avec  la  Belgique,  la 
France,  l'Italie,  l'Espagne,  la  Suisse  et  les 
villes  du  sud  de  l'Allemagne  ;  2°  Office  de 
Prusse ,  pour  Prusse,  Pologne  et  Russie  ; 
3°  Danemark;  4°  Suède  et  Norwége;  5°  Ha- 
novre ;  6°  Mecklembourg, 


III 


Nous  avons  expliqué  ailkurs  l'origine  et 
le  rôle  du  célèbre  office  de  Tour=et-Taxis. 
L'invention  du  Timbre-Poste  et  les  révo- 
lutions de  l'Allemagne  menaçaient  égale- 
ment son  monopole,  déjà  si  amoindri  à  la 
fin  du  XVIII®  siècle  et  au  commencement 
du  xixe. 

Au  moment  où  l'usage  du  Timbre=Poste 
tendait  à  devenir  général  en  Europe,  l'office 
de  Tour-et-Taxis  comprenait  encore  les 
Etats  suivants  : 


—  259  — 

Allemagne  du  Nord. 

Hesse-Electorale, 

Grand-Duché  de  Saxe-Weimar-Eisenach, 
Grand-Duché  de  Saxe-Altenbourg, 
Principauté  de  Lippe-Detmold, 

—  de  Schaumbourg-Lippe, 

—  de  Reuss  (branche  aînée), 

—  de  Reuss  (branche  cadette), 

~         de  Schwartzbourg-Sondershau- 


sen 


Villes  libres  de  Brème,  Hambourg,  Lubeçk. 

Allemagne  du  Sud  : 

Grand-Duché  de  Hesse-Darmstadt, 
Principauté   de    Hohenzollern-Hechingen 
(Prusse) 

—  de  Hohenzollern-Sigmaringèn 

(Prusse) 
Grand-Duché  de  Nassau, 

—  de  Saxe  -  Meiningen  -  Hild  - 

burghausen, 

—  de  Saxe-Cobourg-Gotha, 


—    200   — 

Principauté  de  Schwartzbourg-Rudolstadt, 
Landgraviat  de  Hesse-Hombourg, 
Ville  libre  de  Francfort. 

L'office  de  Tour-et-Taxis  eut  ses  timbres 
à  partir  de  i852.  L'on  n'eut  pas  l'idée 
d'y  placer  l'effigie  de  l'un  des  Princes  in- 
vestis du  monopole.  Ils  portèrent  seule- 
ment le  nom  de  l'antique  famillCo  Les 
nuances  et  les  chiffres  de  taxe  distinguèrent 
seuls  les  séries  et  les  émissions  successives 
de  i852  à  1866.  Quelque  différence  de  pa- 
pier et  d'impression,  entre  Berlin  et  Franc- 
fort, les  deux  sièges  de  fabrication,  mais 
surtour  le  Silbergroschen  et  le  Kreu^er 
marquèrent  la  séparation  entre  les  timbres 
du  nord  et  ceux  du  sud. 


IV 


Quand  nous  aurons  dit  quelques  mots  du 
Grand-Duché  de  Bade,  du  Royaume  de 
Wurtemberg  et  de  la  Bavière,  nous  en  au- 
rons lini  avec  l'Allemagne  d'hier,  c'est-à- 
dire  avec  l'Allemagne  telle  qu'elle  était 
avant  1866. 

Le  Grand-Duché  de  Bade  admet  le  Tim- 
bre-Poste par  une  loi  en  date  de  i85o,  men- 
tionnée sur  le  i*''^^  type.  De  i85i  à  1860,  on 
se  contente  d'un  double  encadrement  avec  le 
chiffre  de  taxe  dans  une  rosace.  En  1860, 
on  y  substitue  les  armes  du  Grand-Duché  : 
l'écu  couronné  et  les  deux  lions  à  tête  d'ai- 
gle. L'effigie  du  prince  régnant  n'apparaît 
que  sur  les  enveloppes  (octobre  i858). 

i5. 


—    202    — 

Le  royaume  de  Wurtemberg  n'a  aussi  au 
début  (i85i)  que  des  timbres  avec  simple 
chiffre  de  taxe  inscrit  dans  un  losange.  Les 
'  armoiries  du  royaume  :  lion  et  cerf  tenant 
un  écusson,  ne  sont  placées  d'abord  que  sur 
un  cachet  spécial  affecté  aux  lettres  dont  on 
n'a  pas  trouvé  le  destinataire.  En  iSSj, 
elles  paraissent  sur  les  timbres  proprement 
dits,  mais  sans  l'effigie  du  souverain.  L'an- 
née 1868  voit  une  nouvelle  émission  de 
timbres  avec  chiffres  de  taxe  dans  un  ovale, 
sans  armoiries.  Mais  les  cartes  de  corres- 
pondance portent  les  armoiries  (1870),  tan- 
dis que  les  enveloppes  n'ont  que  des  chiffres 
inscrits  en  couleur. 

La  Bavière,  autrefois  notre  alliée  fidèle, 
entraînée  aujourd'hui  plus  ou  moins  volon- 
tairement dans  les  passions  germaniques,  a 
des  timbres  dont  la  simplicité  est  toute  pri- 
mitive. Ses  artistes,  si  fiers  des  monuments 
et  des  musées  de  Munich,  n'ont  pas  daigné 
faire  du  timbre  une  œu\ie  d'art.  Le  premier 
type  (1849)   porte  au  centre  un  ornement 


—  263  — 

qui  disparaît  aussitôt;  ou  n'y  a  placé  que  le 
nom  du  Royaume  et  les  chiffres  de  la  taxe. 
Ce  n'est  que  i8  ans  après  que  sont  émises 
les  séries  avec  armoiries  à  relief;  on  ne  voit 
nulle  part  l'effigie  du  roi  régnant.  Mention- 
nons des  timbres  spéciaux  pour  l'armée , 
portant  l'image  d'un  soldat  bavarois,  fan- 
tassin, artilleur  ou  cavalier. 

«  Après  la  bataille  de  Sadowa,  la  Prusse 
«  s'annexe  plusieurs  États  jusqu'alors  indé- 
«  pendants  et  fonde,  avec  ceux  qui  subsis- 
«  tent  en  deçà  du  Mein,  la  Confédération  de 
«  l'Allemagne  du  nord.  De  nouveaux  tim- 
«  bres  sont  émis  le  i^"^  janvier  1868,  ayant 
«  cours  dans  tous  les  Etats  qui  font  partie  de 
((  la  Confédération.  Les  timbres  particuliers 
«  de  ces  États  sont  retirés  de  la  circulation  : 
«  par  suite ,  les  timbres  des  royaumes  de 
«  Prusse,  de  Hanovre  et  de  Saxe,  ceux  des 
«  grands-duchés  d'Oldenbourg,  de  Meck- 
«  lembourg-Schwerin  et  de  M ecklem bourg- 
ce  Strélitz,  ceux  des  duchés  de  Brunswick  et 
«  de  Schleswig-Holstein,  ceux  enfin  des  villes 


—  264  — 

«  libres  de  Brème,  Hambourg  et  Lubeck 
«  et  de  la  ville  de  Bergedorf,  disparaissent, 
oc  Toutefois  les  enveloppes  fabriquées  par 
«  plusieurs  de  ces  Etats  :  Prusse,  Saxe^ 
«  Brunswick,  Oldenbourg,  Mecklembourg- 
«  Strélitz,  continuent  momentanément  à 
«  avoir  cours ,  mais  à  la  condition  d'être 
«  surtimbrées  d'un  timbre  de  la  Confédé- 
«  ration,  témoignage  curieux  de  cette  pé- 
«  riode  de  transition.  La  Confédération  ar- 
ec chète,  en  outre,  au  prince  de  la  Tour  et 
«  Taxis  le  privilège  de  grand-maître  hé- 
«  réditaire  des  postes  allemandes ,  que  sa 
«  maison  possédait  depuis  le  xvi*  siècle,  et 
«  les  timbres  de  l'office  de  la  Tour  et  Taxis 
«  disparaissent  également. 

«  Le  18  janvier  1871,  le  roi  de  Prusse  est 
«  proclamé  empereur  d'Allemagne ,  et  de 
«  nouveaux  timbres,  aux  armes  de  l'Em- 
«  pire,  viennent  remplacer  ceux  de  la  Con- 
«  fédération  (i5  décembre  1871).  De  tous 
«  les  Etats  allemands  autres  que  l'Autriche, 
«  la  Bavière  et  le  Wurtemberg  seuls  con- 


—  265  — 

«  servent  des  timbres-poste  particuliers  ;  le 
a  grand-duc  de  Bade  affirme  son  adhésion  à 
«  la  suprématie  de  la  Prusse  en  abandon- 
«  nant  ses  propres  timbres  pour  adopter  ceux 
«  de  l'empire  d'Allemagne.  Enfin,  en  1874 
«  et  1875,  l'unification  du  système  moné- 
«  taire  de  l'empire  allemand  fait  disparaître 
«les  différences  qui  avaient  existé  jusqu'a- 
«  lors  entre  les  États  du  nord  et  les  États  du 
«  Sud,  et  une  nouvelle  émission  pour  laquelle 
«  le  mark  de  l'Empire  est  uniformément 
«  employé,  fait  faire  un  pas  de  plus  à  l'u^ 
«  nité  allemande  1.  » 

«  Il  est  à  noter  cependant  que  si  les  États 
«  compris  dans  la  Confédération  perdent  leur 
«  autonomie  en  ce  qui  concerne  les  relations 
«extérieures,  s'ils  ne  peuvent  plus  avoir 
«  de  timbres-poste  distincts,  ils  conservent 
«  leurs  droits  de  souveraineté  en  ce  qui  tou- 
«  che  notamment  la  perception  de  leurs  im- 
«  pots  respectifs.  Aussi  plusieurs  d'entre  eux 

I .  Bulletin  de  la  Société  française  de  timbrologie. 
n°  I,  1875. 


—  266  — 

«  ont-ils  conservé  ou  créé  des  timbres  fis- 
«  eaux  (royaume  de  Saxe,  grands-duchés  de 
«  Mecklembourg-Schwérin  ,  d'Oldenbourg 
(i  et  de.Hesse,  duché  de  Brunswick,  princi- 
«  pautés  de  Saxe-Cobourg-Gotha,  de  Schaum- 
«  bourg-Lippe  et  de  Schwarzbourg-  Sonder- 
«  shausen,  ville  libre  de  Brème).  » 


Danemark.  Suède  et  Norwége. 

En  Danemark,  un  modèle  à  l'effigie  royale 
et  un  autre  avec  tête  de  Mercure  sont  pro- 
posés, mais  non  adoptés  (i85o).  L'année 
suivante  inaugure  les  timbres  danois,  por- 
tant les  armes  du  Royaume  dans  un  cercle  : 
un  sceptre  et  un  glaive  croisés  et  au-dessus 
une  couronne  fermée.  Le  fond  à  Torigine 
est  sablé,  plus  tard  ondulé.  En  i  864,  le  cer- 
cle est  remplacé  par  un  ovale.  Un  seul 
type  porte  au  centre  le  chiffre  de  taxe  au 
lieu  des  armoiries. 

La  Suède  est  en  retard  sur  le  Danemark. 
De  plus,  ne  formant  qu'un   état   avec  la 


—  268  — 

Norwége,  elle  cherche  pourtant  dans  le 
Timbre  -  Poste  une  nouvelle  marque  de 
séparation  et  de  nationalité  propre.  Le  pre- 
mier type  suédois  (i855)  porte  l'écu  aux 
trois  couronnes,  surmonté  d'une  couronne 
plus  grande  et  rappelle  ainsi  le  temps  où  la 
Suède,  la  Norwége,  le  Danemark  se  réunis- 
saient sous  une  même  dynastie.  Un  deuxième 
type  porte  au  centre  l'indication  de  la  taxe 
en  toutes  lettres  ;  un  troisième,  avec  le  lion 
de  Suède  couché  auprès  d*une  couronne  à 
rayons,  ne  sert  qu'à  la  circulation  dans  la 
circonscription  d'un  bureau  de  poste. 

La  Norw^ége  paraît  avoir  précédé  la  Suède. 
Les  premiers  timbres  (1854)  ont  les  armoi- 
ries nationales  :  un  lion  armé  d'une  hache, 
dans  un  écusson  .  La  même  année  ,  un 
deuxième  type  porte  l'effigie  du  roi  Oscar  i*"". 
En  186 3,  on  revient  au  lion  armé  dans  un 
écusson. 

A  côté  des  timbres  publics,  se  rencontrent 
en  Norwége,  un  grand  nombre  de  timbres 
particuliers.  La  poste  de  l'Etat  ne  remet  pas 


—  269  —- 

les  lettres  à  domicile;  des  postes  privées 
prennent  ce  soin  dans  les  grandes  villes  et 
elles  ont  leurs  timbres  sous  le  nom  de  Bu- 
reaux supplémentaires. 


VI 


Finlande,  Pologne  et  Russie. 

Dans  l'immense  empire  de  la  Russie  où 
tant  de  nationalités  s'agitent  encore,  l'usage 
du  Timbre- Poste  était  une  bien  modeste 
occasion  de  protester  contre  l'unité  accep- 
tée ou  subie. 

La  Finlande  précède  la  Russie  dans  cette 
innovation  (i856)  et  sur  ses  timbres  place 
ses  armoiries  :  le  lion  dans  un  écusson  sur- 
monté d'une  couronne  fermée;  au-dessous 
viennent  s'ajouter  deux  petits  cornets  de 
poste  croisés  ;  ils  sont  supprimés  dans  le  type 
de  1860.  Dès  l'année  1845,  la  Finlande 
avait  des  enveloppes-poste,  dont  le  timbre 


■—271   — 

portait  le  même  écusson,  au-dessus  une 
couronne  fermée,  de  chaque  côté  un  grand 
cornet  de  poste. 

Les  timbres  de  Pologne,  dans  leur  courte 
existence,  ont  vu  les  dernières  années  oîi  une 
nation  malheureuse ,  gardant  encore  son 
nom,  sa  langue,  un  simulacre  d'institu- 
tions nationales,  pouvait  espérer  un  avenir 
meilleur.  Les  armoiries  de  i858,  pour  la 
poste  locale  de  Varsovie;  celles  de  1860, 
pour  le  dehors  ne  diffèrent  pourtant  que  fort 
peu,  avec  l'aigle  à  deux  têtes,  des  timbres 
russes.  A  partir  du  i3  février  i865,  la  poste 
de  Varsovie  est  supprimée. 

La  province  de  Livonie  (cercle  de  Wen- 
den)  a  également  ses  timbres  avec  griffon 
dans  un  ovale  (1864)  et  avec  un  bras  armé 
d'une  épée  (1872), 

Les  armoiries  du  premier  type  russe  (1857) 
l'aigle  en  blanc,  dans  un  ovale,  au-dessous 
deux  cornets  de  poste  ,  le  tout  au  milieu  du 
manteau  surmonté  de  la  couronne  impé- 
riale ,  ne  diffèrent  pas  du  type  de  Varsovie 


—    272    — 

qui  est  postérieur  (1860).  Deux  autres  mo- 
dèles, avec  couronne  au-dessus  des  deux  tê- 
tes de  l'aigle,  un  écusson  sur  sa  poitrine,  3 
petits  écussons  sur  chacune  de  ses  ailes,  au- 
dessous  deux  cornets  liés  et  enlacés,  en  dif- 
fèrent un  peu  plus.  La  queue  de  l'aigle  en 
éventail  crée  une  variété  dans  les  envelop- 
pes, où  les  armoiries  sont  les  mêmes,  d'ail- 
leurs, que  sur  les  timbres-poste,  les  cartes 
de  correspondance  et  les  timbres-télégraphe. 

Un  grand  nombre  de  postes  locales,  dans 
toute  la  Russie,  ont  leurs  timbres  particu- 
liers, la  plupart,  comme  ceux  de  Finlande, 
aux  armoiries  des  provinces  ou  des  grandes 
villes,  ou  bien  portant  des  signes  symboli- 
ques. Mentionnons,  à  titre  de  curiosités,  la 
gerbe  de  blé,  le  râteau  et  la  faux  de  Gherson; 
le  livre  ouvert,  les  gerbes,  la  faux  et  les  plu- 
mes enlacées  d'Elisavetgrad;  le  Saint-Geor- 
ges à  cheval  de  Bogorodsk  ;  la  ruche  et  les 
abeilles  de  Tambofî,  le  cavalier  fumant  de 
Meiitopol. 

Remarque  importante  :  l'effigie  du  Tzar 


27^    — 

n'apparaît  sur  aucun  timbre.  Le  culte  dont 
la  personne  impériale  est  l'objet  se  concilie- 
rait peu  avec  les  usages  profanes  de  la  poste. 
Il  y  a  en  Russie  une  énorme  quantité  de 
timbres  locaux  dont  l'histoire  vient  d'être 
écrite  par  M.Samuel  Koprowski. 


vu 


Empire  d'Autriche. 


L'administration  supérieure  autrichienne 
semble  avoir  partagé  d'abord  les  scrupules  de 
Saint-Pétersbourg  et  de  Naples  au  sujet  de 
l'effigie  impériale  ou  royale.  Les  premiers 
timbres-poste  ne  portent  que  les  armoiries  de 
l'Empire,  avec  l'aigle  à  deux  têtes.  Les  tim- 
bres pour  journaux  portent  une  tête  de  Mer- 
cure. C'est  seulement  en  i858  que  l'image 
de  François-Joseph  I®''  est  confiée  aux  tim- 
bres. Nous  l'y  retrouvons  dans  toutes  les 
émissions  jusqu'à  nos  jours,  tour  à  tour  à 
droite  ou  à  gauche,  malgré  un  retour  mo- 
mentané  aux  armoiries  et  à  l'aigle  (i863 


—  275  — 

et  1864).  La  tête  de  Mercure  reparaît  aussi 
en  i865  et  1867  sur  les  timbres  à  journaux, 
concurremment  avec  l'aigle  à  deux  têtes.  Les 
enveloppes  qui  ne  datent  que  de  1861,  ont 
indifféremment  l'effigie    ou  les   armoiries. 

La  principauté  de  Lichtenstein  fait  usage 
des  timbres  autrichiens. 

En  1868  et  1871,  des  timbres  spéciaux 
sont  créés  pour  le  royaume  de  Hongrie  et 
les  confins  militaires  ,  en  consécration  du 
nouveau  régime  politique  établi  depuis 
1867. 


VIII 
Roumanie,  Servie ,  Grèce  et  Turquie. 

L'Europe  orientale  est  lente  à  recevoir 
l'influence  de  la  civilisation  occidentale , 
comme  si  elle  penchait  encore  vers  l'Asie. 

Les  principautés  roumaines,  qui  se  tour^ 
nent  volontiers  vers  l'Italie  pour  rappeler 
l'origine  de  leur  race  et  vers  la  France  pour 
s'inspirer  de  son  esprit  généreux,  ont  com- 
mencé le  mouvement. 

La  Moldavie  a  eu  d'abord  ses  timbres  par^» 
ticuliers.  Elle  y  mit  ses  armoiries  :  une  tête 
de  taureau,  cornes  presque  droites,  oreilles 
redressées,  une  étoile  à  cinq  rayons  au-dessus, 
un  cor  de  poste  en  bas  (i858);;  le  tout  dans 
un  cercle.  Un  autre  type  porte  ces  armoiries 
dans  un  rectangle  (1858-62). 


—  277  — 

Au  25  juin  1862,  paraissent  les  timbres 
des  Principautés-Unies  :  l'aigle  de  Valachie 
prend  place  à  droite  de  la  tête  du  taureau 
moldave.  Parmi  les  essais  on  voit  figurer  un 
lion  dans  un  écusson  et  un  aigle  dans  un 
ovale.  En  i865,  le  prince  Couza  profite  de 
sa  souveraineté  passagère  pour  imiter  les  sou- 
verains débonnaires  qui  ne  craignent  pas  de 
livrer  leur  effigie  à  l'oblitération  postale  ou 
qui  se  plaisent  à  la  voir  répandue  en  tous 
lieux  par  une  monnaie  peu  dispendieuse.  En 
1866,  le  prince  Charles  de  HohenzoUern 
prend  la  place  et  la  garde  plus  longtemps. 
Une  dynastie  commence  peut-être. 

Les  timbres  de  Servie  ne  datent  que  de 
1866.  Les  premiers  portent  des  armoiries 
dans  un  cercle  :  écusson  et  croix  blanche. 
L'inscription  est  en  langue  russe.  La  même 
année,  un  autre  type  porte  l'effigie  de  Mi- 
chel Obrenovitch  III  et  l'inscription  est  en- 
core en  russe.  En  i86g,  le  prince  Milan 
succède  à  Michel  Obrenovitch  et  son  profil 

apparaît  sur  |es  timbres-posle. 

II.  16 


—  278  — 

La  Grèce  demande  d'abord  à  la  France  de 
lui  graver  ses  timbres  (1861)  et  elle  y  prend 
l'effigie  de  Mercure.  Le  premier  tirage  vient 
de  Paris.  Il  a  été  confié  depuis  à  l'industrie 
nationale.  En  1864,  l'effigie  du  jeune  roi 
arrivé  de  Danemark,  Georges  P%  est  pro- 
posée pour  remplacer  la  tête  du  Dieu  Mer- 
cure, qui  joue  aussi  dans  cette  modeste 
histoire  le  rôle  de  prétendant  à  plus  d'un 
trône  postal. 

La  Turquie  accueille  enfin  le  timbre- 
poste  en  i863.  Elle  se  garde  d'y  compro- 
mettre l'effigie  sainte  du  commandeur  des 
croyants,  mais  elle  y  met  son  nom.  En  1864, 
les  timbres  portent  un  croissant  surmonté 
d'une  étoile,  dans  un  ovale  :  les  uns,  pour 
la  circulation  générale,  portent  l'inscription  : 
Poste,  Empire  ottoman;  les  autres  (i865), 
pour  la  capitale  et  ses  faubourgs  :  poste  lo- 
cale. En  1866,  paraissent  des  timbres  de 
service  mixte. 

Si  de  la  Turquie  d'Europe  nous  passons  à 
la  Turquie  d'Asie,  nous  y  trouvons  la  poste 


—  279  — 

à  l'état  rudimentaire .  L'antiquité  était 
plus  avancée.  Les  gouvernements  qui  sub- 
ventionnent les  lignes  de  steamers  pour 
l'Orient  ont  des  bureaux  de  poste  spé- 
ciaux. C'est  ainsi  que  Jaffa  possède  trois  bu- 
reaux européens  :  français,  autrichien  et 
russe. 

Les  correspondances  d'un  port  à  l'autre  se 
font  en  général  par  la  poste  autrichienne, 
aussi  régulière  que  la  poste  française  et  de 
beaucoup  moins  dispendieuse.  Le  coût  d'une 
lettre  de  i5  grammes,  d'un  point  de  la  côte 
turque  à  l'autre  est  de  2  5  centimes,  et  par  la 
poste  française  lo  grammes  paient  40  cen= 
îimes. 

Dans  aucun  cas,  l'affranchissement  n'est 
obligatoire.  Le  prix  par  10  grammes  est  de 
80  centimes  à  destination  de  France,  et  de 
37  1/2,  par  i5  grammes,  pour  l'Autriche  et 
l'Allemagne. 

Bien  que  la  poste  française  ait  abaissé  à 
60  centimes  le  transport  des  lettres  pour  l'I- 
talie, la  Belgique  et  l'Angleterre,  les  prix 


—  28o 


de  la  poste  autrichienne  sont  encore  plus 
réduits  :  Sa  taxe  est  de  5o  centimes,  même 
pour  les  correspondances  de  l'Amérique  qui 
prennent  la  voie  allemande. 


CHAPITRE  XI 

LE  TIMBRE-POSTE  EN  AFRIQUE,  EN  OCÉANIE 
ET  DANS  LES  DEUX  AMÉRIQUES. 


L  Le  Timbre -Poste  suit  la  civilisation.  — 
IL  États  et  Colonies  de  l'Afrique.  —  III.  États 
et  Colonies  de  l'Asie.  —  IV.  États  et  Colonies 
de  rOcéanie.  —  V.  .Amérique  du  Nord.  — 
VI.  Amérique  du   Sud. 


i6. 


LA  Méditerranée  n'est  qu'un  fossé  creusé 
entre  l'Europe  méridionale  et  l'Afrique. 
Ce  fossé,  les  peuples  de  la  Péninsule  hispa- 
nique, ceux  de  la  France,  de  l'Italie,  de  la 
Grèce,  l'ont  franchi  de  tous  temps  et  le  fran- 
chissent chaque  jour.  Le  Timbre-Poste  les 
y  a  suivis  en  attendant  qu'il  s'y  fît  des  sujets 
indigènes.  Sans  doute  il  n'y  a  pas  encore 
une  variété  aussi  grande  qu'en  Europe;  on 
y  acquiert  cependant  à  sa  suite  plus  d'un 
enseignement. 

Voyez  quels  liens  étroits  le  rattachent  à 
la  civilisation.  Il  ne  trouve  aucune  place 
dans  les  Etats  en  décadence,  tombés  dans 


—  284  — 

un  engourdissement  mortel.  Partout  oîi 
s'agitent  l'activité  et  le  génie  de  Thomme,  il 
se  transforme,  il  se  multiplie.  Les  collec- 
tions du  vieux  monde  ne  vivent  guère  que 
d'emprunts  à  l'Europe.  Mais  quelle  richesse 
éclate  dans  les  sociétés  Jeunes,  industrieuses, 
fécondes  des  deux  Amériques  et  de  l'Aus- 
tralie. 
Ce  spectacle  n'est  pas  sans  intérêt. 


II 


États  et  Colonies  de  l'Afrique .. 


L'Egypte  ,  qui  se  vante  d'avoir  été  le 
théâtre  de  la  plus  vieille  civilisation  du 
monde,  a  pu  renouer  ses  rapports  quoti- 
diens avec  l'Europe  depuis  qu'un  Français 
lui  a  rendu  la  route  de  l'Inde,  Le  vice-roi, 
qui  voudrait  bien  s'affranchir  de  la  suze- 
raineté onéreuse  des  Turcs  Ottomans,  ne 
pouvait  pas  songer  plus  que  le  Sultan  à  po- 
pulariser son  effigie  par  le  Timbre.  Il  a  fait 
graver  sur  les  timbres  égyptiens  la  solen- 
nelle image  des  Pyramides  (1866);  on  y 
ajoute  en  1872  une  étoile  et  un  croissant. 
Parmi  les  essais  on  remarque  un  sphinx  avec 


—  286  — 

étoile  et  croissant;  une  étoile  à  cinq  bran- 
ches dans  un  ovale  perlé;  deux  étoiles  à  qua- 
tre branches  dans  un  cercle  perlé. 

Les  régences  de  Tunis  et  de  Tripoli,  et 
l'Empire  du  Maroc  ne  paraissent  pas  avoir 
songé  à  secouer  l'apathie  indolente  de  l'Isla- 
misme, pour  faire  accueil  au  Timbre-Poste. 
Il  s'agite  trop  pour  ces  races  endormies  :  un 
bon  croyant  n'écrit  pas  ;  tout  est  écrit  d'a- 
vance au  livre  de  la  destinée. 

L'Algérie,  plus  heureuse,  devient  peu  à 
peu  une  France  africaine  et  elle  a  pris  les 
timbres  de  la  métropole  triomphante.  Le 
Sénégal,  plus  éloigné,  y  a  trouvé  les  mêmes 
avantages  ;  File  Bourbon  ou  de  la  Réunion 
a  eu  d'abord  un  timbre  à  son  nom. 

Les  Portugais,  premiers  explorateurs  des 
côtes  africaines  baignées  par  l'Atlantique  et 
par  l'océan  Indien,  portent  aussi  leurs  tim- 
bres de  Lisbonne  aux  comptoirs  qui  leur 
restent  :  à  Madère^  aux  Açores,  à  Angola, 
à  St-Thomas  et  à  Prince. 

Les  colonies  anglaises  d'Afrique  renouvel- 


—  287  — 

lent  chacune  à  leur  façon  les  variétés  du 
culte  rendu  à  la  reine  Victoria  :  Sierra- 
Leone,  tête  de  la  Reine;  Ste-Hélène,  même 
type  avec  le  nom  de  l'Ile;  Port-Natal,  buste 
couronné;  Ile  Maurice,  tête  avec  diadème, 
tête  avec  un  simple  cercle  et  un  autre  type  : 
Britannia  assise.  Le  Gap  a  préféré  l'image 
mythologique  sortie,  dit-on,  de  la  boîte  de 
Pandore  :  l'Espérance  !  Gambie  ,  Lagos  ;, 
Gôte-d'Or,  ont  l'effigie  de  la  reine  Victoria. 

Libéria,  le  petit  Etat  fondé  sur  la  côte  de 
Guinée  par  la  société  philanthropique  de 
Philadelphie,  s'est  souvenu  de  son  origine  : 
l'effigie  de  la  Liberté  placée  sur  ses  timbres  est 
d'un  heureux  augure  pour  l'affranchissement 
de  la  race  noire,  et  le  vaisseau  qui  s'y  joint 
est  un  hommage  de  reconnaissance  à  l'Amé- 
rique,/apatriant  les  victimes  delà  traite! 

Le  sultan  de  Zanzibar  a  voulu  visiter 
l'Europe  cette  année,  comme  les  souverains 
de  Perse  et  de  Turquie  l'ont  fait  naguère  ; 
espérons  qu'il  aura  remarqué  les  bienfaits  du 
Timbre- Poste  et  qu'il  voudra  en  doter  ses 


sujets.  Si  sa  religion  lui  interdit  l'effigie  hu- 
maine, qu'il  adopte  l'image  de  quelque  ani- 
mal précieux  du  désert.  Les  rois  trop  nom- 
breux du  Soudan  et  de  l'Afrique  australe 
en  seront  jaloux.  Et  bientôt  un  nouveau  Li- 
vingstone  ira  propager  le  timbre-poste  chez 
les  Tibbous,  les  Touaregs,  les  Mandingues 
et  les  Makololo. 


III 


Asie. 


Si  de  l'Europe  nous  passons  en  Asie,  nous 
retrouvons  d'abord  les  Timbres  turcs  dans 
laTurquie  asiatique,  les  timbres  russes,  dans 
les  provinces  caucasiennes  et  dans  la  Sibérie, 
où  ils  suivent  les  progrès  de  l'aigle  russe  jus- 
qu'aux portes  de  Tlnde  et  de  la  Chine. 

Le  souverain  de  la  Perse,  héritier  des 
grands  rois,  a-t-il  gardé  bon  souvenir  de  son 
voyage  en  Europe?  Le  timbre-poste  n'ob- 
tient qu'en  1872  l'entrée  dans  ses  états.  On 
croit  que  certains  essais  remontent  jusqu'en 
i865,  avant  le  voyage.  Le  Timbre-Poste  de 
1872  porte,  dans  un  cercle  perlé,  un  lion 
II.  17 


—  290  — 

tenant  un  cimeterre.  A  Caboul  (1873),  on 
prend  la  tête  de  tigre. 

L'Inde  a  le  timbre  de  Kachmyr  (1866), 
comme  un  dernier  vestige  d'indépendance. 
Partout  ailleurs,  les  timbres  anglais  offrent 
sans  cesse  aux  indigènes  l'image  de  la  reine 
Victoria,  Indes  (1854).  Ceylan  (1857).  Ma- 
lacca  (1867).  Hong-Kong  (1862),  la  porte 
jusqu'au  seuil  de  l'Empire  chinois.  Shan- 
ghaï la  remplace  par  un  dragon. 

Le  Japon,  si  prompt  à  imiter  la  civilisa- 
tion européenne,  a  ses  timbres  en  1871  :  la 
valeur  est  indiquée  en  caractères  chinois 
dans  un  cadre  grec.  Un  type  de  1872  porte 
les  armes  du  mikado  (branches  de  chrysan- 
thème). 


IV 


Océanie . 


Même  spectacle  en  Océanie.  Partout  le 
Timbre-Poste  atteste  par  sa  pre'sence  l'acti- 
vité des  colons  européens  ou  les  progrès  des 
indigènes. 

Les  Iles  Philippines  restent  fidèles  à 
l'effigie  couronnée  de  la  reine  Isabelle  II, 
1854-70,  et  suivent  depuis  la  fortune  de 
l'Espagne. 

LTnde  Néerlandaise  (Sumatra,  Java)  s'in-= 
cline  avec  plus  ou  moins  de  docilité  de- 
vant l'effigie  du  roi  des  Pays-Bas  (1864). 

La  Nouvelle-Calédonie  reçoit  les  timbres 
français. 

Le  royaume  des  Iles  Sandwich  ou  d'Ha- 


—  292  — 

waii  a  ses  timbres  depuis  i852  et  y  compte 
déjà  sept  effigies  successives,  trois  du  même 
nom,  Kaméhamélia  III,  Kaméhaméha  IV, 
Kaméhaméha  V,  prince  Leieiohoku,  prin- 
cesse V.  Kamamalu,  roi  Kalakama^  et  gou- 
verneur Kekuanavo.  Heureux  peuple  chez 
qui  le  fils  succède  à  son  père,  sur  le  trône, 
comme  dans  la  chaumière,  ainsi  que  le  de- 
mandait en  France  un  vœu  célèbre,  qui  n'a 
pas  été  exaucé.  Le  Directeur  des  Postes 
d'Hawaii  a  dû  récemment  admirer  la  science 
de  nos  Timbrologues  :  on  lui  a  signalé  d'ici 
une  lacune  dans  la  collection  dite  complète 
qu'il  avait  gracieusement  envoyée  à  Paris. 

L'effigie  de  la  reine  Victoria  domine  dans 
toutes  les  colonies  australiennes  :  Qiieens^ 
land,  buste  couronné;  Noiivelle-Galles  du 
Sud,  tête  avec  couronne  de  lauriers  (i852), 
buste  avec  couronne  et  sceptre  (1861),  tête 
avec  guirlande  (1864)  ;  Etat  de  Victoria,  la 
reine  à  mi -corps  (i85o);  la  reine  assise 
sur  un  trône  (i852),  la  tête  couronnée,  en 
cercle  ou  en  ovale  (18 58),  tête  avec  couronne 


—  293  — 

de  lauriers  (i863);  Australie  méridionale 
tête  à  gauche  (i855). 

V Australie  occidentale  est  le  seul  Etat 
qui  ait  mis  sur  ses  timbres  une  sorte  d'ar- 
moiries :  le  cygne  australien.  Un  timbre  de 
la  Nouvelle-Galles  du  Sud  portant  une  vue 
de  Sydney,  et  le  St-Georges  à  cheval  de  Tas- 
manie  sont  également  de  rares  exceptions 
dans  le  groupe  d'Australie.  L'île  de  Tas- 
manie  ou  de  Van  Diemen,  qui  semble  à 
peine  détachée  du  troisième  continent,  a  par- 
tout l'effigie  de  la  Reine;  le  St-Georges  à  che- 
val n'est  qu'un  timbre  de  commerce. 

En  prenant  possession  des  îles  Fidji,  l'An- 
gleterre substitue,  en  attendant  mieux,  les 
lettres  V.  R.  (Victoria  Regina),  à  celles  G.  R. 
(Cakobau  Rex). 

Le  timbre  de  la  Nouvelle-Zélande  avec 
le  buste  de  la  Reine  complète  le  groupe  des 
timbres  anglais  en  Océanie. 


V 


Amérique  du  Nord. 

Voyez  avec  quel  art  ingénieux  le  Timbre- 
Poste  pousse  aux  études  géographiques. 
Nous  voilà  en  Amérique.  Nous  venons  de 
rire  à  l'idée  que  les  Makololo  de  l'Afrique 
australe  seraient  un  jour  convertis  à  la  Poste 
et  à  ses  timbres.  Qui  eût  dit,  au  temps  où 
Christophe-Colomb  aborda  sur  les  rivages 
du  Nouveau-Monde,  que  les  descendants  des 
Caraïbes,  des  Aztèques  et  des  Peaux-Rouges 
correspondraient  un  jour  avec  l'Ancien- 
Monde,  par  lettres  affranchies  et  par  télé- 
grammes avec  réponse  payée? 

C'est  à  peine  si  l'Europe  présente  des  col- 
lections plus  variées  que  celles  de  l'Ame- 


—  295  -— 

rique  du  Nord  et  de  l'Amérique  du  Sud,  y 
compris  leurs  grandes  îles. 

Nous  y  retrouvons  d'abord  les  tim^bres 
des  Anglais,  qui  témoignent  ici,  comme  en 
Asie ,  de  l'étendue  de  leur  domination. 
Terre-Neuve,  de  iSSy  à  1864,  se  contente 
d'une  couronne  entourée  de  fleurs  ou  d'une 
feuille  de  trèfle  et  d'un  chardon  en  bouquet  ; 
en  1866,  elle  a  des  timbres  à  l'effigie  de  la 
reine,  à  gauche  et  de  face,  et  un  seul  avec 
celle  du  prince  de  Galles.  Le  Nouveau- 
Brunswick  a  tour  à  tour  la  tête  de  la  reine 
couronnée  ou  le  buste  du  prince  de  Galles 
en  costume  écossais.  Plusieurs  timbres  por- 
tent une  locomotive,  un  bateau  à  vapeur,  etc. 
La  Nouvelle-Ecosse,  comme  l'île  du  prince 
Edouard,  garde  la  tête  de  la  reine,  sauf  les 
timbres  de  iSSy,  portant  une  couronne  en- 
tourée de  quatre  étoiles.  Le  Canada  sait 
plaire  à  la  reine,  en  plaçant  à  côté  de  son 
buste  celui  du  prince  Albert  ;  mais  il  se  sert 
aussi  de  l'effigie  de  Cartier  pour  rappeler  la 
découverte  de  son  territoire,  et  du  castor, 


—  2g6  — 

pour  faire  allusion  au  produit  qui  l'enri- 
chissait jadis. 

La  colonie  Britannique  et  l'île  Vancouver 
s'en  tiennent  à  l'image  de  la  reine  ;  un 
timbre  de  i865  ne  porte  pourtant  qu'un 
V  gothique,  surmonté  d'une  couronne.  Les 
îles  Bermudes  ont  la  tête  de  la  reine. 

Les  États-Unis  ont  porté  dans  leurs  tim- 
bres l'esprit  de  leurs  institutions  ;  ils  ont 
voulu ,  par  cette  circulation  incessante , 
placer  sous  les  yeux  du  public  les  portraits 
des  grands  citoyens  dont  s'honore  la  patrie 
commune.  Washington,  Franklin,  les  fon- 
dateurs de  l'indépendance,  y  ont  la  première 
place;  Jeflferson,  Andrew  Jackson,  dont  le 
dévouement  affermit  les  libertés  publiques, 
viennent  après  eux.  Un  timbre  honore  la 
mémoire  de  Lincoln,  le  sauveur  de  l'Union. 
Les  timbres  des  Etats  rebelles,  qui  appar- 
tiennent aujourd'hui  à  l'archéologie,  essayè- 
rent de  donner  la  même  popularité  à  Davis, 
leur  président,  et  à  d'autres  encore. 

La  République  du  Mexique,  de  i855  à 


—  297  — 

1864,  n'a  connu  que  l'image  du  curé  Hi- 
dalgo. En  1864,  un  prince  soutenu  par  une 
politique  imprudente  modifiait  ses  armoi- 
ries en  couronnant  Vaigle  tenant  un  ser- 
pent. L'anne'e  1866  y  vit  substituer  la  tête 
de  l'empereur  Maximilien  :  triste  symbole, 
cette  fois  ;  c'était  sa  vie  que  le  prince  allait 
donner  au  Mexique  soulevé  contre  l'étranger, 

L'Amérique  centrale  qui  comprend  les 
Antilles  révèle  sa  vanité  politique  et  géogra- 
phique. Cuba  reçoit  comme  Porto-Rico  l'ef- 
figie de  Isabelle  II  frappée  de  l'éphémère /7<i!- 
bilitado  de  la  République.  La  Jamaïque , 
Antigoa,  Sainte-Lucie,  Saint- Vincent,  Baha- 
mas,  Grenade,  Turques,  Saint-Christophe, 
ont  l'image  de  la  reine  Victoria. 

Névis  porte  trois  figures  de  femmes  au 
fond  d'une  cascade;  les  îles  Vierges,  une 
femme  tenant  en  main  une  fleur  de  lys;  la 
Barbade,  la  Trinité,  une  Britannia  assise. 
Saint-Thomas,  Sainte-Croix  élèvent  dans  ces 
contrées  lointaines  l'écusson  du  Danemark; 
Curaçao  a  l'effigie  du  roi  des  Pays-Bas. 

17- 


—  298  — 

Les  Républiques  de  la  longue  et  étroite 
bande  de  terre  qui  sépare  les  deux  Améri- 
ques montrent  les  fières  montagnes  dont 
cette  barrière  est  formée.  Le  Honduras,  qui 
voit  à  côté  de  lui  le  timbre  britannique  de 
Balise,  porte  ses  armes  sur  un  écu  ovale. 
Nicaragua  montre  ses  montagnes  dans  l'es- 
pace. Costa-Rica  ajoute  aux  montagnes  la 
mer  et  des  vaisseaux.  San-Salvador  présente 
un  volcan  surmonté  de  1 1  étoiles.  Guate- 
mala porte  ses  armoiries  (1871). 


VI 


Amérique  du  Sud. 


L'Amérique  du  Sud  approche.  Panama 
et  son  isthme  ont  rompu  les  liens  qui  les 
attachaient  à  la  Nouvelle -Grenade  pour 
fonder  les  États-Unis  de  Colombie.  Les 
timbres  du  nouvel  état  et  de  ses  neuf  pro- 
vinces portent  ses  armes  avec  neuf  étoiles 
réparties  en  haut  et  en  bas.  La  Nouvelle- 
Grenade  a  aussi  ses  armoiries.  Venezuela 
surmonte  tour  à  tour  les  siennes  d'une 
corne  d'abondance,  de  deux  cornes  ou  d'un 
aigle  avec  sept  étoiles.  La  Guyane  anglaise 
préfère  un  vaisseau  entouré  d'une  jarretière 
et  sa  devise  fameuse  :  petinnisque  damus- 


• —  3oo  — 

que  vîcîssim.  La  Guyane  hollandaise  a 
l'effigie  du  roi  des  Pays-Bas.  La  Guyane 
française  emploie  les  timbres  de  France. 

Le  Brésil  monarchique  a  des  timbres 
nombreux,  dès  1843  et  1844,  et  pourtant  il 
n'y  place  l'effigie  de  son  souverain  qu'en 
1866.  Un  lama,  un  arbre,  des  drapeaux,  la 
corne  d'abondance,  donnent  une  grande 
variété  à  l'écusson  de  la  République  du 
Pérou. 

La  République  de  l'Equateur  surmonte 
son  écusson  d'un  aigle  et  l'orne  de  drapeaux, 

La  République  de  Bolivie  a  pour  premier 
type  un  aigle  dans  un  ovale.  En  1868  l'aigle, 
l'oiseau  monstrueux  qui  plane  au-dessus  des 
Cordillières,  vient  surmonter  |les  armoiries 
(un  lama  prêt  à  gravir  les  hautes  Cordil- 
lières). Si  Madagascar  a  jamais  des  timbres, 
l'Épiornis  en  sera  l'image  symbolique. 

Le  Chili  rend  hommage  à  la  mémoire  de 
Christophe  Colomb,  comme  les  États-Unis 
à  celle  de  Franklin  ou  de  Washington.  Les 
timbres  chiliens  propagent  une  image  plus 


—  3oi  — 

ou  moins  authentique   du    navigateur    de 
génie  qui  découvrit  l'Amérique, 

La  République  Argentine,  qui  étend  en 
ce  moment  ses  lignes  télégraphiques  d'un 
océan  à  l'autre,  en  franchissant  les  Andes 
inaccessibles  du  Chili  et  les  Pampas  de 
l'Amérique  australe,  a  des  timbres  depuis 
i858;  elle  y  place  d'abord  ses  armoiries  avec 
un  soleil  levant,  et  le  bonnet  phrygien  au 
bout  d'une  perche;  en  1864,  elle  s'incline 
devant  l'effigie  de  son  président  Alphonse 
Rivadavia.  La  tête  de  la  République  idéale 
apparaît  dans  la  province  révoltée  de  Cor- 
rientes  et  un  château  fort  sur  les  timbres  de 
Gordoba, 

L'Uruguay  et  Montevideo  ont  le  soleil 
avec  ses  rayons.  Buenos- Ayres,  en  i858,  a 
son  nom  et  un  bateau  à  vapeur;  en  1859, 
une  tête  de  la  Liberté,  imprimée  à  Paris! 
en  1864,  elle  rentre  dans  le  sein  de  la  Répu- 
blique Argentine. 

Bien  d'autres  révolutions,  sans  doute,  sont 
réservées  aux  timbres,  comme  aux  États  de 


—    302    — 

ces  brûlantes  contrées.  Pourquoi  le  Chili  a- 
t-il  par  jalousie  arrêté  la  carrière  de  cet  heu- 
reux aventurier  français  qui  s'était  fait  roi 
d'Araucanie,  en  partant  de  Périgueux?  Quel 
autre  pouvait  mieux  porter  aux  Arauca- 
niens  et  aux  Patagons  le  Timbre-Poste  et 
accroître  encore  cet  empire  ,  conquis  en 
moins  d'un  demi-siècle  ! 


NOTES 

ET    PIÈCES    JUSTIFICATIVES 


I 


Nomenclature  des  souverains  dont  l'effigie  se  trouve  sur 
les  timhres  mohiles  ou  sur  les  enveloppes  timhrèes. 

Autriche  (Empire  d')  :  François-Joseph  1er, 

Bade  (Grand-Duché  de)  :  Frédéric. 

Belgique  (Royaume  de)  :  Léopold  ler,  Léopold  II. 

Brésil  (Empire  du)  :  Don  Pedro  IL 

Espagne  (Royaume  d')  :  lo  Maison  de  Bourbon, 
(succession  en  ligne  féminine)  :  Isabelle  II  ;  2°  Mai- 
son de  Savoie  :  Amédée  I^r;  30  Maison  de  Bourbon 
(succession  en  ligne  masculine)  :  Charles  VII  : 
40  Alphonse  XII. 

France  :  Napoléon  III. 

Grande-Bretagne  (Royaume  de  la)  :  Victoria  Jre. 


—  3o4  — 

Hanovre  (Royaume  de)  :  Georges  V. 

Hawaii  (Royaume  de)  :  Kamehameha  III,  Kame- 
hameha  IV,  Kamehameha  V,  Kalukana. 

Hongrie  (Royaume  de)  :  François-Joseph  1er. 

Italie  (Royaume  de)  :  Victor-Emmanuel  II. 

Luxembourg  (Grand-Duché  de)  :  Guillaume  III. 

Mexique  (Empire  du)  :  Maximilien  le^. 

Monténégro  (Principauté  de)  :  Nicolas  1er, 

Norwége  (Royaume  de)  :  Oscar  1er. 

Pays-Bas  (Royaume  de)  :  Guillaume  III . 

Portugal  (Royaume  de)  :  dona  Maria  II,  don  Pe- 
dro V,  don  Luis  1er. 

Prusse  (Royaume  de)  :  Frédéric-Guillaume  IV. 

Roumanie  (Principautés  Unies  de)  :  i»  Hospo- 
darat  du  prince  Couza  :  Alexandre-Jean  1er.  20  Mai- 
son de  HohenzoUern  :  Charles  1er. 

Sardaigne  (Royaume  de)  :  Victor-Emmanuel  IL 

Saxe  (Royaume  de)  :  Frédéric- Auguste  II  ;  Jean  1er. 

Serbie  (Principauté  de)  :  Michel  Obrenowitch  III, 
Milano  Obrenowitch  IV. 

Siciles  (Royaume  des  Deux-)  :  Ferdinand  IL 


II 


Nomenclature  des  Etats  qui  ont  émis  des  iimhres  molnles. 


Il  a  été  émis  des  timbres  mobiles  (timbres-poste, 
timbres-télégraphe  ou  timbres  fiscaux)  : 

lo  Dans  les  États  de  l'Église  ; 

2°  Dans  huit  empires  (Allemagne,  Autriche,  Bré- 
sil, France,  Japon,  Mexique,  Russie,  Turquie)  ; 

Dans  vingt  royaumes  (Bavière,  Belgique,  Dane- 
mark ,  Deux-Siciles  ,  Espagne  ,  Grande-Bretagne , 
Grèce^  Hanovre,  Hawaii,  Hongrie,  Italie,  Norwége, 
Pays-Bas,  Perse,  Pologne,  Prusse,  Sardaigne,  Saxe, 
Suède,  Wurtemberg)  ; 

Dans  neuf  Confédérations  (Allemagne  du  Nord, 
Confédération  Argentine,  États-Confédérés  de  l'A- 
mérique du  Nord,  États-Unis  d'Amérique,  États- 


—  3o6  — 

Unis  de  k  Colombie,  États-Unis  de  la  Nouvelle- 
Grenade,  Etats-Unis  des  îles  Ioniennes,  Confédéra- 
tion Suisse,  Fédération  Vénézuélienne). 

Dans  dix-huit  Républiques  (Bolivie,  Chili,  Costa - 
Rica,  République  Dominicaine,  Equateur,  Espagne, 
France  ,  Guatemala ,  Honduras,  Libéria,  Mexique, 
Nicaragua,  Orange,  Paraguay,  Pérou ,  San-Salva- 
dor,  Transvaal,  Uruguay)  ; 

Dans  vingt-deux  États  dépendant  d'une  Confé- 
dération, mais  ayant  des  timbres  spéciaux  (Antio- 
quia,  Bolivar ,  Cundinamarca,  Magdalena,  Tolima, 
faisant  partie  des  États-Unis  de  Colombie;  Buenos- 
Ayres,  Corrientes  et  Cordoba,  dans  la  Confédération 
Argentine;  Orégon,  Californie,  Alabama,  Nevada, 
dans  les  États-Unis  d'Amérique  ;  cantons  de  Bâle, . 
Berne,  Fribourg,  Genève,  Neuchâtel,  Tessin,  Valais, 
Vaud,  Zurich,  dans  la  Confédération  Suisse;  Caracas, 
dans  la  Fédération  Vénézuélienne)  ; 

Dans  sept  grands-duchés  (Bade,  Finlande,  Luxem- 
bourg ,  Mecklembourg-Schwérin  ,  Mecklembourg- 
Strelitz,  Oldewbourg,  Toscane)  ; 

Dans  sept  duchés  (Brunswick,  Holstein ,  Modène, 
Parme,  Schleswig ,  Schleswig-Holstein ,  Saxe-Co- 
bourg-Gotha)  : 

Dans   six  principautés    (Moldavie,   Monténégro, 


-~  3 07  — 

Roumanie,   Serbie,  Schaumbourg-Lippe,   Schwarz- 
bourg-Sondershausen)  ; 

Dans  neuf  États  d'Afrique,  d'Australie  et  d'Orient 
portant  des  dénominations  diverses  (Bhawulpore, 
Décan,  Caboul,  Egypte,  Fidji  (îles),  Kaschmir,  My- 
sore,  Sarawak,  Tunis)  ; 

Dans  trois  villes  libres  (Brème,  Hambourg,  Lu 
beck)  et  une  autre  ville  émettant  des  timbres  dans 
des  conditions  analogues  (Bergedorf)  ; 

Dans  six  provinces  ou  Etats,  soumis  à  un  régime 
politique  provisoire  (Alsace-Lorraine,  Deux-Siciles, 
Modène,  Parme,  Romagnes,  Toscane); 

Un  office  qui  fonctionnait  pour  le  compte  de  di- 
vers Etats  et  qui  avait  ainsi  le  caractère  d'un  office 
public,  a  également  émis  des  timbres  (office  de  la 
Tour  et  Taxis). 

En  outre,  plusieurs  États  ont  émis  des  timbres 
spéciaux  pour  certaines  provinces  ou  certaines  de 
leurs  colonies,  savoir  : 

Le  royaume  de  la  Grande-Bretagne,  pour  45  co- 
lonies (Antigoa ,  Australie  du  Sud ,  Australie  occi- 
dentale, Bahamas,  Barbades,  Barmudes,  Canada, 
Cap  de  Bonne-Espérance,  Ceylan,  Colombie  bri- 
tannique, Colombie  et  Vancouver,  la  Dominique, 
Dominion,   îles  Fidji,  Gambie,   Grenade,  Guyane, 


—  3o8  ~~^ 

Héligoland,  Honduras,  Hong-Kong,  Indes  anglaises, 
Jamaïque,  Lagos,  détroit  de  Malacca,  Malte,  Mau- 
rice, Natal,  Nevis,  Nouvelle-Ecosse,  Nouvelle-Galles 
du  Sud,  Nouvelle-Zélande,  île  du  Prince-Edouard, 
Queensland  ,  Saint- Christophe  ,  Sainte -Hélène  , 
Sainte- Lucie,  Saint- Vincent ,  Sierra -Leone,  Terre- 
Neuve,  Trinité,  îles  Turques,  Vancouver,  Van  Die- 
men,  Victoria ,  îles  Vierges)  ;  —  et  en  outre,  pour 
deux  provinces  dépendant  du  Canada  (Québec  et  On- 
tario) ; 

Le  royaume  de  Danemark,  pour  l'Islande  et  pour 
les  Antilles  Danoises  ; 

L'Empire  français,  pour  l'ensemble  de  ses  colo- 
nies ,  pour  l'île  de  la  Réunion  ,  pour  la  Nouvelle- 
Calédonie  ; 

La  République  française ,  pour  l'ensemble  de  ses 
colonies  et  pour  la  Guyane  française  ; 

Le  royaume  des  Pays-Bas,  pour  3  de  ses  colonies 
(Curaçao,  Guyane,  Indes  néerlandaises)  ; 

Le  royaume  d'Espagne,  pour  Cuba  et  Porto-Rico, 
Fernando-Po  et  les  îles  Philippines  ; 

Le  royaume  de  Portugal,  pour  les  Açores,  An- 
gola, les  Indes,  Madère,  Saint-Thomas  et  Prince  ; 

L'empire  d'Autriche,  pour  la  Vénétie  et  les  pro- 
vinces illyriennes; 


—  Sog  — 

Le  royaume  d'Italie ,  pour  Mantoue  et  les  provin- 
ces vénitiennes  ; 

Le  royaume  de  Hongrie,  pour  les  confins  mili- 
taires ; 

La  nomenclature  qui  précède  ne  comprend  ni  les 
timbres  locaux  émis  par  certaines  villes,  ni  les  tim- 
bres des  offices  particuliers. 


ni 


Le  nombre  de  boîtes  aux  lettres  en  ce  moment 
ouvertes  dans  le  Royaume-Uni  s'élève  à  20,600, 
dont  1,500  dans  Londres.  En  1862,  il  n'y  en  avait 
que  14,800.  La  population  du  royaume  est  estimée 
à  31,817,108  habitants;  il  y  a  donc  en  moyenne 
une  boîte  aux  lettres  par  1,550  personnes. 

Le  nombre  de  lettres  passées  par  l'administration 
des  postes,  à  Londres  seulement,  varie  de  800  à 
900,000  dans  l'année  1872-1873  ;  le  chiffre  n'a  pu 
en  être  déterminé  qu'approximativement,  dit  M.  Mon- 
sel,  directeur  général  des  postes,  parce  que  la  mé- 
thode de  calcul  suivie  jusqu'à  ce  jour  et  qui  sera 
rectifiée  dans  l'avenir,  est  erronée.  Sur  le  nombre 
total  de  lettres  mises  à  la  poste,  3,600,000  sont  res- 
tées en  magasin,  pour  diverses  causes;  les  onze  dou- 


—  3n  — 

zièmes  ont  été  retournés  aux  envoyeurs  ;  1 5 ,000  let- 
tres ont  été  jetées  aux  boîtes  sans  adresse;  600,000 
journaux  ont  été  arrêtés  ,  faute  d'affranchissement 
suffisant. 

Le  département  des  télégraphes  annexé  aux  postes 
possède  5,400  bureaux.  Le  nombre  des  dépêches  en- 
voyées a  été  de  15  millions,  c'est-à-dire  3  millions 
de  plus  que  l'année  précédente. 

Le  rapport  du  directeur  des  postes  constate  que, 
dans  une  seule  nuit,  où  l'on  discutait  au  parlement 
une  question  importante ,  plus  de  200,000  mots  ont 
été  expédiés  aux  journaux  de  province  et  que  leur  en- 
semble constitue  une  longueur  de  texte  équivalente 
à  100  colonnes  du  Times.  Le  nombre  de  milles  an- 
glais de  fils  télégraphiques  était,  à  la  fin  de  l'année, 
de  105,000.  Les  sommes  perçues  sur  dépêches  télé- 
graphiques se  sont  élevées  à  24  millions  de  liv.  st., 
c'est-à-dire  à  10  millions  de  plus  qu'en  1872.  Les 
bureaux  de  postes  et  télégraphes ,  faisant  le"  service 
des  caisses  d'épargne,  ont  reçu  en  dépôt  ig  millions 
de  livres  sterling,  et  le  nombre  des  dépositaires  a  été 
de  1,440,000.  Le  rapport  du  nombre  des  déposants 
à  la  population  a  été  de  i  sur  9  en  Angleterre,  de  i 
sur  13  en  Ecosse  et  de  i  sur  50  en  Irlande. 

Le  nom^bre  d'em.ployés  de  la  poste  est  de  40,000, 


—   3l2   — 

dont  9,600  sont  employés  au  télégraphe;  12,000  exer- 
cent les  fonctions  de  maître  de  poste,  8,600  celles  de 
commis ,  et  19,000  environ  celles  de  facteur,  cour- 
rier et  trieur. 


IV 


Voici  quelques  chiffres  empruntés  aux  journaux 
allemands  sur  l'emploi  des  cartes  postales  en  Alle- 
magne : 

Le  nombre  des  cartes  déposées  dans  les  bureaux 
du  territoire  postal  de  l'empire  allemand  a  été  en 
1872  de  8,470,951.  En  1873,1e  chiffre  fut  de  25 
millions.  L'année  dernière,  il  a  été  de  37,498,672. 

En  Autriche,  dans  les  pays  de  la  Couronne  en 
deçà  de  la  Leitha,  d'octobre  à  décembre  1869,  il  fut 
délivré  2,926,102  cartes  postales,  d'une  valeur  de 
60,522  florins  (le  florin  autrichien  =  2  fr.  50).  En 
1872,  la  consommation  était  de  8  millions  de  cartes 
postales  ;  elle  est  aujourd'hui  de  plus  de  20  mil- 
lions. 


IL 


V 


LA  POSTE  EN  RUSSIE. 


De  1868  en  1873,  le  service  postal  a  pris  un  dé- 
veloppement dans  l'empire  moscovite  qu'il  est  bon 
d'étudier.  Les  chiffres  en  sont  d'une  éloquence  qui 
prouve  combien  ce  vaste  État  tend  chaque  jour  à 
son  amélioration  administrative  et  à  sa  'grandeur 
civilisatrice. 

Voici  d'abord  le  relevé  des  voies  postales  russes  • 
depuis  ces  six  années  : 


Lignes  de  chemins  de  fer  

Routes  ordinaires 

En  1868. 
Verstes. 

4,576 
94,773 

En  ISTb. 
Verstes. 

17,010 
93, £38 

Fleuves  et  canaux 

.    ..               9,834 

11,623 

Total 

109,183 

122,193 

—  3i5  — 

La  poste  a  parcouru  le  long  de  ces  voies  : 


En  186S  En  1875, 

Verstes.  Verstes. 


Ligues  de  chemins  de  fer 4,039, 9S0        17,309  04! 

Routes  ordinaires ,^ 24,052,643        26,'l69'l5I 

Fleuves  et  canaux ^1.349,071  2,'o89,'7SO 

■^o'a' 29,441,664        45,567,972 

Ainsi,  dans  cet  espace  de  temps,  l'étendue  des 
voies  ferrées  servant  au  transport  de  la  poste  a  qua- 
druplé et  celle  des  voies  fluviales  s'est  accrue  de 
2,000  verstes.  L'étendue  des  voies  ordinaires  accuse 
au  contraire  une  légère  diminution.  Le  parcours 
total  annuel  s'est  élevé  de  plus  de  i6  millions  de 
verstes,  et  le  nombre  des  localités  desservies  et  re- 
liées entre  elles  par  le  service  postal,  qui,  en  1868, 
était  de  2,288,  est  monté  à  3,178,  comme  l'indique 
le  tableau  suivant  : 


Localités  unies  par  le  ser- 
vice direct  de  la  poste. 

1868.  1875. 

Localités   recevant   la   poste  une  ou  ~ 

plusieurs  fois  par  jour.  713  {  (393 

-  six  fois  par  semaine. ...  i<»4  '    52 

-  cinq           _                        '   '  îi  29 

-  quatre       -  239  490 

~        \^°^^  —  120  234 

-  deux         _  9^3  g^g 


une 


134  105 


—  3l6  — 

Pour  bien  apprécier  ces  augmentations  à  leur 
juste  valeur,  il  est  utile  de  se  rappeler  que  le  service 
postal  embrasse  tout  le  vaste  territoire  de  l'empire, 
depuis  la  frontière  de  Prusse  jusqu'à  l'île  de  Sakha- 
line,  et  depuis  Kola  jusqu'à  Khodjent.  Qu'on  ne  soit 
donc  pas  surpris  d'apprendre  qu'il  est  encore  aujour- 
d'hui en  Russie  des  endroits  où  la  poste  n'arrive 
qu'une  fois  par  mois  —  Amguinsk  et  Okhotsk,  par 
exemple  —  et  même  deux  localités,  Guiglta  et  ïeport 
de  Peîropawlosk ,  où  elle  n'est  reçue  qu'une  fois  dans 
Vannée. 

La  correspondance  et  l'envoi  des  paquets  et  va- 
leurs ont  pris  aussi  une  extension  remarquable. 
Qu'on  en  juge  : 

En  186S  En  1875 

Lettres 41,284,377  51,993,016 

Cartes  postales »  1,300,014 

Envois  sous  bandes »  2,218,211 

Lettres  recommandées 1,862,733  2,480,145 

Lettres  chargées 2,994,329  5,054,415 

Paquets 984,957  1,492,803 

Écrits  périodiques 21,082,730  29,019,880 

Estafettes 59,718  52,475 

Tolal 68,268,846  93,612,959 

R.  R. 

Valeurs  des  sommes  expédiées.     1,183,374,817        1,435,719,292 
Valeurs  des  paquets  expédiés.  14,932,636  31,466,032 

Total , 1,198,307,453       1,467,185,324 


—  3i7  — 

Pétersbourg,  Moscou,  Varsovie  et  Kasan  jouis- 
saient seules,  en  1868,  du  bénéfice  de  la  petite  poste; 
quarante-sept  villes  ont  eu  depuis  cet  avantage,  et 
cependant  l'augmentation  de  la  correspondance  trans- 
mise par  la  petite  poste  est  loin  de  présenter  un  ac- 
croissement correspondant  au  nombre  des  villes  où 
elle  a  été  établie  depuis  1868  ;  voici  des  chiffres  à 
l'appui  : 

1868,  1875. 

Lettres 1,576,35b  3,304,278 

Envois  sous  bandes 223,899  926,690 

Lettres  chargées »  1,221 

Écrits   périodiques.  ,. , 5,500,000  7,573,956 

Total 7,300,254  11,806,135 

Disons  en  outre  que  des  villes  importantes,  telles 
que  Tchernigow ,  Nicolaïew,  Yaroslaw,  Pétroza- 
vodsck,  etc.,  et  tous  les  chefs-lieux  des  provinces  du 
nord-ouest  sont  encore  privés  de  petite  poste. 

Des  changements  notables  ont  été  introduits  dans 
la  situation  des  employés  de  l'administration  pos- 
tale. Le  nombre  des  employés  servant  à  l'adminis- 
tion  centrale  a  été  considérablement  réduit  ;  le  per- 
sonnel du  service  local  a  été  au  contraire  augmenté, 
en  même  temps  que  sa  situation  pécuniaire  s'est 
améliorée.  Voici  le  relevé  des  employés  de  la  poste 
en  1868  et  en  1875  : 

18. 


3i8  — 


1868  1875 


Employés  de  l'administration  centrale.  248  116 

Personnel  des  administrations  locales 

Employés 3,065  4,994 

Facteurs,  eto 5,994  7,720 

Sommes   affectées  au  traitement  du 
personnel  de  l'administrât,  postale: 

R.  R. 

Service  central 104,306        92,706 

Service  local    1,240,804   2,417,458 

Signalons  également  l'augmentation  de  la  corres- 
pondance étrangère  ;  en  i868,  le  nombre  des  lettres 
et  paquets  expédiés  par  la  poste  à  l'étranger,  n'était 
que  de  1,762,909,  tandis  qu'en  1874  il  s'est  élevé  à 
4,043,060,  c'est-à-dire  qu'il  a  plus  que  doublé. 

Le  chiffre  des  lettres  venant  de  l'étranger  s'est  en 
même  temps  accru  d'une  façon  considérable  ;  en  1868, 
il  était  de  2,422,097  ;  il  est  actuellement,  en  1875, 
de  8,075,619.  Il  faut  maintenant  supposer  qu'à  par- 
tir du  lei-  juillet  prochain  l'accroissement  de  la  cor- 
respondance se  fera  sentir  d'une  façon  bien  plus  mar- 
quée encore,  par  suite  de  l'entrée  en  vigueur  de  la 
convention  postale  internationale  de  Berne.  L'expé- 
dition d'une  lettre  affranchie  de  1 5  grammes  ne  coû- 
tera ,  à  cette  date ,  pour  les  vingt-deux  Etats  qui 
ont  adhéré  à  la  convention,  que  8  copecks  ;  le  port 
est  fixé  au    double  pour  les  lettres  non  affranchies 


—  3i9  — 

ou  qui  le  seront  insuffisamment  ;  les  cartes  postales 
coûteront  4  copecks,  les  envois  sous  bandes,  2  co- 
pecks  jusqu'à  50  grammes,  et  la  taxe  de  3  copecks 
prélevée  jusqu'à  ce  jour  par  les  facteurs  portant  les 
lettres  à  domicile  sera  supprimée. 


VI 


LES  POSTES  ET  LES  TÉLÉGRAPHES  EN 
ANGLETERRE. 


L'administration  des  postes  de  La  Grande-Bretagne 
vient  de  publier  son  rapport  pour  1874.  Nous  y  re- 
levons quelques  chiffres  intéressants. 

Le  nombre  total  des  lettres  afifranchies  pendant 
cette  année  dans  tout  le  Royaume-Uni  a  été  de 
16,700,000,  ce  qui  constitue  une  proportion  de  30 
lettres  par  personne. 

Le  nombre  des  cartes  postales  a  été  de  79  mil- 
lions. 

Quant  aux  lettres  renvoyées,  à  celles  qui  n'avaient 
pas  d'adresses  ou  qui  en  portaient  de  fausses,  nous 
lisons,  dans  le  rapport,  qu'elles  ont  dépassé  le  chif- 
fre de  4,400,000,  soit  I  sur  220  du  total  général.  Il 
a  été  possible  d'en  réexpédier  ou  d'en  retourner  au 


—    321    — 

delà  des  troîs  quarts  à  ceux  qui  les  avaient  écri- 
tes. 

Plus  de  20,000  lettres  ont  été  affranchies  sans 
adresse;  une  de  ces  lettres  contenait  50,000  fr.  en 
billets  de  banque.  Une  lettre  chargée  venant  de 
Suisse  est  arrivée  ouverte  au  bureau  central  de  la 
poste  de  Londres.  Son  contenu,  que  la  ténuité  de 
l'enveloppe  avait  fort  exposé,  consistait  en  chèques 
pour  plus  de  5,000  fr.  et  en  billets  de  banque  pour 
plus  de  12,500  fr. 

Une  lettre  chargée  renfermant  des  obligations  ot- 
tomanes avec  des  coupons  au  porteur,  pour  une  va- 
leur de  100,000 fr.,  et  adressée  à  une  banque  de  la 
Cité,  a  été  remise  par  erreur  dans  une  rue  du  West- 
End. 

Lorsqu'on  vint  réclamer  le  paquet,  on  apprit  que 
ces  obligations  avaient  été  confondues  avec  des  bil- 
lets de  loterie  étrangère  et  qu'on  les  avait  données 
à  découper  aux  enfants  de  la  maison. 

On  a  trouvé  également  au  bureau  central  de  Lon- 
dres deux  montres  en  or,  chacune  renfermée  dans 
un  paquet  de  livres  non  enregistré,  avec  l'adresse  de 
la  Nouvelle-Zélande;  les  pages  des  livres  avaient  été 
arrachées  afin  de  faire  place  aux  montres. 

Parmi  les  articles  affranchis  et  mis  à  la  poste  con- 


—    322    — 

trairement  aux  règlements  et  renvoyés  au  bureau 
des  rebuts,  on  a  remarqué  une  grenouille  vivante, 
un  cerf-volant,  des  souris  blanches  en  vie,  des  coli- 
maçons, un  hibou,  un  martin-pêcheur,  des  cartou- 
ches. 

En  ce  qui  concerne  le  service  des  télégraphes,  le 
même  rapport  constate  que  l'on  a  expédié,  l'année 
dernière,  plus  de  19  millions  de  télégrammes,  sans 
compter  les  dépêches  des  journaux. 

A  l'occasion  d'une  séance  importante  du  Parle- 
ment, et  aussi,  d'événements  intéressants  survenus 
au  même  moment  en  Angleterre,  la  station  télégra- 
phique centrale  de  Londres  a  transmis  en  une  seule 
nuit  près  de  440,000  mots,  équivalant  à  220  colonnes 
du  Times. 


APPENDICE 


Au  moment  où  nous  mettions  sous  presse  ce 
26  volume,  le  Journal  officiel  publiait  l'avis  sui- 
vant : 

«  En  exécution  d'une  décision  de  M.  le  Ministre 
des  finances,  du  5  juillet  1875,  le  type  des  timbres- 
poste  a  été  changé,  et  l'échelle  des  valeurs  a  été 
modifiée  ainsi  qu'il  suit  : 

1°  Le  timbre-poste  à  80  centimes  est  supprimé; 

20  II  est  créé  trois  nouvelles  catégories  de  tim- 
bres-poste de  la  valeur  de  20  centimes,  75  centimes 
et  I  franc. 

En  conséquence,  le  nombre  des  timbres-poste  du 
nouveau  type  se  trouve  fixé  à  13,  dont  la  valeur 
nominale  et  la  couleur  distinctive  sont  indiquées 
ci-après  : 


324  — 


VALEUR 

COULEUR 

1  centime . 

2  centimes 

Vert  émeraude. 

Gris  d'acier. 
Brun  rouge. 

Bleu  d'outremer 

Bistre 
Garance. 
Carmin. 
Vert  bronze. 
Lilas. 

5        —        

10         —         

i5        -        

20            —            

25          — 

3o        -        

I  franc 

5  francs 

La  suppression  du  timbre  de  8o  centimes  du  type 
actuel  aura  lieu,  lorsque  l'approvisionnement  des 
timbres  de  cette  catégorie  existant  aujourd'hui  aura 
été  complètement  épuisé. 

L'émission  des  timbres-poste  de  1 5  centimes  (gris 
d'acier)  commencera  vers  le  15  juin  courant. 

Elle  sera  effectuée  successivement,  pour  les  autres 
catégories,  après  l'écoulement  du  stock  existant, 
pour  chacune  d'elles,  dans  les  caisses  du  garde- 
magasin  central.  » 

Depuis  la  publication  de  cet  avis,  quatre  valeurs 
figurant  parmi  celles  qu'il  indique,  ont  été  successi- 
vement mises  en  circulation  :  ce  sont  le  timbre  de 
5  centimes  i^uert  émeraude)  celui  de  15  centimes 
{gris  d' acier') ,  cûm  de  25  centimes  (bleu  d'outremer'), 
et  celui  de  30   centimes  (bisire).  Tous  quatre  repré- 


—  325  — 

sentent  Mercure,  dieu  du  commerce,  et  une  figure 
de  femme  (la  Paix),  qui  tient  un  rameau  d'olivier. 
Une  sphère  sépare  les  deux  divinités,  et  c'est  sur 
cette  arche  d'alliance  géographique  qu'elles  se  don- 
nent la  main.  Les  chiffres  de  la  valeur  font  saillie 
sur  la  sphère,  et  à  la  base  du  timbre,  on  lit  les  deux 
mots  :  %^èpiiblique  française.  Entre  la  tête  de  Mer- 
cure et  celle  de  la  Paix  se  détache  le  mot  :  Poste. 


20  Juillet  iSyô. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Chapitre  I.  —  Fortune   merveilleuse    du 
Timbre-Poste. 

I.  Le  Timbre-Poste  s'affranchit  de  l'enveloppe.  — 
II.  Le  Timbre-Poste  fait  de  la  Politique.  —  III. 
Le  Timbre-Poste  se  jette  dans  l'opposition  ;  il  a 
ses  martyrs.  —  IV.  Ses  états  de  services.  —  V. 
Une  science  de  plus  !  —  VI.  La  Presse  et  les 
congrès  des  Timbroîogues i 

Chapitre  II.   —  Les  Collectionneurs. 

I,  La  Numismatique  ne  saurait  être  trop  honorée  ; 
La  Timbrologie  aspire  à  prendre  une  place  à  côté 
d'elle.  —  II.  Les  collectionneurs  sont  tout  excusés. 

—  III.   Débuts  des  collections  de  Timbres-Poste. 

—  IV.  La  spéculation  au  collège  ;  la  Bourse  des 
Timbres. —  V.  Utiles  leçons  que  le  collectionneur 
retir'e  de  sa  peine  :  travail  et  méthode 21 

Chapitre  III.  —  L'invention  de  M.  Rowland  Hill. 
Le  Timbre-Poste  en  Angleterre. 

l.  Les  temps  sont  venus  :  pourquoi  l'on  doit  garder 
à  M.  Rowland  Hill  le  titre  d'inventeur  du  Timbre- 
Poste.  On  ne  peut  pas  contester  l'invention  de  M. 


—  324  — 

Rowland  Hill, —  II.  Comment  vint  à  M.  Hill  l'idée 
de  sa  réforme  ?  Correspondance  frauduleuse  de 
deux  fiancés.  Projet  de  M.  Rowland  Hill.  En- 
quête. —  III.  La  taxe  uniforme  d'un  penny.  Mé- 
moire d'un  officier  d'excisé  ;  le  papier  timbré.  — 
IV.  Adoption  du  projet  de  M.  Hill.  Les  timbres- 
Poste.  Les  enveloppes.  —  V.  Essai  du  prix  réduit  : 
augmentation  rapide  du  nombre  des  lettres.  — 
VL  L'opinion  publique  préparée  à  la  réforme.  Le 
contrôle  des  comptes  de  chaque  bureau  devenu 
plus  facile.  Le  Timbre-Poste  servant  de  papier- 
monnaie.  —  VIL  De  la  falsification.  —  Ses  diffi- 
cultés. Ses  dangers.  Nullité  des  profits  de  la 
contrefaçon.  —  VIII.  Forme  et  dessin  du  Timbre- 
Poste,  projets  variés.  Usage  général. 43 

Chapitre  IV.  —  Adoption  du  Timbre-Poste  en 
France. 

I.  Adoption  tardive  du  Timbre-Poste  en  France  : 
Décret  de  1848  (24  août).  Avis  donné  par  le  Mo- 
niteur universel.  —  II.  Défiances  du  début.  Dan- 
gers de  la  distribution  des  lettres  sans  taxe  à  re- 
couvrer. —  III.  Premières  falsifications.  Leur 
insuccès.  Loi  répressive  du  i6  octobre  1849.  — 
IV.  Le  timbre  de  20  centimes  porté  à  25  centi- 
mes. Avis  de  l'administration  en  date  du  25  juin 
i85o.  —  V.  Conséquences  de  l'augmentation  du 
nombre  des  lettres.  Instruction  générale  de  1868. 

89 


—  323  — 

Ghapitke  V.  —  La  Fabrication  du  Timbre-Poste  > 
EN  France. 

I,  Mesures  prises  pour  la  fabrication  des  Timbres- 
Poste.  Tâtonnements.  M.  Hulot.  Merveilleuse  ra- 
pidité d'exécution.  —  II.  Adoption  du  type  proposé 
par  M.  Barre  au  comité  des  graveurs  de  la  Mon- 
naie. —  III.  La  fabrication  des  Timbres  est  d'abord 
mise  en  régie:  Détails  d'exécution.  —  IV.  Loi  du 
i5  mai  i85o;  rapport  sur  les  frais  de  fabrication. 
—  V.  L'entreprise  substituée  à  la  régie  :  M.  Hu- 
lot, entrepreneur.  —  VI.  Proposition  de  concur- 
rence :  rapport  de  M.  Dumas.  — VII.  Les  ateliers 
de  M.  Hulot.  —  VIII.  Développement  prodigieux 
de  la  fabrication  des  Timbres  depuis  184g..     iii 

Chapitre  VL   —  La   Poste   pendant  la  Guerre 

Franco-Allemande  et  pendant  la  Commune 

1870-1871. 

I.  Appendice  nécessaire  à  notre  premier  travail.  — 
II.  Investissement  de  Paris.  Les  services  inter- 
rompus. Dévouement  des  facteurs-piétons  :  Brame, 
Gême,  Chourrier,  Ayrolles.  Dépêches  cachées  sous 
l'épiderme  et  dans  des  clefs  forées.  Prisonniers 
médicamentés.  —  III.  Bouteilles  de  liège  ;  ballons; 
école  aéronautique  ;  ateliers  de  construction  des 
aérostats.  —  IV.  Reproduction  des  dépêches  par 
le  procédé  microphotographique  Dagron.  Dépê- 
ches insérées  dans  des  tuyaux  de  plume.  —  V. 
Systèmes  Boutonnet  et  Brichet.  Système  Versoven 
{dit  de  Moulins).  Systèmes  Baylard  et  Nadié.  Ba- 
teau sous-marin  Delente.  Les  chiens-messagers 
de  M.  Hurel.  Projet  de  transmission  par  les  cata- 
U.  19 


—  326  — 

combes,  —  VI.  L'insurrection  du  i8  mars.  Le  dé- 
légué Theisz.  Les  Postes  à  Versailles.  La  Poste 
dans  l'intérieur  de  Paris.  Fabrication  de  timbres- 
poste  par  la  Commune.  Les  fédérés  fouillant  les 
wagons.  Messagers  entre  Versailles  et  Paris.  — 
VIL  Conclusion iSg 

Chapitre  VII.  —  Le  Timbre-Poste  a   Bordeaux 
1870-1871. 

I.  Disette  des  Timbres-Poste  causée  par  le  siège 
de  Paris.  —  II.  Le  ministre  des  Finances  autorise 
M.  Steenackers,  directeur  général  des  Postes,  à 
traiter  avec  M.  Delebecque,  à  Bordeaux.  —  III. 
Les  types  proposés.  —  IV.  Traité  conclu.  —  V. 
Règlement  d'exécution.  —  VI.  Première  planche 
imprimée  ;  progrès  rapide.  — VII.  Ordre  de  ces- 
ser la  fabrication.  Résultats  généraux 17g 

Chapitre  VIII.  —  Le  Tijibre-Poste   auxiliaire   de 
l'Histoire  et  de  la  Géographie. 

I.  Ordre  chronologique  de  l'adoption  du  Timbre- 
Poste  :  en  Europe.  —  IL  En  Afrique.  —  III.  En 
Asie.  —  IV.  En  Océanie.  —  V.  VI.  Dans  les  deux 
Amériques 2o5 

Chapitre  IX.    —  Le  Timbre-Poste  dans  les  États 
DE  l'Europe  occidentale. 

I.  Angleterre.  —  II.  Colonies  anglaises  en  Europe.  — 
III.  France  :  Vicissitudes  des  effigies.  —  IV.  Bel- 
gique, Pays-Bas,  Luxembourg.  —  V.  Suisse.  — 
VI.  Espagne.   —Portugal.  —  VIL  Italie;   ses  ré- 


—  327  — 

volutions  postales  suivant  ses  révolutions  politi- 
ques         221 

Chapitre  X.  —  Le  Timbre-Poste  dans  l'Europe  du 
Centre,  du  Nord  et  de  l'Est. 

I.  Allemagne  du  Nord  et  Prusse.  —  II.  Les  Villes 
Libres.  —  III.  Office  de  Tour  et  Taxis.  —  IV.  Al- 
lemagne du  Sud.  —  V.  Suède  et  Norwége.  —  VI. 
Finlande,  Pologne,  Russie.  —  VII.  Empire  d'Au- 
triche. —  VIII.  Roumanie,  Servie,  Grèce,  Tur- 
quie       249 

Chapitre  XI.  —  Le  Timbre-Poste  en  Afrique,  en 

OCÉANIE    et  dans  LES   DEUX  AMERIQUES. 

I.  Le  Timbre-Poste  suit  la  civilisation.  —  II.  États 
et  Colonies  de  l'Afrique.  —  III.  États  et  Colonies 
de  l'Asie.  —  IV.  États  et  Colonies  de  l'Océanie.  — 
V.  Amérique  du  Nord.  —  VI.  Amérique  du 
Sud 281 

Notes  et  Pièces  justificatives 3o3 


FIN   DU    DEUXIEME    ET    DERNIER    VOLUME. 


CouLOMMiERS.  —  Typ.   Albert  PONSOT  et  P.  BRODARD. 


f 


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Coulommîers.  —  Typographie  ALBERT  PONSOT  et  P.  BRODARD. 


3   9088  00038   2606 

SMITHSONIAN  INSTITUTION  LIBRARIES 


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